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📖 La Guillotine en 1793, d'après des documents inédits des Archives nationales FLEISCHMANN Hector
Bibliographie

La Guillotine en 1793, d'après des documents inédits des Archives nationales

FLEISCHMANN Hector
Librairie des publications modernes, 1908.
3 Fiches citant cet ouvrage
1908 Édition

À propos de cet ouvrage

Source : wikisource · commons

Fiches citant cet ouvrage

3 fiches
Événement
1793
6 novembre 1793 — Échafaud de la place de la Révolution, où Philippe-Égalité est guillotiné le 16 brumaire an II
p 113-115
Il avait voté la mort de son cousin le roi et regardé tomber sa tête. Le 6 novembre 1793, la charrette qui le mène à l’échafaud s’arrête devant le Palais-Royal, le palais qu’il avait ouvert aux Parisiens et à la Révoluti …

Il avait voté la mort de son cousin le roi et regardé tomber sa tête. Le 6 novembre 1793, la charrette qui le mène à l’échafaud s’arrête devant le Palais-Royal, le palais qu’il avait ouvert aux Parisiens et à la Révolution.

Le 16 brumaire an II, à l’aube, Louis-Philippe-Joseph d’Orléans se réveille à la Conciergerie. On l’y a amené le 2 novembre de Marseille, où il était détenu depuis le printemps au fort Saint-Jean avec deux de ses fils. Il a quarante-six ans. Dans la matinée, il comparaît devant le Tribunal révolutionnaire, présidé par Herman. On l’accuse d’avoir aspiré au trône et d’avoir partie liée avec les Girondins et avec Dumouriez ; il n’y a pas de preuves, mais, depuis la loi des suspects, le soupçon suffit. Son défenseur, Voidel, plaide en vain. Il est condamné à mort, et l’on exécute le jour même.

Peinture : le duc d’Orléans en pied, poudré, en grand manteau de l’ordre du Saint-Esprit brodé d’or, devant un rideau rouge

L’homme qui va mourir a été l’un des hommes les plus riches de France, premier prince du sang, arrière-petit-fils du Régent. Il a aussi été un promoteur. À partir de 1781, il a fait bâtir autour du jardin du Palais-Royal les arcades et les galeries que l’on voit encore, louées à des boutiquiers, des cafetiers, des tenanciers de tripots. « Eh bien, mon cousin ! Il paraît que vous ouvrez boutique ? », se serait moqué Louis XVI. L’affaire n’a pas été aussi rentable qu’il l’espérait, mais elle a fait du jardin, où la police du roi n’entrait pas, le forum de Paris : c’est là que Camille Desmoulins a harangué la foule le 12 juillet 1789, là que l’on a promené ce jour-là les bustes de Necker et du duc d’Orléans.

Gravure en frise : dans le jardin du Palais-Royal, sous les arbres, une foule entoure Camille Desmoulins qui harangue debout sur une table

Député de la noblesse aux États généraux, passé au Tiers, jacobin, il a obtenu de la Commune, le 15 septembre 1792, le droit de s’appeler Égalité ; le jardin est devenu, par le même arrêté, le jardin de la Révolution. Élu député de Paris à la Convention, il siège avec la Montagne. En janvier 1793, lors de l’appel nominal, un silence se fait dans la salle quand on l’appelle à la tribune : il vote la mort de Louis XVI, puis contre le sursis, et assiste à l’exécution, le 21 janvier, depuis un cabriolet arrêté sur le pont de la Révolution, l’actuel pont de la Concorde. Le 4 avril, son fils aîné, le duc de Chartres, passe à l’ennemi avec Dumouriez. Le 7, tous les Bourbons encore en France sont arrêtés.

Ce 6 novembre, on lui fait servir à déjeuner, avec du champagne ; il se confesse. Il ne monte pas seul dans la charrette : avec lui, Pierre Coustard de Massi, député girondin de la Loire-Inférieure, et trois condamnés anonymes. Le cortège quitte la cour de Mai et gagne la rue Saint-Honoré sous les huées. « Tu vas te faire raccourcir par égalité ! » lui crie-t-on. Arrivée devant la façade du Palais-Royal, la charrette s’arrête ; il promène longuement les yeux sur l’édifice, puis la voiture reprend sa route vers la place de la Révolution. Il monte d’un pas ferme et n’oppose aucune résistance au bourreau Sanson.

Il laissait soixante-quatorze millions de livres de dettes ; l’État racheta une partie de ses biens et désintéressa une partie de ses créanciers. Le Palais-Royal fut réuni au domaine national. Rendu à la famille d’Orléans sous la Restauration, il fut habité par le fils dont la défection avait coûté la tête à son père. C’est de là que le duc d’Orléans partit, le 31 juillet 1830, pour l’Hôtel de Ville, d’où il revint lieutenant général du royaume ; neuf jours plus tard, il était roi des Français.

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Événement
1793
8 novembre 1793 — Échafaud de la place de la Révolution, où Mme Roland est guillotinée le 18 brumaire an II
p 152-157
Le 8 novembre 1793, huit jours après les députés girondins, Manon Roland est guillotinée place de la Révolution. Elle y aurait apostrophé la statue de la Liberté ; sur le moment, personne ne l’a noté. Manon Phlipon est n …

Le 8 novembre 1793, huit jours après les députés girondins, Manon Roland est guillotinée place de la Révolution. Elle y aurait apostrophé la statue de la Liberté ; sur le moment, personne ne l’a noté.

Manon Phlipon est née en 1754 dans l’île de la Cité, fille d’un maître graveur du quai de l’Horloge. Quand son mari, Jean-Marie Roland, de vingt ans son aîné, devient ministre de l’Intérieur, en 1792, elle dirige ses bureaux, rédige ses lettres et reçoit à l’hôtel du ministère, rue Neuve-des-Petits-Champs, Brissot, Pétion, Barbaroux et Buzot, qu’elle aime. Son influence n’est un secret pour personne : Danton réclame à la tribune des ministres « qui voient par d’autres yeux que ceux de leur femme ».

Gravure d’après une sanguine : Mme Roland de trois quarts, cheveux bouclés en désordre, fichu noué sur la poitrine, sous le titre « Un nouveau portrait de Madame Roland »

Au printemps de 1793, le pain renchérit et des milliers de Parisiens en armes viennent réclamer à la Convention un maximum sur le prix des denrées. Brissot, lui, assure à ses électeurs que les vrais ennemis du peuple sont « les anarchistes, les prédicateurs de la loi agraire ». Le 24 mai, la Commission des Douze, à majorité girondine, fait arrêter Hébert, l’auteur du Père Duchesne. Du 31 mai au 2 juin, les sections et la Commune encerclent la Convention et obtiennent l’arrestation des chefs de la Gironde ; plusieurs, échappés, contribuent à soulever des départements contre la Convention.

Roland s’enfuit vers Rouen ; elle reste, et se laisse arrêter le 1er juin. En prison, elle écrit ses Mémoires et entend crier sous sa fenêtre le Père Duchesne, ce « sale écrit » dont Hébert, dit-elle, « empoisonne tous les matins le peuple ignorant ». Elle refuse de s’évader, et jette, selon Michelet, le poison qu’elle s’était procuré.

Le 8 novembre (18 brumaire an II), vêtue de blanc, elle comparaît devant le Tribunal révolutionnaire ; elle veut faire la leçon aux juges, on lui ferme la bouche. « Roland se tuera », dit-elle. À quatre heures et demie, la charrette l’emporte avec un autre condamné, Lamarche, par le Pont-au-Change, le quai de la Mégisserie, face au quai de l’Horloge de son enfance, et la rue Saint-Honoré, où on leur crie « À la guillotine ! ». À cinq heures et quart, elle est au pied de l’échafaud, sous une Liberté de plâtre dressée en août sur le socle vide de la statue de Louis XV.

Michelet lui fait dire, tournée vers la statue : « Ô Liberté, que de crimes commis en ton nom ! » Ni les journaux du temps ni le Bulletin du Tribunal révolutionnaire n’en parlent, remarque en 1908 l’historien Hector Fleischmann ; seul le rapporte un ancien détenu, Riouffe, qui ne cite, note-t-il, que les mots qui condamnent la Terreur. Chateaubriand le reprendra à son compte en 1814, dans un pamphlet royaliste. À la Commune, le procureur Chaumette, dont Hébert est le substitut, se félicite de sa mort et de celle d’Olympe de Gouges, qui auraient oublié les devoirs de leur sexe : « Et vous voudriez les imiter ? » lance-t-il aux citoyennes de Paris.

Roland, caché près de Rouen, apprend la nouvelle ; le 10 novembre, il se perce de sa canne-épée au bord de la route, à Bourg-Beaudouin.

Gravure en frise : dans la campagne, au bord d’une route, des paysans accourent vers le corps de Roland étendu à terre

Sa mort à elle, écrit Michelet, qui l’admire, « fut à peine remarquée ». Elle « avait fait la gloire de son parti, de son époux, et n’avait pas peu contribué à les perdre ».

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Événement
1793
11 novembre 1793 — Champ de Mars/Champ de la Fédération
p 167-186
Le 21 brumaire an II, le maire qui avait fait tirer sur les pétitionnaires du Champ-de-Mars est guillotiné sur les lieux du massacre. Avant le couperet, le bourreau brûle sous ses yeux le drapeau rouge de la loi martiale …

Le 21 brumaire an II, le maire qui avait fait tirer sur les pétitionnaires du Champ-de-Mars est guillotiné sur les lieux du massacre. Avant le couperet, le bourreau brûle sous ses yeux le drapeau rouge de la loi martiale.

Astronome et académicien, Jean-Sylvain Bailly préside en juin 1789 le tiers état qui se proclame Assemblée nationale ; le 15 juillet, au lendemain de la prise de la Bastille, les électeurs l’acclament maire de Paris. Deux ans plus tard, il est l’homme de l’ordre.

Le 21 juin 1791, le roi s’est enfui ; on l’a arrêté à Varennes. Le peuple de Paris réclame sa déchéance, mais l’Assemblée constituante, qui veut sauver la monarchie, le déclare « enlevé » pour le maintenir sur le trône. Le dimanche 17 juillet, des milliers de Parisiens montent au Champ-de-Mars, sur le terre-plein où l’on a célébré la Fédération un an plus tôt. Sur l’autel de la patrie, les Cordeliers rédigent une pétition qui réclame un nouveau pouvoir constituant ; six mille personnes la signent aussitôt, Chaumette, Momoro, Hébert, Hanriot parmi elles, au milieu des danses. Ils sont bientôt jusqu’à vingt mille. Le matin, deux hommes cachés sous l’autel, des voyeurs selon Alain Rustenholz, que la foule a pris pour des comploteurs royalistes, ont été lynchés ; à l’Assemblée, ils deviennent deux bons citoyens massacrés pour avoir prêché le respect des lois. Les commissaires de la municipalité, venus enquêter, constatent pourtant le calme de la foule. L’Assemblée exige qu’on rétablisse l’ordre par tous les moyens, et le conseil municipal proclame la loi martiale.

Dessin : au Champ-de-Mars, la garde nationale en ligne fait feu dans la fumée sur la foule massée autour de l’autel de la patrie

À six heures et demie du soir, Bailly quitte l’Hôtel de Ville avec la garde nationale, drapeau rouge en tête. Le Champ-de-Mars, entouré de talus depuis la Fédération, forme une arène fermée. Des mottes de terre et des pierres volent, on crie « À bas le drapeau rouge ! » ; la garde tire, en l’air d’abord, puis sur la foule, jusque sur les gradins de l’autel. Devant l’École militaire, des bataillons de la garde, ceux des Minimes, de Saint-Roch, de la Halle, ouvrent leurs rangs aux fuyards et croisent la baïonnette contre les cavaliers qui les poursuivent. Une cinquantaine de morts, selon les estimations les plus courantes, douze selon Bailly, quatre cents selon Marat. Le juge Coffinhal, qui était là, dira avoir vu tuer des femmes et compté cinquante-quatre corps ; ceux qui étaient tombés au bord de la Seine avaient disparu. Le soir même, le club des Cordeliers est fermé, des canons sont postés devant sa porte, et l’Assemblée félicite la garde nationale. Hébert est arrêté avec son imprimeur, on traque les rédacteurs de L’Ami du peuple. Pour les sans-culottes, c’est la « Saint-Barthélemy des patriotes » : entre la bourgeoisie, dont la garde nationale est le bras armé, et le peuple qui l’a portée au pouvoir, le tiers état s’est déchiré.

Arrêté à Melun en septembre 1793, Bailly comparaît les 19 et 20 brumaire devant le Tribunal révolutionnaire. Aux Jacobins, on a dit que les victimes du Champ-de-Mars étaient des témoins suffisants. L’acte d’accusation lui reproche d’avoir étouffé la voix du peuple, « et surtout ceux qui ne voulaient pas qu’une portion connue sous le nom de bourgeoisie s’emparât du crédit des deux ordres anéantis ». Chaumette, qui avait signé la pétition, vient témoigner, et Coffinhal descend de son siège de juge pour faire de même. Bailly se défend : « Il est vrai que dans la journée du 17 juillet le sang du peuple a coulé ; mais s’il a coulé ce n’est que d’après les ordres de l’Assemblée constituante. » La Commune a fait rechercher le drapeau de 1791, « un petit drapeau rouge portatif que Bailly avait fait faire pour égorger les citoyens ». Le jugement le condamne à mort et ordonne que le drapeau, attaché derrière la charrette, soit brûlé par le bourreau au lieu de l’exécution, entre le Champ-de-Mars et la Seine.

Photographie : sous un numéro 2 en émail bleu, une plaque de pierre : « Ici Jean Sylvain Bailly, premier maire de Paris, a été guillotiné le 11 novembre 1793 »

Le 21 brumaire, à midi, la charrette quitte la Conciergerie sous une pluie froide. Au Champ-de-Mars, la foule refuse que la terre sacrée de la Fédération soit souillée par le sang du maire : on démonte la guillotine et on la remonte dans un fossé au bord de la Seine, sur un tas d’ordures. Pendant ces longs apprêts, trempé, les mains liées, Bailly tremble. « Tu trembles, Bailly ! — Mon ami, c’est de froid. » Même Le Glaive vengeur, un recueil de l’an II qui ne le plaint guère, rapporte sa réponse. Le bourreau brûle le drapeau rouge devant lui, puis la lame tombe, aux cris de « Vive la République ! ».

Nous tenons presque tous les détails de cette mort de ses défenseurs. L’astronome Arago n’a voulu voir autour de l’échafaud que « des misérables » payés ; l’historien Henri Wallon reconnaît que ces récits sont « peut-être amplifiés ». Ce que les sans-culottes avaient voulu, eux, c’est que le massacre du 17 juillet soit jugé là où il avait été commis. La plaque du 2 avenue de La Bourdonnais dit simplement : « Ici Jean Sylvain Bailly, premier maire de Paris, a été guillotiné le 11 novembre 1793 ».

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