Mort de Georges Buffon, intendant du Jardin du Roi pendant 49 ans
La veille encore, le 15 avril 1788, Georges-Louis Leclerc de Buffon dictait à son intendant Thouin les dernières consignes pour les travaux du Jardin, remettait dix-huit mille livres pour les poursuivre et corrigeait une épreuve. Dans la nuit, la gravelle qui le ronge depuis des années a raison de lui. Il a quatre-vingts ans. Il vient de passer quarante-neuf ans — près d'un demi-siècle — à la tête du Jardin du Roi, nommé par Louis XV en 1739.
Ce qu'il en a fait tient du prodige. Arrivé à la tête d'un jardin médicinal, il le double en superficie, achète terrain après terrain vers le sud et la Seine, fait percer la rue de Buffon en 1782, bâtit des serres, l'amphithéâtre de Verniquet en 1787, un cabinet d'histoire naturelle que l'Europe entière vient visiter. Il y accumule six mille espèces végétales et des collections zoologiques qui feront le socle du futur Muséum. En parallèle, il publie les trente-six volumes de son Histoire naturelle — entreprise encyclopédique où la prose du Discours sur le style (« le style est l'ordre et le mouvement qu'on met dans ses pensées ») sert une science en train de se faire.
Il meurt dans l'hôtel qu'il s'est fait construire en 1772 à l'angle des rues Geoffroy-Saint-Hilaire et Buffon, où se trouve aujourd'hui la Maison de Buffon. Son corps part le 20 avril pour l'église de Montbard ; son cœur, longtemps préservé des tourmentes, reposera dans la base de la statue de Pajou, commandée par Louis XVI et qui trône au Muséum. Son fils unique, le comte Buffonet, sera guillotiné en juillet 1794, le mot « Citoyens, je m'appelle Buffon » à la bouche.