Au bout du boulevard de Courcelles, entre les numéros 35 et 41, s'étend l'un des jardins les plus singuliers de Paris. Le parc Monceau naît dans les années 1770-1780 comme caprice aristocratique : Philippe d'Orléans, duc de Chartres et futur Philippe Égalité, y fait aménager une « folie » à l'anglaise, peuplée de fabriques exotiques — une naumachie à colonnes corinthiennes, des pyramides, des ruines factices. Sur le mur des Fermiers généraux qui longe le domaine, l'architecte Claude-Nicolas Ledoux érige en 1787 la somptueuse rotonde de la barrière de Chartres, que le duc se fait transformer en pavillon de plaisir — salon doré où se tiennent, dit-on, des parties fines fort peu républicaines.
La Révolution emporte le propriétaire à l'échafaud mais épargne le jardin. Le Directoire y installe des spectacles audacieux : en 1797, André-Jacques Garnerin réalise depuis un ballon captif le premier saut en parachute de l'histoire, depuis 1 000 mètres de hauteur — sa compagne Jeanne Labrosse lui emboîtera le pas peu après. Robespierre lui-même, à une date imprécise, venait y marcher d'un bon pas pour se détendre.
Le parc devient décor de violence en 1871 : au début de la Semaine sanglante, les officiers versaillais y fusillent quinze hommes et une femme sous les yeux des gardes nationaux « de l'ordre ». Peu avant, Joseph Vinoy y avait abandonné 227 canons que le peuple déplace en hâte avant l'entrée des Prussiens. Une note plus douce : une arcade rescapée de l'Hôtel de Ville médiéval, œuvre de Boccador, trouve refuge près de la naumachie. En 1902, Hector Guimard signe l'élégante bouche de métro Art nouveau à l'entrée du parc. En 1942, les Allemands fondent plusieurs statues de bronze — celles de Charles Valton, Jules-Louis Mabille, Henri Chapu, Vital Cornu, Alfred Lenoir et Adrien Gaudez — réduites en métal de guerre.
Noms successifs du lieu
- vers 1773 — 1789 Jardin de la Folie de Chartres : domaine privé de Philippe d'Orléans, duc de Chartres
- 1787 — 1860 Barrière de Chartres : rotonde de Ledoux intégrée au périmètre du domaine
- 1790s — 1860 Parc de Monceaux / Jardin de Monceau : espace semi-public sous divers propriétaires successifs
- 1861 Parc Monceau : cédé à la Ville de Paris par le baron Haussmann, aménagé en jardin public par Alphand
- 1861 — aujourd'hui Parc Monceau : jardin public municipal ouvert en permanence
Événements à cette adresse
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Toponymie — boulevard de Courcelles
Aujourd'hui
Le parc Monceau est toujours l'un des jardins les plus courus du 8e arrondissement. On y retrouve la naumachie à colonnes et ses canards, la rotonde de Ledoux (aujourd'hui toilettes publiques classées), et les grandes pelouses où joggers et familles se côtoient. L'entrée principale du boulevard de Courcelles conserve sa grille dorée Napoléon III et la bouche de métro Guimard.
