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📖 Dictionnaire administratif et historique des rues de Paris et de ses monuments LAZARE Félix et Louis
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Dictionnaire administratif et historique des rues de Paris et de ses monuments

LAZARE Félix et Louis
Félix Lazare, 1844.
2 Fiches citant cet ouvrage
1844 Édition

À propos de cet ouvrage

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Fiches citant cet ouvrage

2 fiches
Événement
1793
6 novembre 1793 — Échafaud de la place de la Révolution, où Philippe-Égalité est guillotiné le 16 brumaire an II
p 517-518
Il avait voté la mort de son cousin le roi et regardé tomber sa tête. Le 6 novembre 1793, la charrette qui le mène à l’échafaud s’arrête devant le Palais-Royal, le palais qu’il avait ouvert aux Parisiens et à la Révoluti …

Il avait voté la mort de son cousin le roi et regardé tomber sa tête. Le 6 novembre 1793, la charrette qui le mène à l’échafaud s’arrête devant le Palais-Royal, le palais qu’il avait ouvert aux Parisiens et à la Révolution.

Le 16 brumaire an II, à l’aube, Louis-Philippe-Joseph d’Orléans se réveille à la Conciergerie. On l’y a amené le 2 novembre de Marseille, où il était détenu depuis le printemps au fort Saint-Jean avec deux de ses fils. Il a quarante-six ans. Dans la matinée, il comparaît devant le Tribunal révolutionnaire, présidé par Herman. On l’accuse d’avoir aspiré au trône et d’avoir partie liée avec les Girondins et avec Dumouriez ; il n’y a pas de preuves, mais, depuis la loi des suspects, le soupçon suffit. Son défenseur, Voidel, plaide en vain. Il est condamné à mort, et l’on exécute le jour même.

Peinture : le duc d’Orléans en pied, poudré, en grand manteau de l’ordre du Saint-Esprit brodé d’or, devant un rideau rouge

L’homme qui va mourir a été l’un des hommes les plus riches de France, premier prince du sang, arrière-petit-fils du Régent. Il a aussi été un promoteur. À partir de 1781, il a fait bâtir autour du jardin du Palais-Royal les arcades et les galeries que l’on voit encore, louées à des boutiquiers, des cafetiers, des tenanciers de tripots. « Eh bien, mon cousin ! Il paraît que vous ouvrez boutique ? », se serait moqué Louis XVI. L’affaire n’a pas été aussi rentable qu’il l’espérait, mais elle a fait du jardin, où la police du roi n’entrait pas, le forum de Paris : c’est là que Camille Desmoulins a harangué la foule le 12 juillet 1789, là que l’on a promené ce jour-là les bustes de Necker et du duc d’Orléans.

Gravure en frise : dans le jardin du Palais-Royal, sous les arbres, une foule entoure Camille Desmoulins qui harangue debout sur une table

Député de la noblesse aux États généraux, passé au Tiers, jacobin, il a obtenu de la Commune, le 15 septembre 1792, le droit de s’appeler Égalité ; le jardin est devenu, par le même arrêté, le jardin de la Révolution. Élu député de Paris à la Convention, il siège avec la Montagne. En janvier 1793, lors de l’appel nominal, un silence se fait dans la salle quand on l’appelle à la tribune : il vote la mort de Louis XVI, puis contre le sursis, et assiste à l’exécution, le 21 janvier, depuis un cabriolet arrêté sur le pont de la Révolution, l’actuel pont de la Concorde. Le 4 avril, son fils aîné, le duc de Chartres, passe à l’ennemi avec Dumouriez. Le 7, tous les Bourbons encore en France sont arrêtés.

Ce 6 novembre, on lui fait servir à déjeuner, avec du champagne ; il se confesse. Il ne monte pas seul dans la charrette : avec lui, Pierre Coustard de Massi, député girondin de la Loire-Inférieure, et trois condamnés anonymes. Le cortège quitte la cour de Mai et gagne la rue Saint-Honoré sous les huées. « Tu vas te faire raccourcir par égalité ! » lui crie-t-on. Arrivée devant la façade du Palais-Royal, la charrette s’arrête ; il promène longuement les yeux sur l’édifice, puis la voiture reprend sa route vers la place de la Révolution. Il monte d’un pas ferme et n’oppose aucune résistance au bourreau Sanson.

Il laissait soixante-quatorze millions de livres de dettes ; l’État racheta une partie de ses biens et désintéressa une partie de ses créanciers. Le Palais-Royal fut réuni au domaine national. Rendu à la famille d’Orléans sous la Restauration, il fut habité par le fils dont la défection avait coûté la tête à son père. C’est de là que le duc d’Orléans partit, le 31 juillet 1830, pour l’Hôtel de Ville, d’où il revint lieutenant général du royaume ; neuf jours plus tard, il était roi des Français.

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Événement
1799
6 novembre 1799 — Église St Sulpice/Temple de la Victoire
p 624
Sept cent cinquante convives, et presque pas un mot. Le 6 novembre 1799, dans l’église Saint-Sulpice devenue temple de la Victoire, les députés offrent un banquet au général revenu d’Égypte. Trois jours plus tard, ses gr …

Sept cent cinquante convives, et presque pas un mot. Le 6 novembre 1799, dans l’église Saint-Sulpice devenue temple de la Victoire, les députés offrent un banquet au général revenu d’Égypte. Trois jours plus tard, ses grenadiers dispersent une partie d’entre eux.

Bonaparte a quitté son armée d’Égypte à la fin d’août 1799. Le 9 octobre, il débarque près de Fréjus en échappant à la quarantaine, traverse une France qui l’acclame et arrive à Paris le 16. Le jour même, il rend visite au président du Directoire, Louis-Jérôme Gohier, qu’il connaît bien. L’un des cinq directeurs, Sieyès, cherche « un sabre » pour réviser la Constitution ; il avait pensé à Joubert, tué en Italie, et au général Moreau. Ce sera Bonaparte. Le 23 octobre, son frère Lucien, qui n’a pas vingt-cinq ans, est élu président du Conseil des Cinq-Cents. Des brochures présentent le général comme l’homme de la paix ; les fournisseurs aux armées, « l’aristocratie financière du temps » selon le Grand Larousse, lui auraient avancé deux millions.

Peinture : portrait de Louis-Jérôme Gohier, vieil homme aux cheveux blancs, cravate blanche et habit sombre, dans un cadre ovale doré

Le 15 brumaire an VIII (6 novembre), de nombreux députés des deux Conseils offrent par souscription un banquet à Bonaparte et à Moreau. Le cadre est l’église Saint-Sulpice, que l’administration de la Seine a rebaptisée temple de la Victoire en octobre 1798, et où les théophilanthropes, adeptes d’un culte déiste, ont tenu leurs séances. On a dressé dans la nef de longues tables, sous des trophées de drapeaux. Les convives sont environ sept cent cinquante, Gohier préside. Tous ont entendu parler d’une conspiration, presque aucun ne sait rien de précis : ils s’observent, gênés, silencieux. Le président du Directoire, note le Larousse, est « seul calme et rayonnant ». Les Jacobins Briot et Destrem sont venus ; les généraux Jourdan et Augereau se sont abstenus. Autour des mêmes tables, on trouve les vainqueurs et les vaincus de Brumaire.

Bonaparte se méfie. Il a fait apporter dans sa voiture, raconte son aide de camp Lavallette, un pain et une demi-bouteille de vin. Il porte un toast « à l’union de tous les Français », glisse aux députés qui comptent quelques mots flatteurs et se retire de bonne heure.

Peinture en trompe-l’œil : profil de Bonaparte en bas-relief blanc, en habit brodé, au-dessus de l’inscription « Buonaparte »

L’argent n’est pas loin de la table. La grande affaire du moment est l’emprunt forcé et progressif voté en messidor sur les fortunes : des soixante-dix millions demandés, à peine plus de dix sont rentrés, et le 7 novembre un député réclame aux Cinq-Cents la fin de la progressivité. Le Consulat n’aura pas besoin de débat : la suppression de l’emprunt forcé progressif figure parmi ses toutes premières mesures financières.

Le soir du banquet, le dramaturge Arnault vient régler les derniers détails chez Bonaparte, rue de la Victoire. L’affaire, prévue pour le 16, est remise au 18 : « Ces imbéciles du conseil des Anciens n’ont-ils pas des scrupules ! ils m’ont demandé vingt-quatre heures. » Le 18 brumaire, les Anciens transfèrent les Conseils à Saint-Cloud ; Moreau accepte de garder le Directoire au Luxembourg, et Gohier, qui refuse de démissionner, y reste consigné sous la surveillance du général qu’il avait fêté trois jours plus tôt. Le 19, les grenadiers chassent les Cinq-Cents de l’orangerie de Saint-Cloud.

Moreau, compromis dans un complot royaliste en 1804, s’exilera et mourra en 1813 dans les rangs des coalisés, à Dresde. Saint-Sulpice redevient une paroisse en 1802.

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