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📖 Histoire socialiste (1789-1900), tome IV : La Convention II (1793-1794, 9 Thermidor) JAURÈS Jean
Note éditoriale
Édition s. d. ; les quatre tomes de Jaurès ont paru de 1901 à 1904. Pagination continue avec le tome III (p. 855-1825).

À propos de cet ouvrage

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Fiches citant cet ouvrage

4 fiches
Événement
1793
1er juin 1793 — Demeure de Jean-Marie et Manon Roland
p 1432
Dans la nuit du 31 mai au 1er juin 1793, le comité révolutionnaire fait arrêter Roland, qui n’est pas chez lui ; il s’enfuit vers Rouen. Le matin, vers sept heures, Mme Roland, qui a refusé de fuir, est arrêtée à son dom …

Dans la nuit du 31 mai au 1er juin 1793, le comité révolutionnaire fait arrêter Roland, qui n’est pas chez lui ; il s’enfuit vers Rouen. Le matin, vers sept heures, Mme Roland, qui a refusé de fuir, est arrêtée à son domicile, au second étage, et conduite à la prison de l’Abbaye. Elle sera guillotinée le 8 novembre ; Roland se tuera deux jours plus tard, sur la route de Rouen à Paris.

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Événement
1793
8 novembre 1793 — Échafaud de la place de la Révolution, où Mme Roland est guillotinée le 18 brumaire an II
p 1617, 1682
Le 8 novembre 1793, huit jours après les députés girondins, Manon Roland est guillotinée place de la Révolution. Elle y aurait apostrophé la statue de la Liberté ; sur le moment, personne ne l’a noté. Manon Phlipon est n …

Le 8 novembre 1793, huit jours après les députés girondins, Manon Roland est guillotinée place de la Révolution. Elle y aurait apostrophé la statue de la Liberté ; sur le moment, personne ne l’a noté.

Manon Phlipon est née en 1754 dans l’île de la Cité, fille d’un maître graveur du quai de l’Horloge. Quand son mari, Jean-Marie Roland, de vingt ans son aîné, devient ministre de l’Intérieur, en 1792, elle dirige ses bureaux, rédige ses lettres et reçoit à l’hôtel du ministère, rue Neuve-des-Petits-Champs, Brissot, Pétion, Barbaroux et Buzot, qu’elle aime. Son influence n’est un secret pour personne : Danton réclame à la tribune des ministres « qui voient par d’autres yeux que ceux de leur femme ».

Gravure d’après une sanguine : Mme Roland de trois quarts, cheveux bouclés en désordre, fichu noué sur la poitrine, sous le titre « Un nouveau portrait de Madame Roland »

Au printemps de 1793, le pain renchérit et des milliers de Parisiens en armes viennent réclamer à la Convention un maximum sur le prix des denrées. Brissot, lui, assure à ses électeurs que les vrais ennemis du peuple sont « les anarchistes, les prédicateurs de la loi agraire ». Le 24 mai, la Commission des Douze, à majorité girondine, fait arrêter Hébert, l’auteur du Père Duchesne. Du 31 mai au 2 juin, les sections et la Commune encerclent la Convention et obtiennent l’arrestation des chefs de la Gironde ; plusieurs, échappés, contribuent à soulever des départements contre la Convention.

Roland s’enfuit vers Rouen ; elle reste, et se laisse arrêter le 1er juin. En prison, elle écrit ses Mémoires et entend crier sous sa fenêtre le Père Duchesne, ce « sale écrit » dont Hébert, dit-elle, « empoisonne tous les matins le peuple ignorant ». Elle refuse de s’évader, et jette, selon Michelet, le poison qu’elle s’était procuré.

Le 8 novembre (18 brumaire an II), vêtue de blanc, elle comparaît devant le Tribunal révolutionnaire ; elle veut faire la leçon aux juges, on lui ferme la bouche. « Roland se tuera », dit-elle. À quatre heures et demie, la charrette l’emporte avec un autre condamné, Lamarche, par le Pont-au-Change, le quai de la Mégisserie, face au quai de l’Horloge de son enfance, et la rue Saint-Honoré, où on leur crie « À la guillotine ! ». À cinq heures et quart, elle est au pied de l’échafaud, sous une Liberté de plâtre dressée en août sur le socle vide de la statue de Louis XV.

Michelet lui fait dire, tournée vers la statue : « Ô Liberté, que de crimes commis en ton nom ! » Ni les journaux du temps ni le Bulletin du Tribunal révolutionnaire n’en parlent, remarque en 1908 l’historien Hector Fleischmann ; seul le rapporte un ancien détenu, Riouffe, qui ne cite, note-t-il, que les mots qui condamnent la Terreur. Chateaubriand le reprendra à son compte en 1814, dans un pamphlet royaliste. À la Commune, le procureur Chaumette, dont Hébert est le substitut, se félicite de sa mort et de celle d’Olympe de Gouges, qui auraient oublié les devoirs de leur sexe : « Et vous voudriez les imiter ? » lance-t-il aux citoyennes de Paris.

Roland, caché près de Rouen, apprend la nouvelle ; le 10 novembre, il se perce de sa canne-épée au bord de la route, à Bourg-Beaudouin.

Gravure en frise : dans la campagne, au bord d’une route, des paysans accourent vers le corps de Roland étendu à terre

Sa mort à elle, écrit Michelet, qui l’admire, « fut à peine remarquée ». Elle « avait fait la gloire de son parti, de son époux, et n’avait pas peu contribué à les perdre ».

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Événement
1793
10 novembre 1793 — Cathédrale Notre-Dame de Paris/Temple de la Raison
p 1713
Le 20 brumaire an II, dans Notre-Dame, une chanteuse de l’Opéra en robe blanche et bonnet rouge sort d’un petit temple « À la philosophie » bâti en trois jours. La postérité l’appellera la déesse Raison : elle figurait l …

Le 20 brumaire an II, dans Notre-Dame, une chanteuse de l’Opéra en robe blanche et bonnet rouge sort d’un petit temple « À la philosophie » bâti en trois jours. La postérité l’appellera la déesse Raison : elle figurait la Liberté.

Trois jours plus tôt, le 7 novembre 1793, l’évêque de Paris, Gobel, est venu déposer sa croix et son anneau à la Convention. Le soir même, la Commune et le Département décident que la fête du décadi suivant aura lieu dans la cathédrale. Le procureur de la Commune, Chaumette, a obtenu qu’on la célèbre là plutôt qu’au cirque du Palais-Royal, « au lieu et place du culte supprimé », écrit Michelet. Le maire, Pache, la baptise fête de la Liberté et de la Raison. Dans les sections, Cloots, Momoro, Hébert et Chaumette mènent une propagande sans relâche ; à l’Hôtel de Ville, un registre reçoit les abdications des prêtres, et l’on décide, par plaisanterie, d’envoyer au pape les arrêtés de la Commune traduits en italien, « pour le guérir de ses erreurs ».

Tableau : sous les voûtes gothiques, une jeune femme en robe blanche et bonnet rouge, assise sur un siège fleuri, domine une foule en liesse qui brandit drapeaux et bonnets

Le dimanche 10 novembre, il pleut. Vers dix heures, les autorités de la Commune et du Département entrent dans Notre-Dame, suivies d’une foule nombreuse. Pas de soldats : le commandant de la garde nationale, Hanriot, a fait savoir que les armes « ne conviennent que dans les combats et non là où des frères se rassemblent pour se laver enfin de tous les gothiques préjugés ». On a caché presque tout ce qui rappelait le culte catholique. Dans le chœur s’élève une montagne de bois ; à son sommet, un temple rond, à la grecque, porte en lettres énormes « À la philosophie », entre les bustes de quelques philosophes, sans doute Voltaire, Rousseau et Franklin. Plus bas, sur un autel, brûle le flambeau de la Vérité.

La musique de la garde nationale ouvre la cérémonie. Deux files de jeunes filles en blanc, ceintures tricolores et couronnes de chêne, descendent la montagne, s’inclinent devant le flambeau et remontent. Puis une femme sort du temple : robe blanche, manteau bleu, bonnet rouge, une longue pique à la main. Elle s’assied sur un siège de verdure, et l’assistance lui chante l’hymne que Marie-Joseph Chénier et Gossec ont composé pour l’occasion : « Descends, ô Liberté, fille de la Nature ». Qui était-elle ? Mlle Aubry, de l’Opéra, selon le témoin le plus sûr, d’après l’historien Alphonse Aulard ; Mlle Maillard, du même théâtre, selon Michelet. Les chanteuses de l’Opéra, écrit Hébert dans son Père Duchesne, ont chanté « mieux que des anges ».

La Convention n’y était pas. Les organisateurs l’ont invitée trop tard, devant le fait accompli. Le cortège se rend donc aux Tuileries, la Liberté portée sur un siège par quatre citoyens. À la barre, Chaumette annonce : « Le peuple a dit : Plus de prêtres, plus d’autres dieux que ceux que la nature nous offre. » Sur la motion de Chabot, l’Assemblée décrète que Notre-Dame sera désormais le temple de la Raison ; le président, Laloy, donne à l’actrice le baiser fraternel. Puis, sur la motion de Thuriot, les députés se rendent à leur tour à Notre-Dame, où l’on recommence la fête pour eux. La moitié d’entre eux seulement, selon deux témoins, Grégoire et Durand-Maillane.

Portrait peint dans un cadre doré : une jeune femme aux cheveux bruns bouclés noués d’un ruban rouge, en chemise blanche et châle rouge

Michelet a trouvé la cérémonie « chaste », mais « triste, sèche, ennuyeuse ». Le mouvement, lui, ne l’était pas. C’était la poussée de la Commune et des sans-culottes, contre la prudence du Comité de salut public, et Robespierre ne l’a pas caché à Cloots : « Vous vouliez nous gagner la Belgique catholique, et vous la mettez contre nous ! » Le 1er frimaire (21 novembre), il lance aux Jacobins : « L’athéisme est aristocratique. » Deux jours plus tard, la Commune passe outre : elle arrête que toutes les églises et tous les temples de Paris, de toutes religions, seront fermés sur-le-champ. Le 6 décembre, Robespierre fait voter par la Convention la liberté des cultes. Au printemps de 1794, les chefs du mouvement, Hébert, Momoro, Cloots, puis Chaumette, montent à l’échafaud : la Terreur s’est retournée contre ceux qui la réclamaient dans les sections.

La cathédrale, désaffectée, devient un entrepôt de vin de la République ; les statues de la galerie des Rois ont été abattues et décapitées ; une partie des têtes, retrouvées lors de travaux, est aujourd’hui au musée de Cluny. En 1795, l’abbé Grégoire en obtient les clefs et la rend en partie au culte ; les théophilanthropes y tiennent leurs cérémonies à partir de 1798. Le Concordat de 1801, signé par Bonaparte, rend la cathédrale à l’Église.

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Événement
1793
14 novembre 1793 — Maison Duplay, où loge Robespierre : Chabot vient l’y réveiller
p 1739-1742
Le 14 novembre 1793 au matin, le député François Chabot réveille Robespierre, puis se rend au Comité de sûreté générale : il tient, dit-il, le fil d’une conspiration contre la République. Il en est lui-même. Chabot, anci …

Le 14 novembre 1793 au matin, le député François Chabot réveille Robespierre, puis se rend au Comité de sûreté générale : il tient, dit-il, le fil d’une conspiration contre la République. Il en est lui-même.

Chabot, ancien capucin devenu député montagnard, a une semaine terrible derrière lui. Il a critiqué la Terreur et le droit des comités d’arrêter des députés : « S’il n’y a pas de côté droit, j’en formerai un à moi tout seul, dussé-je perdre la tête. » La Convention l’a suivi le 20 brumaire, puis s’est déjugée le 22. Le 23 au soir, les Jacobins le couvrent de huées et nomment une commission d’enquête. On parle beaucoup de son mariage : le 6 octobre, il a épousé Léopoldine Frey, sœur de deux banquiers venus de Moravie, avec une dot de 200 000 livres. Il a reçu chez lui, cinq jours plus tôt, le baron de Batz, recherché par la police. Et il a dans ses papiers un paquet de 100 000 livres en assignats dont il serait bien en peine d’expliquer l’origine : c’est le prix de la signature de Fabre d’Églantine au bas du faux décret de liquidation de la Compagnie des Indes.

Le 24 brumaire, il prend les devants. Il va trouver Robespierre, rue Saint-Honoré. « Je viens te réveiller, mais c’est pour sauver la patrie ; je tiens le fil de la conspiration la plus dangereuse qui ait été tramée contre la liberté. » Des banquiers et des agents de l’étranger achètent des députés pour déshonorer la Convention ; lui-même a fait semblant d’entrer dans le complot pour mieux le déjouer. De là, il passe au Comité de sûreté générale, à l’hôtel de Brionne, sur le Carrousel : à dix heures, il y fait sa dénonciation de vive voix. Le 26, à deux heures du matin, il revient avec quatorze pages manuscrites et dépose les 100 000 livres « comme un commencement de preuve ». Il exige un reçu, qu’il appelle son « sauf-conduit ».

Le sauf-conduit tient vingt-quatre heures. Le 27 brumaire, à trois heures du matin, les deux comités ordonnent l’arrestation de Chabot, de Basire, de Delaunay et de Julien de Toulouse. Un officier de paix vient chercher Chabot chez lui, rue d’Anjou, et le conduit à la prison du Luxembourg. Julien de Toulouse s’échappe : il se cache, de son propre aveu, dans les bureaux mêmes du Comité. Fabre d’Églantine reste libre jusqu’en janvier.

La dénonciation de Chabot donne au gouvernement révolutionnaire ce qu’il soupçonnait : l’argent de la finance travaille la Montagne de l’intérieur. Le rapporteur Amar le dira sans détour : « Chabot a été le proxénète du faux décret, Fabre a été le fabricateur. » Le 16 germinal an II, Chabot, Fabre, Basire, Delaunay et les deux frères Frey montent à l’échafaud avec Danton.

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