Élection de Marguerite Yourcenar, première femme élue à l'Académie française ; sa réception aura lieu le 22 janvier 1981

Institut de France/Académie française

En ce jeudi 6 mars 1980, les quarante fauteuils de l'Académie française basculent dans une ère nouvelle. Réunis quai de Conti, les Immortels élisent Marguerite Yourcenar au fauteuil n° 3, vacant depuis la mort de Roger Caillois. Elle est la première femme à franchir ce seuil en trois cent quarante-cinq ans d'existence de la vénérable institution.

L'événement n'allait pas de soi. Depuis sa fondation par Richelieu en 1635, l'Académie avait toujours su trouver des raisons — parfois grotesques — d'écarter les femmes de lettres, fussent-elles George Sand ou Colette. La candidature de Yourcenar, portée avec constance par Jean d'Ormesson, fit sauter ce verrou séculaire, non sans résistances.

L'autrice des Mémoires d'Hadrien et de L'Œuvre au Noir vivait depuis des décennies dans l'île des Monts-Déserts, dans le Maine américain, loin des salons parisiens. Cette distance géographique — et symbolique — n'empêcha pas la consécration. Sa réception solennelle sous la Coupole aura lieu le 22 janvier 1981, devant un parterre ébloui et une presse mondiale.

Pour Paris, pour le 6e arrondissement, pour ce quai de Conti dont les pierres ont vu passer tant d'académiciens en habit vert, cette journée marque une rupture irréversible. Désormais, l'Académie ne pourra plus prétendre incarner la langue française en ignorant la moitié de ceux qui la parlent.

Bibliographie