Augustin Vallière, premier martyr de la Réforme en France, a la langue coupée avant d'être brûlé vif rue de l'Échelle

Marché aux pourceaux

 9 rue de l' Échelle - 1er arr. (emplacement approximatif au bas de la butte St Roch)

Jean Vallières, premier martyr protestant à Paris.

Il avait la langue coupée. Il ne pouvait plus réciter les prières que ses juges exigeaient de lui. On le brûla quand même.

Le 8 août 1523, au Marché aux pourceaux, à l'angle de la rue de l'Échelle et de la rue Saint-Honoré, dans le 1er arrondissement, un moine augustinien du nom d'Augustin Vallière fut brûlé vif. Avant l'exécution, on lui coupa la langue. C'était la procédure habituelle pour les hérétiques condamnés par le Parlement : priver le condamné de parole pour qu'il ne puisse ni haranguer la foule ni proférer des blasphèmes au moment de mourir.

Vallière avait été touché par les idées de Luther, diffusées en France depuis 1517. Franciscains et augustiniens avaient été parmi les premiers à débattre de la réforme de l'Église, et quelques religieux avaient franchi la ligne de la dissidence. Vallière était de ceux-là. Il est traditionnellement considéré comme le premier martyr de la Réforme en France : d'autres suspects avaient été poursuivis avant lui, mais lui fut le premier à périr sur le bûcher pour ses convictions protestantes.

Le règne de François Ier présentait alors une ambiguïté qui ne durerait pas : le roi était curieux des nouvelles idées, protégeait des humanistes, tolérait un certain évangélisme de cour. Mais la machine judiciaire du Parlement et de la Sorbonne ne tolérait pas la contestation dogmatique. Vallière fut brûlé trois ans avant que les placards luthériens n'inquiètent véritablement la monarchie.

Luther, apprenant sa mort, lui consacra un texte. Les historiens protestants en firent l'acte fondateur d'une longue série de martyres. La rue de l'Échelle, dont le nom rappelait l'instrument d'exécution, disparut au XIXe siècle lors des travaux haussmanniens.