Dressé face au Pont-Neuf, son dôme gris-ardoise est l'une des silhouettes les plus reconnaissables de la rive gauche. Avant l'Institut, le site portait une empreinte médiévale : la Tour Hamelin, vestige de l'enceinte de Philippe Auguste, devait son nom au prévôt de Paris de 1217. C'est ensuite le Collège des Quatre-Nations, fondé par le testament de Mazarin, qui s'élève ici au XVIIe siècle — et avec lui la Bibliothèque Mazarine, la plus ancienne bibliothèque publique de France, où Sylvain Maréchal, futur auteur du Manifeste des Égaux, officie dès 1784.
L'Institut de France naît sous la Révolution et regroupe les grandes académies. La Restauration les rétablit en 1816 — non sans purger les rangs : Grégoire, Carnot, David, Lakanal, Monge et Sieyès en font les frais, écartés pour leur passé révolutionnaire ou impérial. Lors des Trois Glorieuses de 1830, le bâtiment devient décor de roman : Alexandre Dumas échappe aux balles en se cachant derrière un lion du parvis, tandis que François Arago monte à la tribune pour fulminer contre les ordonnances de Charles X. En 1848, la grande salle se transforme en club révolutionnaire animé notamment par l'avocat Jean-Claude Colfavru. Puis vient mai 1871 : dans la cour même de l'Institut, des fédérés de la Commune sont fusillés sommairement.
Le XIXe siècle s'achève sur un canular retentissant : en 1893, l'anarchiste Achille Le Roy postule à l'Académie française pour la tourner en dérision, soutenu par les « Académicides » — et par Maxime Lisbonne, l'ancien communard reconverti en cabaretier. Les décennies suivantes réservent des premières historiques : en 1979, Yvonne Choquet-Bruhat est la première femme élue à l'Académie des Sciences ; le 6 mars 1980, les Immortels font basculer l'Académie française dans une ère nouvelle en élisant Marguerite Yourcenar au fauteuil n° 3.
- 1209 — 1663 Tour Hamelin, puis porte de l'enceinte de Philippe Auguste
- 1663 — 1795 Collège des Quatre-Nations (fondé par testament de Mazarin)
- 1795 Institut national des sciences et des arts (création révolutionnaire)
- 1816 Rétablissement des Académies sous leur forme classique au sein de l'Institut
- depuis 1816 Institut de France, siège des cinq Académies
Le palais abrite toujours les cinq Académies — française, des Inscriptions et Belles-Lettres, des Sciences, des Beaux-Arts, des Sciences morales et politiques. La Bibliothèque Mazarine, accessible au public sur la mezzanine du bâtiment, conserve ses décors d'Ancien Régime. Des séances publiques et cérémonies de réception y sont régulièrement organisées sous la coupole.