Histoire de la rue
La rue de la Santé tire son nom de l'établissement hospitalier qui en constitue l'aboutissement logique : l'hôpital de la Santé, rebaptisé Sainte-Anne en hommage à Anne d'Autriche, sa fondatrice. C'est en 1651, au cœur de la Fronde, que l'ancien hôpital de la Santé est transféré à Sainte-Anne — moment fondateur qui grave durablement cette adresse dans la géographie médicale et carcérale de Paris. Quelques décennies plus tard, entre 1765 et 1786, un poste d'octroi s'installe au n° 34 avant d'être remplacé par la barrière de la Santé, marquant la limite fiscale de la capitale.
La rue traverse quatre quartiers du sud parisien — Croulebarbe, Maison-Blanche, Montparnasse, Parc de Montsouris — sur plus d'un kilomètre, du boulevard de Port-Royal jusqu'à la place Coluche. Au n° 29, un couvent des Augustines abrite en 1840 un parc réputé superbe ; au n° 32, c'est Edvard Munch, accueilli à Paris par August Strindberg, qui installe son atelier en 1896. La rue est donc aussi, par instants, un couloir de création.
Mais c'est le n° 42 qui concentre le destin politique et tragique de la voie : la prison de la Santé, inaugurée dans la seconde moitié du XIXe siècle. En février 1870, Eugène Varlin, figure du mouvement ouvrier et de l'A.I.T., y est incarcéré en représailles de la grève du Creusot. Pendant la Commune de 1871, la Santé devient un enjeu de pouvoir : le général Chanzy y est transféré sous escorte, la foule tente de lyncher les prisonniers, et le directeur Cayol refuse de laisser sortir les détenus en dépit des ordres de Lullier. Au siècle suivant, la prison accueille Guillaume Apollinaire (1911), Victor Serge (1912), puis toute une génération de militants communistes — Boris Souvarine, Marcel Cachin, Jacques Doriot, Pierre Sémard — incarcérés dans l'entre-deux-guerres pour opposition à la guerre du Rif ou « complot contre la sûreté de l'État ». Sous l'Occupation, la Santé devient un lieu d'horreur : guillotinages pour « propagande communiste », 23 condamnés du procès de la Maison de la Chimie entonnant La Marseillaise en partant vers le Mont-Valérien, et jusqu'en 1944 une mutinerie du 14 juillet réprimée dans le sang par la Milice.