Le Louvre, avant de devenir un musée public, a longtemps servi de résidence à des artistes et académies, notamment l’Académie royale de peinture et de sculpture. Dès le XVIIe siècle et jusqu’à la Révolution française, des artistes bénéficiaient d’ateliers et de logements dans le palais, souvent attribués par le roi. Cette occupation informelle a donné à la Cour carrée une atmosphère animée, parfois comparée à celle d’un caravansérail, où se côtoyaient peintres, sculpteurs et artisans, travaillant en relative liberté.
Dès 1725, les "salons" s'élargissent à un public plus vaste. Les bases d'un musée émergent avec la première exposition régulière le 18 août 1737 et la constitution progressive d'un répertoire officiel. En 1793, la Convention abolit les académies, créant une "Commune générale des arts", et ouvre au public le "Museum central des Arts" dans le salon Carré aménagé par Le Vau.
Malgré le climat révolutionnaire tendu, comme le note Jules Renouvier : "Il semblera peut-être étrange à d'austères républicains de nous occuper des arts, quand l'Europe coalisée assiège le territoire de la Liberté", le lieu sert d'abord d'exposition temporaire pour les artistes vivants qui logent encore au Louvre.
C'est Napoléon qui les expulsera pour récupérer ces espaces muséaux. Selon Pierre Rosenberg, il se serait exclamé : "Qu'on me foute tous ces bougres à la porte ! Ils finiraient par brûler mes conquêtes, mon Musée !" Les vingt-six logements autour de la Cour Carrée abritaient alors des maîtres illustres comme Chardin, Boucher, Greuze, Fragonard, Hubert Robert et David.
Ce mode de vie artistique a perduré jusqu’à la transformation du Louvre en musée national à la fin du XVIIIe siècle, lorsque les artistes ont progressivement été relogés ailleurs pour permettre l’ouverture au public et l’organisation des collections.
Sources