Cinq ans qu'on l'imprimait dans les caves, cinq ans qu'on la distribuait sous les manteaux : ce 21 août 1944, L'Humanité sort enfin à la lumière.
Le 21 août 1944, au 18 de la rue d'Enghien dans le 10e arrondissement, L'Humanité paraît à nouveau au grand jour. Pour les passants qui la voient affichée et distribuée en pleine rue, c'est un signe que quelque chose a véritablement changé à Paris. Depuis juin 1940, le journal fondé par Jean Jaurès en 1904 était interdit, ses locaux saisis par les Allemands, ses responsables pourchassés. Pendant quatre ans, il avait continué à paraître clandestinement, imprimé dans des caves et des arrière-boutiques, distribué de main en main par des militants qui risquaient leur vie à chaque numéro.
Le retour public du journal est plus qu'un fait de presse : c'est un acte politique. L'Humanité clandestine avait été l'un des principaux vecteurs de l'organisation de la Résistance communiste à Paris, relayant les consignes des FTP, commentant les actions d'éclat, maintenant une identité collective dans une époque où les réunions étaient impossibles. Sa réapparition au grand jour, dans les premiers jours de l'insurrection, précède de quatre jours l'entrée officielle de la 2e DB et le discours de de Gaulle à l'Hôtel de Ville.
Marcel Cachin, figure tutélaire du PCF, figure au comité de direction de ce numéro historique. Marius Magnien, Francis Cohen, Albert Rigal et Charles Garcia ont participé à sa préparation. La rédaction clandestine avait fonctionné pendant toute l'Occupation avec une discipline et une organisation remarquables, constituant l'une des grandes réussites logistiques de la Résistance française.
Dans les mêmes jours, rue du Louvre, le journal "Libération" fondé par Emmanuel d'Astier de la Vigerie s'installe lui aussi dans ses nouveaux locaux. La presse clandestine, qui avait été l'épine dorsale de la Résistance culturelle et politique, reprend possession de Paris avant même que les combats soient terminés. C'est une manière de dire que le peuple de Paris a libéré sa ville non seulement avec des armes, mais avec des mots.