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23 octobre 1934
Événement

Gide et Malraux rendent compte à la Mutualité du congrès de Moscou qui vient d'imposer le réalisme socialiste

Palais de la Mutualité
Gide et Malraux rendent compte à la Mutualité du congrès de Moscou qui vient d'imposer le réalisme socialiste
Palais de la Mutualité dans les années 1930.

Ils reviennent d'un congrès où l'on a décrété comment il fallait écrire ; devant la salle de la Mutualité, ils célèbrent l'URSS en taisant ce qui les inquiète.

Le premier congrès des écrivains soviétiques s'est tenu à Moscou en août 1934. Il a créé l'Union des écrivains d'URSS, organisation unique à laquelle tout écrivain doit désormais appartenir pour être publié. Il a surtout consacré une doctrine officielle : le réalisme socialiste. Andreï Jdanov, envoyé de Staline, y a défini les écrivains comme les "ingénieurs des âmes." La littérature doit représenter la réalité "dans son développement révolutionnaire," c'est-à-dire telle que le Parti la souhaite.

Des écrivains français y ont assisté. André Malraux, auteur de "La Condition humaine," prix Goncourt l'année précédente, y a prononcé un discours intitulé "L'art est une conquête." Il y salue l'émancipation du prolétariat soviétique tout en formulant une réserve nette : les principes du réalisme socialiste risquent d'étouffer la création. Louis Aragon, lui, rentre convaincu et travaillera à importer la doctrine en France.

Le 23 octobre 1934, un meeting de compte rendu se tient au Palais de la Mutualité, 24 rue Saint-Victor dans le 5e arrondissement, salle emblématique de la gauche parisienne. Sont annoncés André Gide, André Malraux, Jean Cassou, Fernand Léger, Jean Guéhenno.

Le contexte impose le silence sur les objections. Nous sommes huit mois après le 6 février 1934, la menace fasciste est la préoccupation dominante, le rapprochement communiste-socialiste vient de s'engager. Critiquer l'URSS publiquement, c'est faire le jeu de l'adversaire. Gide, le plus prestigieux des compagnons de route, incarne cette position : il a proclamé son adhésion au communisme en 1932 sans adhérer au Parti.

Deux ans plus tard, tout bascule. Gide se rend en URSS à l'été 1936, invité officiel, et publie en novembre "Retour de l'URSS," livre bref et dévastateur qui décrit la misère, le conformisme, le culte de Staline, la peur. La presse communiste le traite de traître et de fasciste. Il ne se rétractera jamais.

Malraux, lui, partira commander l'escadrille España en Espagne, et gardera longtemps le silence sur les procès de Moscou.