Le palais Bourbon devient Maison de la Révolution et accueille l'école qui deviendra Polytechnique

Palais Bourbon/Maison de la Révolution/Siège de la Commission des Travaux publics

Le Palais Bourbon à Paris.

Le palais d'une princesse de sang devient en pleine Terreur l'école où la République forme ses ingénieurs.

Le palais Bourbon a été construit à partir de 1722 pour la duchesse de Bourbon, fille légitimée de Louis XIV et de Madame de Montespan. Il domine la Seine face à la place de la Concorde. En 1791, il est nationalisé comme bien d'émigré : le prince de Condé, son dernier propriétaire, a fui la France et commande l'armée des émigrés contre la Révolution.

Le 18 octobre 1793, la Convention rebaptise le bâtiment. Le palais "ci-devant Bourbon" devient la Maison de la Révolution. Le changement de nom n'est pas décoratif : la Convention est alors en pleine campagne de déchristianisation et de débaptisation, les rues, les places et les villes perdent leurs saints et leurs rois. Le lieu accueille la Commission des travaux publics, dirigée notamment par Fleuriot-Lescot, futur maire de Paris qui sera guillotiné avec Robespierre.

La destination du bâtiment est décisive. La Convention y installe l'École centrale des travaux publics, créée par décret en 1794 sur les rapports de Monge, Carnot et Prieur de la Côte-d'Or. La France en guerre contre toute l'Europe manque d'ingénieurs, d'artilleurs, de cartographes. L'ancien système de formation reposait sur les écoles militaires nobiliaires et le compagnonnage ; il a été balayé. Il faut en construire un autre, fondé sur les sciences et ouvert au concours.

L'École centrale des travaux publics devient l'École polytechnique en 1795. Ses professeurs sont les plus grands savants du temps : Monge pour la géométrie descriptive, Lagrange et Laplace pour l'analyse, Berthollet et Fourcroy pour la chimie. Elle formera pendant deux siècles les ingénieurs d'État français.

Le palais Bourbon accueillera à partir de 1798 le Conseil des Cinq-Cents, puis les assemblées successives. Il abrite depuis l'Assemblée nationale. Sa façade à colonnes, ajoutée par Napoléon pour faire pendant à la Madeleine, masque encore le palais de la duchesse.