Palais du Louvre
Tout commence en 1190 quand Philippe Auguste fait bâtir une forteresse à l'ouest de son enceinte, pour couvrir Paris des incursions venues de Normandie. Le nom lui-même reste mystérieux : « lovel » (le loup), « lupara » (palais royal), ou un mot germanique désignant une place forte — les étymologistes se disputent encore. Ce donjon trapu n'a rien du palais raffiné que l'on connaît. C'est Charles V qui, au XIVe siècle, transforme le château en résidence royale digne de ce nom et y installe dans la tour de la Fauconnerie sa précieuse librairie, noyau de ce qui deviendra la Bibliothèque nationale. Les siècles suivants voient le Louvre se muer en chantier permanent : François Ier introduit l'architecture Renaissance, Henri IV unit le palais au Tuileries par la Grande Galerie, et chaque règne y laisse sa signature de pierre.
Mais le Louvre est aussi un théâtre de l'histoire violente. En 1572, ses couloirs voient la préparation du massacre de la Saint-Barthélemy sous Catherine de Médicis. En 1617, Concini est abattu dans la cour même, sur ordre de Louis XIII — l'une des piles du pont-levis reste visible aujourd'hui dans la crypte. En 1791, c'est par le guichet de l'Échelle que la berline de la fuite à Varennes prend son départ discret. Et le palais longtemps abandonné par la cour devient colonie d'artistes : d'Alembert y meurt en 1783 dans son appartement, le physicien Jacques Charles y donne des cours publics d'électricité, et Jean-Sylvain Bailly y est né en 1736.
Sous la Commune de 1871, le Louvre devient un enjeu intense : Courbet, Corot, Daumier, Manet et Millet s'y réunissent pour fonder la Fédération des Artistes ; la salle du Trône accueille un atelier de transformation de fusils, la Grande Galerie sert à rayer des canons. Le général Vinoy y installe son état-major en mars, les francs-maçons s'y rassemblent par milliers, et le soir de la Semaine sanglante, un incendie allumé sur ordre de Victor Bénot ravage une partie des bâtiments. La IIIe République héritera d'un palais à demi calciné et d'un musée à sauver.
Noms successifs du lieu
- 1190 — XIVe siècle Château fort du Louvre : forteresse de Philippe Auguste protégeant l'enceinte occidentale de Paris
- XIVe — XVIe siècle Château du Louvre : résidence royale agrandie, bibliothèque de Charles V, puis travaux Renaissance de François Ier
- XVIIe siècle — 1793 Palais du Louvre : résidence royale puis palais abandonné abritant artistes, académies et institutions savantes
- 1793 Muséum Français : musée public créé par décret de la Convention montagnarde avec 537 tableaux et 124 bronzes
- 1793 — 1871 Musée du Louvre : institution muséale nationale, siège d'académies, théâtre de la Commune de 1871
- 1871 — aujourd'hui Palais du Louvre et musée du Louvre : palais restauré, premier musée encyclopédique du monde
Événements à cette adresse
56 événements · 1190 — 2026Le lundi 19 octobre 2026, au premier lundi des vacances de la Toussaint, des étudiants de l'École du Louvre bloquent dès 8 heures les entrées du musée : le passage Richelieu, la pyramide, le Carrousel, la porte des Lions. Ils sont une cinquantaine selon la direction ; des étudiants des Beaux-Arts et d'écoles d'architecture les rejoignent, et la CGT du musée, qui soutient l'action sans y prendre part, vient « sécuriser les lieux pour les manifestants comme pour les visiteurs ». Le Louvre, qui reçoit environ 30 000 visiteurs par jour, n'ouvre pas à 9 heures ; le blocage dure encore l'après-midi.
Le tract distribué en français et en anglais dit le sens de l'action : les lycéens, étudiants et travailleurs « sont en lutte contre le gouvernement qui délaisse les services publics » ; il dénonce une « répression policière inadmissible » et annonce : « Nous sommes fiers de vous annoncer que nous bloquons le plus grand musée du monde. » Les étudiants réclament aussi plus de moyens pour l'éducation et la culture. La direction refuse de commenter un mouvement « sans lien direct avec le musée », qui ne s'en servirait que comme d'une « chambre d'écho » ; les étudiants répondent que le Louvre est leur lieu d'études et de travail. Devant les barrières, des touristes, billets horodatés en main, les prennent à partie ; d'autres disent comprendre leur colère.
Le blocage tombe un an jour pour jour après le vol de bijoux commis au musée le 19 octobre 2025 ; depuis, les personnels du musée ont eux-mêmes plusieurs fois bloqué les accès pour réclamer de meilleures conditions de travail. Les étudiants de l'École du Louvre avaient déjà bloqué leur école le 9 octobre, et une dizaine de lycées et d'écoles du Quartier latin se coordonnent depuis deux semaines pour donner de l'écho aux lycéens.
L'élection au suffrage universel des quarante-sept membres du Comité de la Fédération — Courbet, Corot, Daumier, Manet, Millet réunis sous les statues antiques.
Depuis le 10 avril, les artistes parisiens se concertent. Ils se sont réunis une première fois à l'amphithéâtre de l'École de Médecine, une seconde le 13. Le 14, ils ont proclamé la naissance de la Fédération des artistes de Paris et décidé qu'un comité de direction de quarante-sept membres serait élu au suffrage universel de tous les adhérents. Reste à voter.
Le choix du lieu est un geste. Ce 17 avril, l'assemblée se tient salle des Antiques, au Louvre — dans ce même musée fermé depuis le siège, que la Fédération entend rouvrir au public. S'installer sous les Apollon et les Hermès pour élire la direction d'une organisation artistique républicaine, c'est déjà dire quelque chose : l'art de la Commune ne sera pas dans les salons privés ni dans les académies, mais dans les lieux communs du patrimoine.
Quarante-sept noms sortent des urnes. Des peintres, des sculpteurs, des graveurs, des architectes, des dessinateurs, des lithographes — Courbet préside. Autour de lui, Corot, Daumier, Manet, Millet, Dalou, Pottier, André Gill, Boileau, Lançon. Toute une génération qui avait grandi en marge de l'Académie et qui se retrouve, le temps de quelques semaines, au pouvoir.
Le Comité a une mission pratique : rouvrir les musées, protéger les œuvres, organiser une exposition, publier un journal — l'Officiel des Arts. Il ne fonctionnera que cinq semaines. La Semaine sanglante balaiera tout. Courbet sera arrêté le 7 juin, jugé responsable de la colonne Vendôme renversée le 16 mai, condamné à en payer la reconstruction — 323 091 francs — et mourra en exil à La Tour-de-Peilz le 31 décembre 1877, la veille du paiement de sa première annuité.
Mais le 17 avril au Louvre, sous les regards pétrifiés des dieux antiques, Paris avait ouvert pour un instant une autre voie pour les arts : élus par leurs pairs, responsables devant leurs pairs, au service de tous.
La décision politique prise au quai d'Orsay, il faut maintenant la traduire en plan militaire. Vinoy réunit ses généraux au Louvre — quartier général de la place de Paris — pour distribuer les rôles. Le dispositif est ambitieux : quadriller Paris simultanément, de sorte qu'aucune résistance ne puisse s'organiser.
Susbielle commandera la colonne sur Montmartre, avec les brigades Paturel et Lecomte — environ 6 000 hommes, régiments de ligne, gardes républicains, gendarmes et mitrailleuses. Faron marchera sur Belleville et les Buttes-Chaumont avec 6 000 hommes supplémentaires. Maud'huy occupera l'Hôtel de Ville, la Bastille et les ponts de la rive droite. Barry tiendra la Concorde et les Tuileries. Valentin, préfet de police, assurera le contrôle des Champs-Élysées avec ses gardes républicains.
Au total, Thiers a obtenu de Bismarck que ses troupes soient portées à 40 000 hommes — mais la réalité est plus modeste : les libérables sont rentrés chez eux depuis la signature des préliminaires de paix, et Vinoy ne dispose en fait que de 20 000 hommes environ. Surtout, pour transporter 227 canons, il faudrait près de 2 000 chevaux. Personne n'a prévu d'en réquisitionner suffisamment.
Vinoy le sait. Il a exprimé ses réserves au conseil du quai d'Orsay — trop tôt, trop peu préparé. Thiers n'a pas voulu entendre. Le déploiement est fixé à 3 heures du matin. Les soldats marcheront dans la nuit froide vers des objectifs qu'ils atteindront sans difficulté — et devant lesquels ils resteront ensuite immobiles, à attendre des chevaux qui ne viendront pas.
Quand les canons prussiens tonnent à l'horizon, on découvre soudain que les tableaux ont une patrie.
Deux jours séparent la proclamation de la République, le 4 septembre 1870, de cette assemblée d'artistes réunis en urgence au Palais du Louvre. Paris sait que les armées de Guillaume Ier approchent: le siège est imminent. Dans l'agitation du gouvernement de la Défense nationale, qu'occupent les appels aux armes et la réorganisation de l'État, personne n'a encore pensé aux musées ni aux collections nationales. C'est Gustave Courbet qui comble ce vide.
Courbet a cinquante et un ans. Réaliste intransigeant, fils de paysan franc-comtois, bête noire de l'Académie et de l'Empire pendant vingt ans, il voit dans la chute de Napoléon III une libération autant qu'un avertissement: la jeune République peut périr faute de savoir ce qu'elle défend. Le 6 septembre, devant ses pairs réunis en assemblée au Louvre, il propose la création d'une Commission de protection du patrimoine des musées parisiens et en accepte la présidence. Autour de lui figurent Daumier, Bracquemond, Feyen-Perrin, Geoffroy-Dechaume, Ottin père: l'art indépendant, celui qui n'avait pas attendu les commandes officielles, prend la garde du trésor national.
La Commission travaille sans éclat. Elle réorganise la surveillance des galeries, obtient que des gardes permanents soient postés dans les espaces les plus exposés, supervise l'emballage des oeuvres fragiles, inventorie les dépôts provinciaux. Pendant le siège, du 19 septembre 1870 au 28 janvier 1871, les obus prussiens frappent les faubourgs du sud; les Véronèse, les antiques du département des sculptures, les milliers de dessins et d'estampes traversent l'hiver intacts. La Commission est maintenue sans interruption sous la Commune.
Courbet, élu à l'assemblée communale, prend la présidence de la Fédération des artistes de Paris le 13 avril 1871. Il défend les collections contre les ventes précipitées comme contre les destructions idéologiques. Sur la colonne Vendôme, monument impérial qu'il juge une insulte aux peuples écrasés par les guerres de Bonaparte, il préconise le démontage et le transfert au musée des Arts et Métiers. La colonne est abattue le 16 mai 1871, sans ordre précis de sa part.
La défaite de la Commune lui coûte tout. Incarcéré à Sainte-Pélagie puis interné à Versailles, condamné à financer la reconstruction de la colonne, ruiné, il s'exile en Suisse en juillet 1873. Il meurt à La Tour-de-Peilz, sur le lac Léman, le 31 décembre 1877, à cinquante-huit ans. Le Louvre, qu'il avait gardé sous les obus, ne lui ouvre ses cartels qu'un siècle après sa mort.
Le Louvre, avant de devenir un musée public, a longtemps servi de résidence à des artistes et académies, notamment l’Académie royale de peinture et de sculpture. Dès le XVIIe siècle et jusqu’à la Révolution française, des artistes bénéficiaient d’ateliers et de logements dans le palais, souvent attribués par le roi. Cette occupation informelle a donné à la Cour carrée une atmosphère animée, parfois comparée à celle d’un caravansérail, où se côtoyaient peintres, sculpteurs et artisans, travaillant en relative liberté.
Dès 1725, les "salons" s'élargissent à un public plus vaste. Les bases d'un musée émergent avec la première exposition régulière le 18 août 1737 et la constitution progressive d'un répertoire officiel. En 1793, la Convention abolit les académies, créant une "Commune générale des arts", et ouvre au public le "Museum central des Arts" dans le salon Carré aménagé par Le Vau.
Malgré le climat révolutionnaire tendu, comme le note Jules Renouvier : "Il semblera peut-être étrange à d'austères républicains de nous occuper des arts, quand l'Europe coalisée assiège le territoire de la Liberté", le lieu sert d'abord d'exposition temporaire pour les artistes vivants qui logent encore au Louvre.
C'est Napoléon qui les expulsera pour récupérer ces espaces muséaux. Selon Pierre Rosenberg, il se serait exclamé : "Qu'on me foute tous ces bougres à la porte ! Ils finiraient par brûler mes conquêtes, mon Musée !" Les vingt-six logements autour de la Cour Carrée abritaient alors des maîtres illustres comme Chardin, Boucher, Greuze, Fragonard, Hubert Robert et David.
Ce mode de vie artistique a perduré jusqu’à la transformation du Louvre en musée national à la fin du XVIIIe siècle, lorsque les artistes ont progressivement été relogés ailleurs pour permettre l’ouverture au public et l’organisation des collections.
Sources
Un roi de quinze ans fait tuer le favori de sa mère à l'entrée de son propre palais. Le peuple de Paris achèvera le travail.
Le lundi 24 avril 1617, vers dix heures du matin, Concino Concini, marquis d'Ancre et maréchal de France, franchit le pont-levis du Louvre par la porte sud-est. Il rentre d'une promenade et lit distraitement une lettre. Le baron de Vitry, Nicolas de L'Hospital, capitaine des gardes du corps, l'attend avec une poignée d'hommes. Il le saisit par le bras : « De par le roi, je vous arrête. » Concini porte la main à la garde de son épée. Trois coups de pistolet claquent. Le maréchal s'effondre sur le pont, la tête en sang.
Au premier étage du Louvre, Louis XIII attend. Il a quinze ans. Il a ordonné le coup. Quand on vient lui annoncer que Concini est mort, il s'écrie — selon la légende soigneusement construite — : « Grand merci à vous ! À cette heure, je suis roi. » Puis il se montre à la fenêtre, et les gardes crient : « Vive le roi ! »
Le Florentin Concini est un aventurier florentin arrivé en France dans les bagages de Marie de Médicis en 1600. Après l'assassinat d'Henri IV en 1610, la régente en fait son homme de confiance. Les charges et les honneurs pleuvent : gouverneur de Normandie, puis de Picardie, marquis d'Ancre, maréchal de France en 1613 — sans avoir jamais commandé un régiment. Sa femme Leonora Galigaï, sœur de lait de la reine, exerce sur Marie de Médicis un ascendant que Paris attribue à la sorcellerie.
L'arrogance du favori exaspère la noblesse française. Les princes du sang se révoltent, négocient, se soumettent, se révoltent encore. Le jeune Louis XIII, tenu à l'écart du pouvoir par sa propre mère, ronge son frein. Autour de lui, un petit cercle de fidèles — Vitry, Déageant, le duc de Luynes — prépare le coup. Le roi donne l'ordre : arrêter Concini, et s'il résiste, le tuer. Personne ne doute de l'issue.
Louis XIII a quinze ans. En ordonnant la mort de Concini, il prend le pouvoir d'un coup, sans effusion de sang — du moins dans la cour du Louvre. Car dans les rues de Paris, la nouvelle se répand comme une traînée de poudre et le peuple exulte. L'homme le plus haï de la capitale est mort. On tire des coups de feu en l'air, on allume des feux de joie. Le soir même, le corps est transporté en secret et enterré à la hâte dans l'église Saint-Germain-l'Auxerrois. Précaution inutile : dès le lendemain, la foule ira le déterrer.
Il n'y a pas eu de folie dans la nuit du 23 août : il y a eu une décision politique, prise à tête reposée, par des gens sensés qui ont choisi le meurtre de masse.
L'attentat du 22 août a échoué. Coligny est blessé mais vivant. À la cour, l'atmosphère est électrique : les chefs huguenots réclament justice au roi Charles IX, qui promet de leur en rendre. La ville bruisse de rumeurs. Certains grands protestants — Téligny, le comte de La Rochefoucauld — dorment au Louvre même, hôtes du roi, persuadés d'être en sécurité.
Dans les appartements de Catherine de Médicis, la reine mère convoque les siens dans la nuit du 23 août. La réunion qui se tient là, dont on ne connaîtra jamais exactement les mots mais dont les actes seront l'histoire, rassemble Albert de Gondi, René de Birague, Louis de Gonzague et quelques autres membres du Conseil privé. On discute. On calcule. Le bilan est simple : l'attentat raté a ouvert une crise que rien ne peut résoudre à mi-chemin. Si les protestants exigent la tête de Guise — et ils l'exigent —, c'est la guerre civile. Si le roi cède aux Guise, c'est aussi la guerre civile. Il n'y a pas de solution modérée.
Catherine obtient du roi Charles IX une décision qu'il regrettera toute sa vie. On tuera. Non pas seulement les chefs du parti protestant, mais tous les huguenots présents à Paris. On utilisera les ligues catholiques déjà organisées dans les quartiers, on sonnera le tocsin à Saint-Germain-l'Auxerrois comme signal convenu, on donnera les armes aux bourgeois catholiques. Le roi, selon les témoignages, pleure en signant. Mais il signe.
Simultanément, à l'Hôtel de Guise — aujourd'hui Hôtel de Soubise, 60 rue des Francs-Bourgeois —, Henri de Guise, vingt-deux ans, rassemble ses hommes. La famille Guise, qui réclame depuis neuf ans la mort de Coligny en vengeance de l'assassinat du père, est prête. Entre la froide décision politique de Catherine et la vengeance dynastique des Guise, deux mobiles distincts mèneront la même main.
Aujourd'hui
Le Louvre est aujourd'hui le musée le plus visité au monde, abritant quelque 35 000 œuvres exposées dans l'ancien palais royal. La pyramide de verre de Ieoh Ming Pei, inaugurée en 1989, en marque l'entrée principale. La crypte de la cour Carrée conserve les vestiges du donjon médiéval de Philippe Auguste, visibles au sous-sol.