Né par ordonnance du Bureau des finances du 16 janvier 1789 — quelques mois avant que la Révolution n'embrase la ville —, le boulevard de Courcelles tire simplement son nom de la rue voisine qui le prolonge, et ne reçoit sa dénomination officielle que le 30 décembre 1864, au fil du grand remodelage haussmannien. Ses 1 160 mètres et ses 36 mètres de large relient l'avenue de Villiers et la place Prosper-Goubaux à la place des Ternes, traversant les quartiers de l'Europe, du Faubourg-du-Roule, de la Plaine de Monceaux et des Ternes.
L'histoire du boulevard commence au mur des Fermiers généraux dont il longe en partie le tracé. Au n° 77 s'élevait la barrière de Courcelles, active de 1786 à 1860 ; aux n° 35–41, la superbe rotonde de la barrière de Chartres, dessinée par Claude-Nicolas Ledoux, veille toujours sur l'entrée du parc Monceau. Ce jardin anglais était alors la folie de Philippe d'Orléans, futur Philippe Égalité : dès 1786, il avait transformé le poste d'observation du mur en salon de plaisir, lieu de ses célèbres « parties fines ». La naumachie du parc conserve encore une arche de l'ancien Hôtel de Ville de Paris, vestige Renaissance (attribué à Boccador) remployé comme ornement bucolique — ironie d'une époque qui pillait l'histoire pour faire du décor.
Le boulevard n'est pas en reste pour les moments dramatiques. Entre 1794 et 1797, au n° 1, s'étendait le charnier des exécutions de la Concorde : 1 119 victimes de la guillotine y furent inhumées. Robespierre lui-même venait marcher d'un bon pas dans le parc voisin pour se détendre — entre deux envois à l'échafaud, dit-on. En 1797, André-Jacques Garnerin réalise au-dessus du parc Monceau le premier saut en parachute depuis un ballon captif, à quelque 1 000 mètres d'altitude ; sa compagne Jeanne Labrosse lui emboîtera le pas, pionnière absolue. En 1848, tandis qu'Émile Thomas prend la tête des ingérables ateliers nationaux dont la fermeture déclenchera l'insurrection de Juin, un club révolutionnaire très actif s'agite au n° 58. En 1871, le parc Monceau est d'abord le dépôt des 227 canons qu'abandonne le général Vinoy — canons que le peuple déplace avant l'entrée des Prussiens — puis le théâtre des premières exécutions sommaires organisées par les officiers versaillais : 15 hommes et une femme tombent sous les balles devant des volontaires stupéfaits.
Au tournant du XX° siècle, le boulevard connaît encore sa part de fièvre : en 1909, devant le n° 34, deux manifestations successives protestent contre l'exécution en Espagne du pédagogue anarchiste Francisco Ferrer — la seconde rassemble, dit-on, quelque 500 000 personnes ; la première, plus violente, voit défiler Lénine et Nadejda Kroupskaïa au milieu des affrontements avec la police.