Le 12 avril 1893, au 28 boulevard des Capucines, Joseph Oller inaugure l'Olympia — deux mille places, une salle en acier et en velours, et pour l'ouverture, des acrobates, des travestis, La Goulue qui danse le cancan. Tout le Paris qui compte est là. On vient voir ce que cet homme a encore inventé.
Car Oller est un inventeur compulsif. Catalan de naissance, arrivé à Paris enfant, il a fondé le pari mutuel aux courses, ouvert les Montagnes Russes boulevard des Capucines — à cet emplacement même —, puis le Moulin Rouge en 1889 avec Charles Zidler, au pied de la Butte. L'Olympia est son projet le plus ambitieux : le premier music-hall de Paris au sens moderne du terme, un lieu où tous les genres se côtoient dans la même soirée — chanson, danse, cirque, spectacle de variétés.
L'architecte Léon Carle a construit la salle sur les fondations en acier des anciennes Montagnes Russes, fermées l'année précédente par le préfet de police qui craignait l'incendie. Le bâtiment est moderne, fonctionnel, conçu pour le spectacle de masse. L'entrée, sous la grande enseigne lumineuse du boulevard des Capucines, deviendra l'une des images les plus reconnaissables de Paris.
Le succès est immédiat puis décline. Dans les années 1920, l'Olympia se convertit en cinéma. Il faudra attendre 1954 et Bruno Coquatrix pour que la salle retrouve sa vocation musicale. Brel, Piaf, les Beatles, les Rolling Stones, Dalida — le music-hall d'Oller deviendra le temple de la chanson française et du rock international. Son nom reste au fronton, boulevard des Capucines, à l'endroit exact où un Catalan de Paris a eu l'idée, en 1893, de mettre des acrobates et La Goulue sur la même scène.