Cinq semaines avant l'armistice, les socialistes français rassemblés dans une coopérative de Ménilmontant désavouent quatre ans de soutien à la guerre.
En août 1914, la SFIO avait voté les crédits de guerre. Jaurès venait d'être assassiné ; le parti était entré dans l'union sacrée, et des ministres socialistes avaient siégé au gouvernement. La minorité qui refusait cette orientation était infime : quelques dizaines de militants, quelques délégués à Zimmerwald en 1915 et à Kienthal en 1916.
Quatre ans de tranchées ont changé cela. Les mutineries de 1917, les grèves ouvrières, la lassitude générale, la révolution russe de février puis d'octobre 1917 ont retourné la base du parti. Les minoritaires progressent congrès après congrès : la commission administrative permanente élue en décembre 1916 ne compte déjà plus que treize majoritaires contre onze minoritaires.
Le quinzième congrès national du Parti socialiste s'ouvre le 6 octobre 1918 à la Bellevilloise, coopérative ouvrière du 19-21 rue Boyer, dans le 20e arrondissement. La Bellevilloise est un lieu emblématique : fondée en 1877 par d'anciens communards, elle est à la fois épicerie coopérative, université populaire, salle de spectacles et maison du peuple de Belleville et Ménilmontant. Sa salle porte le nom de Jaurès.
Le congrès dure jusqu'au 10 octobre. La motion internationaliste de Jean Longuet, petit-fils de Karl Marx, l'emporte. Les minoritaires prennent le contrôle de la commission administrative permanente. L'union sacrée est désavouée, cinq semaines avant l'armistice du 11 novembre. Le parti retrouve une position de principe contre la guerre au moment où celle-ci s'achève.
Ce basculement ouvre la crise qui aboutira au congrès de Tours en décembre 1920. La question sera alors l'adhésion à l'Internationale communiste fondée par Lénine et l'acceptation de ses vingt et une conditions. La majorité du congrès de Tours votera l'adhésion et fondera le Parti communiste ; la minorité, autour de Léon Blum, gardera la "vieille maison" socialiste. La Bellevilloise, elle, existe toujours au 19-21 rue Boyer, devenue salle de concerts.