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Au 42 de la rue de la Santé, dans le 14e arrondissement, s'élève la prison qui a donné son nom à la voie — ou plutôt qui l'a héritée de l'hôpital de la Santé, dont Louis XIV et sa mère Anne d'Autriche ordonnèrent le déplacement vers Sainte-Anne dès 1651. La maison d'arrêt qui lui succède sur ce site devient l'une des grandes prisons parisiennes, creuset de l'histoire politique et sociale de la capitale.

Ses murs ont absorbé tous les soubresauts de la France contemporaine. Sous la Commune de 1871, le général Alfred Chanzy y est transféré par le communard Sérizier sous les huées d'une foule prête à le lyncher ; le directeur Cayol refuse d'en laisser partir les prisonniers sur ordre de Lullier, et le médecin Nicolas Caullet refuse d'y fusiller les gendarmes désignés comme otages. En 1870, Eugène Varlin, figure de l'Association internationale des travailleurs, y passe en représailles de la grève du Creusot. En 1911, Guillaume Apollinaire, incarcéré pour recel de statuettes volées, y compose six poèmes signés « le quinze de la onzième ».

La Santé devient ensuite une prison éminemment politique : dans les années 1920, son préau se transforme en forum où les militants communistes débattent entre eux — Boris Souvarine y rédige depuis sa cellule la motion envoyée au congrès de Tours. Sous l'Occupation, elle est le théâtre de ses heures les plus sombres : guillotines pour « propagande communiste », départ en chantant la Marseillaise des condamnés du procès de la Maison de la Chimie, mutinerie du 14 juillet 1944 réprimée dans le sang par la Milice. En 1972 s'y déroulent les deux dernières exécutions capitales de Paris ; en 1978, Jacques Mesrine s'en évade spectaculairement.

Noms successifs du lieu

  • 1651 Hôpital de la Santé — déplacement vers Sainte-Anne sous Anne d'Autriche
  • XIXe siècle Prison de la Santé — maison d'arrêt parisienne
  • 1871 — 1944 Prison politique majeure (Commune, entre-deux-guerres, Occupation)
  • 1972 Dernier lieu d'exécutions capitales à Paris (guillotine dans la cour)
  • Aujourd'hui Maison d'arrêt de la Santé — établissement pénitentiaire en activité

Toponymie — rue de la Santé

rue de la Santé
Conduit à l'hôpital de la Santé ou Sainte-Anne, du nom d'Anne d'Autriche, sa fondatrice.
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Événements à cette adresse

30 événements · 1651 — 1978
42 rue de la Santé — 14e arr.
42 rue de la Santé — 14e arr.
Prison de la Santé
Manifestations autour de la Santé en solidarité avec les militants GP et VLR emprisonnés. Diffusion de messages par haut parleur. Attaque au cocktail Molotov contre deux cars de police
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42 rue de la Santé — 14e arr.
Prison de la Santé
Libération des membres de l'OAS encore incarcérés pour crime de sang, en vertu des accords entre de Gaulle et Massu
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42 rue de la Santé — 14e arr.
Prison de la Santé (prison politique pendant l'Occupation)
Mutinerie à la prison de la Santé, organisée par les militants du PCF pour le 14 juillet ; 28 mutins seront fusillés par la Milice
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Personnage(s) : Jean Bassompierre ·Pierre Gallet
42 rue de la Santé — 14e arr.
42 rue de la Santé — 14e arr.
Prison de la Santé
Lors de leur transfert vers le Mont Valérien pour être exécutés, les 23 condamnés du procès de la Maison de la Chimie entonnent la Marseillaise en quittant la Santé
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Personnage(s) : Danielle Casanova
42 rue de la Santé — 14e arr.
Prison de la Santé
Conrado Miret i Musté meurt des tortures qu'il a subies sans avoir rien livré, y compris son identité ; il avait été arrêté par la police française. Une plaque est apposée sur le mur extérieur de la prison
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Personnage(s) : Conrado Miret-Muste
42 rue de la Santé — 14e arr.
Prison de la Santé
La loi de Vichy du 14 août 1941 est en vigueur depuis six semaines quand la guillotine de la Santé la met en pratique : trois hommes meurent pour avoir diffusé des tracts. Le 14 août 1941, le gouvernement de Vichy…

La loi de Vichy du 14 août 1941 est en vigueur depuis six semaines quand la guillotine de la Santé la met en pratique : trois hommes meurent pour avoir diffusé des tracts.

Le 14 août 1941, le gouvernement de Vichy promulgue une loi sur "l'activité communiste et anarchiste" qui institue des peines allant jusqu'à la mort pour tout militant pris en flagrant délit de propagande. Les tribunaux sont spéciaux, les procédures accélérées, les droits de la défense réduits au minimum. L'occupant allemand avait demandé à Vichy un instrument juridique pour réprimer la résistance communiste sans avoir à se salir directement les mains ; Vichy s'exécute.

Le Tribunal spécial de la Seine est la juridiction d'exception qui applique cette loi dans la capitale. Il siège au Palais de Justice. Ses jugements sont rapides. La peine de mort pour un tract, une réunion clandestine, la possession d'un journal interdit, est prononcée avec une régularité bureaucratique.

Le 23 septembre 1941, trois militants sont guillotinés à la prison de la Santé, 42 rue de la Santé, dans le 14e arrondissement, en application de condamnations de ce tribunal. Leur crime officiel : "propagande communiste." Ils font partie du flux continu de militants que la répression vichyste exécute cet automne 1941, au moment même où les Bataillons de la Jeunesse mènent leurs premières actions armées dans Paris, et où l'occupant commence à fusiller des otages en représailles.

La prison de la Santé est en cela un lieu d'une cohérence sinistre : construite en 1867, elle a servi à enfermer les Communards, les anarchistes, les militants ouvriers de toutes tendances. Sous l'Occupation, elle est le terminus d'une chaîne d'arrestations, de tortures, de jugements expéditifs. Les exécutions y ont lieu à l'aube, dans la cour, à l'abri des regards.

La loi du 14 août 1941 sera l'un des textes retenus comme preuves de la collaboration active de Vichy avec la politique répressive nazie lors des procès de l'épuration. Elle avait pour objet officiel de "protéger l'État" ; elle eut pour résultat de livrer des centaines de résistants à la guillotine.

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42 rue de la Santé — 14e arr.
Prison de la Santé
Trois personnes guillotinées pour "propagande communiste" par le Tribunal spécial de la Seine, en application de la loi de Vichy du 14 août 1941. Le 28 août 1941, puis d'autres le 23 septembre 1941
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42 rue de la Santé — 14e arr.
42 rue de la Santé — 14e arr.
42 rue de la Santé — 14e arr.
42 rue de la Santé — 14e arr.
Prison de la Santé
Deux communistes arrêtés ensemble pour les mêmes raisons — ils n'iraient pas dans la même direction. Ce 18 juillet 1927, deux hommes entrent à la prison de la Santé. Marcel Cachin, soixante-deux ans, directeur de…

Deux communistes arrêtés ensemble pour les mêmes raisons — ils n'iraient pas dans la même direction.

Ce 18 juillet 1927, deux hommes entrent à la prison de la Santé. Marcel Cachin, soixante-deux ans, directeur de L'Humanité, figure du communisme français depuis ses débuts. Jacques Doriot, trente et un ans, député de Saint-Denis, l'une des étoiles montantes du Parti communiste. On les arrête pour antimilitarisme et anticolonialisme : le parti a mené campagne contre la guerre du Rif et la politique coloniale française — position que le gouvernement Poincaré juge intolérable. Le matin même, la police avait perquisitionné les bureaux et l'imprimerie de L'Humanité, rue Montmartre. Les dirigeants du parti ont été raflés.

Ils se retrouvent donc dans le même établissement, pour la même cause. La ressemblance s'arrête là.

Marcel Cachin ne quittera jamais le Parti communiste. Jusqu'à sa mort en 1958, à quatre-vingt-quatre ans, il restera fidèle à la ligne de Moscou, traversant les purges staliniennes sans broncher, soutenant le pacte germano-soviétique en 1939, puis la Résistance en 1941.

Jacques Doriot prendra un autre chemin. Exclu du PCF en 1934 pour avoir voulu une politique d'union de la gauche que le parti refusait alors, il bascule vers le nationalisme, fonde en 1936 le Parti populaire français — ouvertement fasciste —, et collabore avec l'Occupation. Il meurt en février 1945 sur une route d'Allemagne, mitraillé par un avion allié, en uniforme de la Wehrmacht.

En 1927, ils partageaient la même maison d'arrêt. L'histoire les a mis dans des camps opposés — au sens le plus littéral du terme.

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Personnage(s) : Marcel Cachin ·Jacques Doriot
42 rue de la Santé — 14e arr.
Prison de la Santé
Marcel Cachin est incarcéré ; il sera libéré aussitôt, suite à un vote de la Chambre
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Personnage(s) : Marcel Cachin
42 rue de la Santé — 14e arr.
Prison de la Santé
Pierre Sémard est incarcéré pour "provocation à la désobéissance", en rapport à l'opposition du PCF à la guerre du Rif
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Personnage(s) : Pierre Semard
42 rue de la Santé — 14e arr.
42 rue de la Santé — 14e arr.
Prison de la Santé
Souvarine, emprisonné à la Santé, envoie au congrès de Tours une motion d'adhésion à l'Internationale Communiste, improprement appelée "Cachin-Frossard"
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Personnage(s) : Boris Souvarine
42 rue de la Santé — 14e arr.
Prison de la Santé (son préau est transformé en forum politique)
Incarcération pour "complot contre la sûreté de l'État" de militants du Comité de la Troisième Internationale. Ce qui fait qu'il ne seront pas présents au Congrès de Tours. Le préau de la Santé est transformé en forum politique
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42 rue de la Santé — 14e arr.
Prison de la Santé
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Personnage(s) : Victor Serge
42 rue de la Santé — 14e arr.
Prison de la Santé
Le 21 août 1911, la Joconde disparaît du Louvre. C'est le vol du siècle; toute la France s'en émeut. La police cherche un coupable. Quelques jours après le vol, un journaliste du Matin reçoit deux statuettes ibériques…

Le 21 août 1911, la Joconde disparaît du Louvre. C'est le vol du siècle; toute la France s'en émeut. La police cherche un coupable. Quelques jours après le vol, un journaliste du Matin reçoit deux statuettes ibériques dérobées au Louvre, apportées par un certain Géry Piéret qui cherche à monnayer son geste. Piéret avait déjà volé des pièces dans les réserves du musée en 1907 et les avait vendues à un peintre de Montmartre qui les avait gardées pour s'en inspirer: Pablo Picasso.

Apollinaire avait hébergé Piéret. Quand l'affaire éclate, il prend peur et alerte lui-même la presse pour signaler les vols anciens et se démarquer de son ami. Ce calcul se retourne contre lui: en se précipitant à révéler les faits, il s'implique. Le 7 septembre, il est convoqué par le juge. Le 9 septembre 1911, il est incarcéré à la prison de la Santé, 42 rue de la Santé, dans le 14e arrondissement, inculpé de complicité de recel.

Il passera cinq jours dans la cellule 15 de la onzième division. Cinq jours suffisent pour écrire six poèmes qu'il signe "le quinze de la onzième": une transposition ironique de ses coordonnées carcérales. Ces poèmes paraîtront dans "Alcools" en 1913, sous le titre "À la Santé". Ils sont parmi les plus dépouillés de son oeuvre, sans les jeux formels ni les accumulations d'images qui caractérisent le reste du recueil: juste une voix seule dans une cellule, comptant les bruits et les heures.

"Que je m'ennuie entre ces murs tout nus / Et peints de couleurs pâles / Une mouche sur le papier à pas menus / Parcourt mes lignes inégales." La mouche qui traverse la page: une image juste, prosaïque, intime, exactement à l'opposé des grandes constructions mythologiques d'"Alcools".

Il est libéré le 12 septembre, lavé de tout soupçon de vol de la Joconde. Picasso, convoqué lui aussi, avait tremblé. La Joconde réapparaît en décembre 1913 à Florence, volée par un ouvrier italien qui avait travaillé au Louvre. Apollinaire et Picasso n'y étaient pour rien. La cellule 15, elle, reste dans les vers.

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42 rue de la Santé — 14e arr.
Prison de la Santé
Jean-Jacques Pillot, arrêté à La Varenne St Hilaire le 29 octobre 1871, est condamné à 10 ans de réclusion ; il se marie à la Santé le 23 décembre 1874, et meurt à la prison de Melun le 13 juin 1877
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Personnage(s) : Jean-Jacques Pillot
42 rue de la Santé — 14e arr.
42 rue de la Santé — 14e arr.
Prison de la Santé
Le 13 février 1870, Eugène Varlin, figure majeure du mouvement ouvrier et membre actif de l’Association internationale des travailleurs (A.I.T.), est incarcéré à la prison de la Santé à Paris. Cette arrestation marque un…

Le 13 février 1870, Eugène Varlin, figure majeure du mouvement ouvrier et membre actif de l’Association internationale des travailleurs (A.I.T.), est incarcéré à la prison de la Santé à Paris. Cette arrestation marque un moment de tension entre l’Empire autoritaire de Napoléon III et les premiers réseaux socialistes organisés dans le pays.

L’épisode s’inscrit dans le prolongement direct de la grève du Creusot, déclenchée en janvier 1870 par les ouvriers métallurgistes de cette grande usine bourguignonne, l’une des plus importantes de France. Soutenue et relayée par l’A.I.T., cette mobilisation réclame l’amélioration des conditions de travail et la reconnaissance du droit d’association. Aux yeux du pouvoir impérial, ces revendications et surtout leur coordination internationale constituent une menace ouverte à l’ordre établi.

Pour Napoléon III et son ministre de l’Intérieur, le militantisme de l’A.I.T. symbolise la diffusion du « péril rouge ». En s’attaquant à Varlin – relieur de profession, autodidacte et militant de longue date pour la coopération ouvrière – le régime cherche à donner un coup d’arrêt à ce qu’il perçoit comme une contagion sociale dangereuse. L’arrestation, suivie d’un bref emprisonnement, vise moins à neutraliser un individu qu’à intimider tout un mouvement.

Pourtant, cette répression produit l’effet inverse : la figure de Varlin gagne en popularité dans les milieux ouvriers, son engagement en faveur de la solidarité et de la dignité du travail acquérant une résonance nouvelle. À peine un an plus tard, l’effondrement du Second Empire et la naissance de la Commune de Paris révéleront combien ces luttes prenaient racine dans les injustices que ce procès symbolise.

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Personnage(s) : Eugène Varlin
42 rue de la Santé — 14e arr.
Hôpital de la Santé
Emplacement : emplacement de la prison
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Personnage(s) : Louis XIV ·Anne d'Autriche
42 rue de la Santé — 14e arr.

Aujourd'hui

La prison de la Santé est toujours en activité au 42 rue de la Santé. Après une longue rénovation achevée en 2019, elle accueille désormais des prévenus et des condamnés. Sur son mur extérieur, une plaque commémore la mort sous la torture de Conrado Miret i Musté, résistant espagnol, en 1942.

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