Marcel Cachin et Jacques Doriot incarcérés pour avoir dénoncé la guerre coloniale

Prison de la Santé

De gauche à droite et de haut en bas : Jacques Duclos, Marcel Cachin, Henri Barbé, Jacques Doriot, Robert Alloyer et Maurice Thorez.

Image de bibliothèque en ligne Gallica.

Deux communistes arrêtés ensemble pour les mêmes raisons — ils n'iraient pas dans la même direction.

Ce 18 juillet 1927, deux hommes entrent à la prison de la Santé. Marcel Cachin, soixante-deux ans, directeur de L'Humanité, figure du communisme français depuis ses débuts. Jacques Doriot, trente et un ans, député de Saint-Denis, l'une des étoiles montantes du Parti communiste. On les arrête pour antimilitarisme et anticolonialisme : le parti a mené campagne contre la guerre du Rif et la politique coloniale française — position que le gouvernement Poincaré juge intolérable. Le matin même, la police avait perquisitionné les bureaux et l'imprimerie de L'Humanité, rue Montmartre. Les dirigeants du parti ont été raflés.

Ils se retrouvent donc dans le même établissement, pour la même cause. La ressemblance s'arrête là.

Marcel Cachin ne quittera jamais le Parti communiste. Jusqu'à sa mort en 1958, à quatre-vingt-quatre ans, il restera fidèle à la ligne de Moscou, traversant les purges staliniennes sans broncher, soutenant le pacte germano-soviétique en 1939, puis la Résistance en 1941.

Jacques Doriot prendra un autre chemin. Exclu du PCF en 1934 pour avoir voulu une politique d'union de la gauche que le parti refusait alors, il bascule vers le nationalisme, fonde en 1936 le Parti populaire français — ouvertement fasciste —, et collabore avec l'Occupation. Il meurt en février 1945 sur une route d'Allemagne, mitraillé par un avion allié, en uniforme de la Wehrmacht.

En 1927, ils partageaient la même maison d'arrêt. L'histoire les a mis dans des camps opposés — au sens le plus littéral du terme.

Bibliographie