Il avait voté la mort de son cousin le roi et regardé tomber sa tête. Le 6 novembre 1793, la charrette qui le mène à l’échafaud s’arrête devant le Palais-Royal, le palais qu’il avait ouvert aux Parisiens et à la Révolution.
Le 16 brumaire an II, à l’aube, Louis-Philippe-Joseph d’Orléans se réveille à la Conciergerie. On l’y a amené le 2 novembre de Marseille, où il était détenu depuis le printemps au fort Saint-Jean avec deux de ses fils. Il a quarante-six ans. Dans la matinée, il comparaît devant le Tribunal révolutionnaire, présidé par Herman. On l’accuse d’avoir aspiré au trône et d’avoir partie liée avec les Girondins et avec Dumouriez ; il n’y a pas de preuves, mais, depuis la loi des suspects, le soupçon suffit. Son défenseur, Voidel, plaide en vain. Il est condamné à mort, et l’on exécute le jour même.

L’homme qui va mourir a été l’un des hommes les plus riches de France, premier prince du sang, arrière-petit-fils du Régent. Il a aussi été un promoteur. À partir de 1781, il a fait bâtir autour du jardin du Palais-Royal les arcades et les galeries que l’on voit encore, louées à des boutiquiers, des cafetiers, des tenanciers de tripots. « Eh bien, mon cousin ! Il paraît que vous ouvrez boutique ? », se serait moqué Louis XVI. L’affaire n’a pas été aussi rentable qu’il l’espérait, mais elle a fait du jardin, où la police du roi n’entrait pas, le forum de Paris : c’est là que Camille Desmoulins a harangué la foule le 12 juillet 1789, là que l’on a promené ce jour-là les bustes de Necker et du duc d’Orléans.

Député de la noblesse aux États généraux, passé au Tiers, jacobin, il a obtenu de la Commune, le 15 septembre 1792, le droit de s’appeler Égalité ; le jardin est devenu, par le même arrêté, le jardin de la Révolution. Élu député de Paris à la Convention, il siège avec la Montagne. En janvier 1793, lors de l’appel nominal, un silence se fait dans la salle quand on l’appelle à la tribune : il vote la mort de Louis XVI, puis contre le sursis, et assiste à l’exécution, le 21 janvier, depuis un cabriolet arrêté sur le pont de la Révolution, l’actuel pont de la Concorde. Le 4 avril, son fils aîné, le duc de Chartres, passe à l’ennemi avec Dumouriez. Le 7, tous les Bourbons encore en France sont arrêtés.
Ce 6 novembre, on lui fait servir à déjeuner, avec du champagne ; il se confesse. Il ne monte pas seul dans la charrette : avec lui, Pierre Coustard de Massi, député girondin de la Loire-Inférieure, et trois condamnés anonymes. Le cortège quitte la cour de Mai et gagne la rue Saint-Honoré sous les huées. « Tu vas te faire raccourcir par égalité ! » lui crie-t-on. Arrivée devant la façade du Palais-Royal, la charrette s’arrête ; il promène longuement les yeux sur l’édifice, puis la voiture reprend sa route vers la place de la Révolution. Il monte d’un pas ferme et n’oppose aucune résistance au bourreau Sanson.
Il laissait soixante-quatorze millions de livres de dettes ; l’État racheta une partie de ses biens et désintéressa une partie de ses créanciers. Le Palais-Royal fut réuni au domaine national. Rendu à la famille d’Orléans sous la Restauration, il fut habité par le fils dont la défection avait coûté la tête à son père. C’est de là que le duc d’Orléans partit, le 31 juillet 1830, pour l’Hôtel de Ville, d’où il revint lieutenant général du royaume ; neuf jours plus tard, il était roi des Français.
Texte rédigé avec l’aide de l’IA, relu et corrigé par la rédaction.