Le 4 juillet 1652, deux jours après que la Grande Mademoiselle a sauvé Condé en faisant tirer le canon de la Bastille sur les troupes royales, les princes doivent consolider leur emprise sur Paris. L'armée de Condé est dans la ville. Mais l'Hôtel de Ville résiste : les notables et officiers municipaux y tiennent séance et penchent de plus en plus vers une réconciliation avec le roi et Mazarin. Ils constituent un obstacle.
La solution est simple et brutale. On recrute des hommes — soldats déguisés en ouvriers, émeutiers à gage — et on les envoie assaillir l'Hôtel de Ville pendant que les notables y sont réunis. Pour éviter les méprises, chaque conjuré porte un signe de reconnaissance : une paille, glissée dans le chapeau ou les vêtements. D'où le nom que l'histoire retiendra.
L'assaut a lieu en début d'après-midi. La foule enfonce les portes. Les notables favorables à Mazarin sont massacrés dans les salles et les couloirs — une trentaine de morts. D'autres sont jetés par les fenêtres ou fuient sur les toits. Le bâtiment est partiellement incendié. Les archives brûlent.
Derrière l'opération : Condé, le duc de Beaufort — François de Vendôme, dit « le roi des Halles » pour sa popularité dans les quartiers populaires — et Gaston d'Orléans, frère du feu Louis XIII, qui approuve sans se compromettre. Le 6 juillet, Beaufort est nommé gouverneur de Paris. Condé impose une quasi-dictature.
Mais le massacre s'avère une faute politique. Paris, qui avait toléré la Fronde comme une aventure, ne tolère pas le carnage d'hommes de robe dans leur propre hôtel de ville. L'opinion se retourne. Les mois suivants, la lassitude et l'indignation rongent le soutien populaire aux princes.
En octobre 1652, Condé quitte Paris. La Fronde est finie. La monarchie absolue peut reprendre son cours — débarrassée, au passage, des derniers obstacles institutionnels que les notables massacrés incarnaient.