Paul Valéry photographié par Henri Manuel vers 1925.
Il vivait dans une rue à son nom depuis 1937 — distinction posthume accordée de son vivant, ce qui était déjà, peut-être, une façon de lui signifier qu'il était entré dans l'histoire.
Au 40 de la rue Paul Valéry, dans le 16e arrondissement, Paul Valéry meurt le 20 juillet 1945. Il a soixante-treize ans. La rue s'appelait autrefois rue de Villejust ; elle fut rebaptisée en son honneur en 1937, alors qu'il y vivait encore. Valéry déclara ne pas savoir s'il devait s'en réjouir.
Il était né en 1871 à Sète, au bord de la Méditerranée. Paris l'avait pris très tôt : il y arriva dans les années 1890, fréquenta Mallarmé, travailla vingt ans dans le silence, puis publia en 1917 La Jeune Parque, long poème d'une difficulté voulue, salué comme un événement. Le Cimetière marin parut en 1920, Charmes en 1922. Académicien depuis 1925, professeur au Collège de France à partir de 1937, il était devenu l'une des figures tutélaires des lettres françaises.
La guerre le trouva à Paris, dans son appartement du 16e. Il n'émigra pas, n'écrivit rien de compromettant. À l'enterrement d'Henri Bergson en janvier 1941, il prononça un éloge que Vichy n'avait pas commandé et qui sonna, dans le silence de l'Occupation, comme une discréte résistance.
Il mourut deux mois après la capitulation de l'Allemagne. De Gaulle ordonna des obsèques nationales ; le cercueil traversa Paris en cortège. Paul Valéry fut enterré à Sète, dans le Cimetière marin qu'il avait immortalisé : « Ce toit tranquille, où marchent des colombes, / Entre les pins palpite, entre les tombes. »