Le couvent des Cordeliers en 1793.
Le 29 juillet 1792, douze jours avant la chute de Louis XVI, la Section du Théâtre Français décida que tous les hommes de sa juridiction, qu'ils payassent ou non le cens électoral, pourraient participer à ses assemblées générales. La Constitution ne prévoyait pas cela. Les sections de Paris n'attendirent pas la Constitution.
La Constitution de 1791 avait divisé les citoyens en deux catégories : les « actifs », qui payaient assez d'impôt pour voter, et les « passifs », qui en étaient exclus. À Paris, où les ouvriers, les artisans et les domestiques formaient la majorité des hommes adultes, une grande partie de la population était ainsi maintenue hors du jeu politique.
La Section du Théâtre Français, réunie au Couvent des Cordeliers, rue de l'École de Médecine, décida de ne plus appliquer cette distinction dans ses propres assemblées. Tout homme habitant sa juridiction pourrait désormais délibérer — sans condition de fortune. Ce vote n'avait pas de valeur nationale ; il valait pour la section seule. Mais il fut bientôt imité par d'autres sections parisiennes.
L'assemblée se réunissait dans l'ancien couvent des Franciscains, où le Club des Cordeliers — fondé en 1790 par Danton, Marat et Desmoulins — avait tenu ses séances. La rue de l'École de Médecine était l'un des centres du radicalisme démocratique parisien.
Douze jours après ce vote, les sections de Paris — actifs et passifs confondus — prenaient les Tuileries.
En juin 1793, la Convention montagnarde adopta le suffrage universel masculin dans la Constitution de l'an I. La Section du Théâtre Français l'avait pratiqué un an avant, à l'échelle d'un quartier.