Portrait de Charles-Angélique-François Huchet, comte de La Bédoyère (1786-1815) par Jean-Urbain Guérin.
Il avait vingt-neuf ans, une épouse qui pleurait, et une conviction que la Restauration lui reprochait d'avoir eue.
Charles de La Bédoyère est né le 17 mai 1786. Aide de camp de Napoléon, il avait servi les campagnes de l'Empire avec distinction. Quand Napoléon débarqua à Golfe-Juan le 1er mars 1815 avec mille hommes pour reconquérir la France, La Bédoyère commandait le 7e régiment d'infanterie de ligne, stationné à Grenoble.
Le 7 mars 1815, à Laffrey, l'avant-garde de Napoléon se retrouva face aux régiments royaux envoyés pour barrer la route. La Bédoyère commanda à ses soldats de présenter les armes. Au lieu d'ouvrir le feu, il traversa seul le no man's land, rejoignit Napoléon et fit défiler son régiment derrière lui. Ce fut le premier retournement militaire de masse des Cent Jours : Napoléon entra à Grenoble sans un coup de feu, et continua vers Paris à la tête d'une armée qui grossissait à chaque étape.
Après Waterloo (18 juin 1815) et la seconde abdication de Napoléon (22 juin), la Restauration reprit le pouvoir et chercha à punir les défections les plus spectaculaires. La Bédoyère essaya de fuir, fut arrêté, traduit devant un conseil de guerre et condamné à mort. Son épouse Georgine de Mosbourg se démena sans relâche pour obtenir sa grâce : lettres, démarches, audiences. Louis XVIII resta sourd.
Le 19 août 1815, La Bédoyère fut fusillé à la Barrière de Grenelle (actuel boulevard de Grenelle, 15e arrondissement). Il avait vingt-neuf ans. Il fut l'un des premiers exécutés de la Restauration dans la « Terreur blanche » qui suivit le retour des Bourbons. Le maréchal Ney suivrait en décembre 1815, fusillé au jardin du Luxembourg.
La Restauration voulait faire des exemples. Elle en fit. Et les donna à ses adversaires.