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24 avril 1871
Événement

Rigault est remplacé par Cournet à la tête de "l'ex-préfecture"

Hôtel de Ville
Rigault est remplacé par Cournet à la tête de "l'ex-préfecture"
Raoul Rigault

On lui a rogné les ailes. Mais Rigault n'est pas du genre à lâcher prise.

Le 24 avril 1871, Raoul Rigault quitte la délégation à la Sûreté générale. Son remplaçant à la tête de l'ex-préfecture de police est Frédéric Cournet — un ami, un fidèle. Le choix n'est pas innocent.

Car la passation est tout sauf une retraite. À l'Hôtel de Ville, on a rogné les pouvoirs du jeune homme de vingt-quatre ans qui régnait sur la rue de Jérusalem en maître absolu, distribuant à ses familiers — dont le citoyen Jules Fontaine, directeur des Domaines — des mandats d'arrestation en blanc, surveillant d'un œil distrait le trafic des laissez-passer et les « légères soustractions » commises lors des perquisitions. C'est en vain que la Commune a pris un arrêté, le 14 avril, proclamant qu'il importait « d'empêcher tout acte arbitraire ou attentatoire à la liberté individuelle ». Rigault s'en moque comme de sa première fiche.

On le remplace donc. Mais en plaçant Cournet — son homme — au poste, Rigault s'assure de garder la main sans être apparent. Et dès le 26 avril, il obtient mieux : la fonction de procureur de la Commune, qui lui donne autorité sur les poursuites et les arrestations. Le titre change, le pouvoir demeure.

Rigault a d'ailleurs de bonnes raisons de vouloir rester dans l'ombre tout en contrôlant la police. Il sait des choses. Il sait que certains élus de la Commune ont déjà préparé leur sortie — des passeports pour la Suisse, des contacts à la frontière. Dans un régime assiégé où l'on vote des décrets sur la défense à outrance, quelques-uns préparent discrètement leur fuite. Rigault les tient. C'est son assurance-vie, et c'est aussi un levier : tant qu'il détient ces informations, personne à l'Hôtel de Ville n'a intérêt à le pousser trop loin.

Dans les beaux quartiers, pendant ce temps, on ricane. Une chanson d'Eugène Grangé circule : « Si parfois, dans quelque boutique / Ils font des perquisitions / Si même leur troupe y pratique / De légères soustractions, / Amis, c'est par idolâtrie / Pour le salut de la Patrie. »