Partie de la Bastille pour soutenir la Pologne, la manifestation finit à l’Hôtel de Ville, où l’on proclame un nouveau gouvernement. Il ne vivra que quelques heures.
Trois mois après la révolution de Février, la République a déjà changé de visage. Les élections du 23 avril 1848, les premières au suffrage universel masculin, ont envoyé à l’Assemblée constituante une majorité de « républicains du lendemain », monarchistes et bonapartistes mal déguisés. Le 10 mai, elle refuse le ministère du Travail que réclamait Louis Blanc ; le 12, elle interdit aux clubs de venir lire leurs pétitions à sa barre. Et le gouvernement laisse la Prusse écraser les insurgés polonais de Posen sans lever le petit doigt.
Le 15 mai, jour où l’Assemblée doit débattre de la Pologne, les clubs organisent une manifestation de soutien, malgré les réticences de Raspail, de Barbès ou de Blanqui. Le cortège part de la place de la Bastille pour gagner la Concorde par les Grands Boulevards. Mais il bifurque vers le Palais-Bourbon et force l’entrée de la salle des séances. Dans le vacarme, on lit la pétition pour la Pologne ; puis un vieux conspirateur au rôle trouble, Aloysius Huber — peut-être un indicateur de police —, s’écrie : « L’Assemblée nationale est dissoute ! »
La foule se porte alors à l’Hôtel de Ville, comme en février. Armand Barbès, d’abord hostile à l’aventure, en prend la tête, sans doute pour ne pas en laisser la direction à Blanqui, son rival. On y dresse la liste d’un gouvernement insurrectionnel : Blanqui, Ledru-Rollin, Albert, Louis Blanc, Huber, Thoré, Cabet, Pierre Leroux, Raspail. L’illusion dure quelques heures. La Garde nationale, rassemblée par Lamartine et par Ledru-Rollin — que les insurgés comptaient pourtant parmi les leurs —, cerne l’Hôtel de Ville et en déloge les manifestants. Barbès est arrêté sur place, avec Albert, « l’ouvrier Albert », qui avait siégé au gouvernement provisoire de Février.
Pour la gauche républicaine, la journée tourne au désastre. Blanqui, Raspail et les chefs des clubs sont arrêtés à leur tour ; le préfet de police Caussidière et le commandant de la Garde nationale sont remplacés. En 1849, la Haute Cour de Bourges condamne Barbès et Albert à la déportation : le premier ne sortira de prison qu’avec l’amnistie de 1854, le second passera quatre ans à Belle-Île. Privés de leurs chefs, les ouvriers de Paris se soulèveront seuls, cinq semaines plus tard, contre la fermeture des Ateliers nationaux : ce seront les journées de Juin.
Texte rédigé avec l’aide de l’IA, relu et corrigé par la rédaction.
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