🗺 Lieux & Arrondissements 🎭 Thèmes ⏳ Époques 👤 Personnages 📅 Événements 🚶 Balades 🧭 Explorer 📚 Bibliographie À propos
📖 Guide du Paris révolutionnaire SAINT-AGNÈS Yves de/DELABARRE Francis
Bibliographie

Guide du Paris révolutionnaire

SAINT-AGNÈS Yves de/DELABARRE Francis
Perrin, 1989.
Livre
155 Fiches citant cet ouvrage
1989 Édition

Fiches citant cet ouvrage

155 fiches
Événement
1790
21 octobre 1790 — Salle du Manège/Siège de l'Assemblée Constituante
p 16
Les trois couleurs étaient déjà celles des cocardes et des gardes nationales ; en les hissant sur les vaisseaux du roi, l'Assemblée les fait devenir celles de la Nation. Les trois couleurs ont une origine parisienne et i …

Les trois couleurs étaient déjà celles des cocardes et des gardes nationales ; en les hissant sur les vaisseaux du roi, l'Assemblée les fait devenir celles de la Nation.

Les trois couleurs ont une origine parisienne et improvisée. Le 17 juillet 1789, Louis XVI vient à l'Hôtel de Ville reconnaître la prise de la Bastille. Bailly, maire de Paris, lui remet une cocarde. La Fayette aurait combiné le blanc de la monarchie avec le bleu et le rouge, couleurs de la Ville de Paris et de sa milice. La cocarde tricolore devient l'insigne obligatoire des gardes nationales, puis de tout patriote. Elle circule dans le royaume avant d'avoir le moindre statut légal.

Le drapeau, lui, reste celui du roi : le pavillon blanc de la marine royale, orné parfois des fleurs de lys. Or la marine est un enjeu politique majeur. Les équipages sont en effervescence, les officiers nobles sont soupçonnés d'émigration et de trahison, et le pavillon blanc identifie encore les vaisseaux à la personne du souverain.

Le 20 octobre 1790, le comte Henri de Virieu propose à l'Assemblée nationale d'ajouter un canton tricolore au pavillon de marine. Le 21 octobre 1790, à la salle du Manège, l'Assemblée décide que le pavillon national sera blanc avec un quartier tricolore. L'ordonnance du 24 octobre précise les modèles : pavillon de beaupré à trois bandes verticales rouge, blanche et bleue ; pavillon de poupe blanc avec canton tricolore.

L'ordre des couleurs n'est pas celui d'aujourd'hui. Le rouge est du côté de la hampe, le bleu flotte au vent. L'inversion sera décidée en 1794, sur proposition du peintre David, donnant le drapeau que l'on connaît.

Le blanc disparaîtra entièrement du fond avec la République. Il reviendra brièvement en 1814 et en 1815, puis en 1830 la Révolution de Juillet rétablira le tricolore. En 1873, le comte de Chambord, prétendant légitimiste, refusera la couronne plutôt que d'accepter le drapeau tricolore. Son entêtement fondera la Troisième République.

Voir la fiche →
Événement
1792
21 septembre 1792 — Salle du Manège/Siège de la Convention nationale
p 18
Voir la fiche →
Événement
1792
20 novembre 1792 — Palais des Tuileries/Armoire de fer (dans la chambre Louis XVI, au 1er étage, côté Seine et jardin)
p 18
Voir la fiche →
Événement
1792
22 septembre 1792 — Salle du Manège/Siège de la Convention nationale
p 18 & 71
Le lendemain de l'abolition de la royauté, la Convention n'a plus qu'à nommer ce qui n'a pas encore de nom : elle vote la République, et le monde change de date. Le 21 septembre, la royauté a été abolie par acclamation. …

Le lendemain de l'abolition de la royauté, la Convention n'a plus qu'à nommer ce qui n'a pas encore de nom : elle vote la République, et le monde change de date.

Le 21 septembre, la royauté a été abolie par acclamation. Le 22 septembre 1792, la Convention prend acte de ce qui en découle : il n'y a plus de roi, il doit donc y avoir une République. Le mot est prononcé. La France est officiellement une République. Ce n'est pas une proclamation solennelle avec discours et cérémonie : c'est un acte juridique simple, presque laconique. Tous les actes publics seront désormais datés "de l'an premier de la République française."

Ce dernier point est capital. Le calendrier lui-même est révolutionné. L'an I commence non pas le 22 septembre, mais à compter de minuit le 21 septembre, heure de l'équinoxe vrai d'automne calculé par l'Observatoire de Paris. La date de l'équinoxe coïncide avec celle de la première séance de la Convention : la République naît au moment exact où le jour et la nuit s'égalisent sur la Terre. L'astronomie et la politique s'accordent. Le temps lui-même change de régime.

Le calendrier républicain, qui entrera pleinement en vigueur en 1793, est l'œuvre de Fabre d'Églantine et de plusieurs astronomes. Il divise l'année en douze mois de trente jours, nommés d'après les réalités naturelles des saisons françaises : Vendémiaire, Brumaire, Frimaire ; Nivôse, Pluviôse, Ventôse ; Germinal, Floréal, Prairial ; Messidor, Thermidor, Fructidor. Cinq jours complémentaires, les sans-culottides, complètent l'année.

Changer le calendrier, c'est refuser de partager le temps de la monarchie et de l'Église. C'est imposer un temps nouveau, universel et rationnel, débarrassé des saints et des rois. Cette rupture chronologique est une rupture anthropologique : la République ne date pas du même monde que la royauté.

Le calendrier républicain sera en usage jusqu'au 1er janvier 1806, date à laquelle Napoléon le supprimera. Mais Germinal, Thermidor, Fructidor continueront de désigner, dans la mémoire des historiens, les journées qui ont fait et défait la Révolution. Le temps de la République reste dans la langue longtemps après avoir quitté les almanachs.

Voir la fiche →
Événement
Événement
1790
30 novembre 1790 — Demeure de Jacques-René Hébert
p 25
Hébert commence la publication du Père Duchesne, initié par Lemaire qui publiait "Les lettres bougrement patriotiques du père Duchesne" et "La trompette du père Duchesne"
Voir la fiche →
Événement
1792
décembre 1792 — Imprimerie de Jacques-René Hébert
p 25 & 35
Au cœur du quartier Bonne-Nouvelle, la rue de Damiette borde ce qui fut l'une des dernières Cours des Miracles de Paris — un dédale de ruelles et de masures insalubres rasé par la police en 1667, dont il ne reste en 1793 …

Au cœur du quartier Bonne-Nouvelle, la rue de Damiette borde ce qui fut l'une des dernières Cours des Miracles de Paris — un dédale de ruelles et de masures insalubres rasé par la police en 1667, dont il ne reste en 1793 que le souvenir et la topographie tourmentée. C'est dans cet espace résiduel, rebaptisé « cour des Miracles » sur l'impressum du journal, qu'Hébert installe l'imprimerie du Père Duchesne entre les mois de décembre 1792 et d'octobre 1793. L'adresse officielle : « rue Neuve-de-l'Égalité, cour des Miracles ».

Le choix n'est pas anodin. Ce quartier populaire, dense, difficile à surveiller, est le terrain naturel d'un journal qui se veut la voix des sans-culottes. C'est ici que s'impriment, tout au long de l'année 1793, les grandes colères et les grandes joies du Père Duchesne — les numéros 171 à 312, soit près de la moitié de la série. Les crieurs les écoulent ensuite dans les sections, les cafés et les marchés, jusqu'à des tirages qui atteignent parfois 70 000 exemplaires.

Voir la fiche →
Événement
1794
14 mars 1794 — Imprimerie de Jacques-René Hébert
p 25 & 35
Dans la nuit du 13 au 14 mars 1794, les gendarmes du Comité de sûreté générale se présentent au 9 rue des Forges, dans la cour des Forges de Bonne-Nouvelle. C'est ici, dans un lacis de ruelles héritées de l'ancienne Cour …

Dans la nuit du 13 au 14 mars 1794, les gendarmes du Comité de sûreté générale se présentent au 9 rue des Forges, dans la cour des Forges de Bonne-Nouvelle. C'est ici, dans un lacis de ruelles héritées de l'ancienne Cour des Miracles, qu'Hébert a installé depuis quelques mois l'imprimerie du Père Duchesne. Depuis le numéro 313, la feuille ne porte plus l'adresse de la rue Neuve-de-l'Égalité : elle s'est déplacée de quelques pas vers cette cour plus discrète, sans quitter le quartier Bonne-Nouvelle où ses crieurs l'écoulent à des dizaines de milliers d'exemplaires.

Cette nuit-là, c'est fini. Hébert et Ronsin sont arrêtés. Dix jours plus tôt, le 4 mars, les Cordeliers avaient voilé de noir la Déclaration des droits et appelé à l'insurrection contre la Convention — un geste théâtral qui n'avait pas été suivi d'actes. Robespierre et Saint-Just n'ont pas attendu davantage. L'arrestation est l'aboutissement d'un amalgame soigneusement préparé par Fouquier-Tinville : chefs cordeliers, militants de sections et suspects étrangers sont mêlés en une seule et même « conspiration ».

Le procès s'ouvre le 21 mars. Le 24, au soir, dix-neuf condamnés montent sur la charrette. Hébert, qui avait accompagné tant d'autres à l'échafaud avec ses grandes colères imprimées, doit être traîné de force jusqu'à la guillotine. Les presses de la rue des Forges se taisent avec lui — le numéro 358 sera le dernier.

Voir la fiche →
Événement
1792
2 septembre 1792 — Couvent des Carmes déchaussés/Massacres de Septembre
p 31-32 & 112
Massacres de 115 Prêtres réfractaires au couvent des Carmes Déchaux, transformé en prison
Voir la fiche →
Événement
1795
21 octobre 1795 — Musée des Monuments français/École des Beaux-Arts
p 33
Lenoir crée un musée lapidaire dans l'ancien couvent, en 1792 ; il deviendra le "Musée des Monuments français", institué le 1er septembre 1794 par la Convention
Voir la fiche →
Événement
1794
30 mars 1794 — Palais du Luxembourg (transformé en prison fin 1792)
p 33-34
Voir la fiche →
Événement
1774
Événement
1778
1778 — Noviciat des Jésuites/Grand Orient de France
p 33
Voir la fiche →
Événement
1778
1778 — Noviciat des jésuites/Loge des Neuf Sœurs/Grand Orient de France (dans ce local depuis le 12 août 1774)
p 33 & 40
Voir la fiche →
Événement
1794
31 mars 1794 — Demeure de Camille Desmoulins (à partir de 1782)
p 34
Voir la fiche →
Événement
1794
31 mars 1794 — Demeure de Camille Desmoulins (à partir de 1782)
p 34
Voir la fiche →
Événement
1782
9 avril 1782
p 34
Le 9 avril 1782, la Comédie-Française quitte les Tuileries et ouvre ses portes dans son nouveau théâtre place de l'Odéon, avec une représentation d'Iphigénie en Aulide de Racine. Le bâtiment, conçu par les architectes Pe …

Le 9 avril 1782, la Comédie-Française quitte les Tuileries et ouvre ses portes dans son nouveau théâtre place de l'Odéon, avec une représentation d'Iphigénie en Aulide de Racine. Le bâtiment, conçu par les architectes Peyre et de Wailly, est le plus grand et le plus moderne de Paris — façade à colonnes, foyer élégant, salle à l'italienne. On l'appelle d'abord simplement le Théâtre Français.

Deux ans plus tard, le 27 avril 1784, c'est ici que Beaumarchais fait jouer Le Mariage de Figaro — après des années de censure royale. La pièce avait été interdite par Louis XVI en personne, convaincu qu'elle était dangereuse pour l'ordre social. Il avait raison. La salle fit un triomphe qui résonna dans toute l'Europe. Napoleon dira plus tard que Le Mariage de Figaro était déjà la Révolution en acte.

La Révolution justement transforme le théâtre comme tout le reste. En 1789 il devient Théâtre de la Nation, en 1793 Théâtre de l'Égalité. La troupe elle-même se scinde en deux — les révolutionnaires d'un côté, les royalistes de l'autre. Les uns jouent rue de Richelieu, là où se trouve encore aujourd'hui la Comédie-Française. Les autres sont emprisonnés.

Le bâtiment de l'Odéon brûle en 1799, est reconstruit, brûle à nouveau en 1818, est reconstruit encore. Il existe toujours place de l'Odéon, sous le nom de Théâtre de l'Europe. La salle de 1782 a disparu — l'institution, elle, a survécu à tout.

Voir la fiche →
Événement
1797
4 septembre 1797
p 34
Proclamation du coup d'État du 18 Fructidor an V dans le théâtre de la Nation, qui abrite alors le Conseil des Cinq-Cents
Voir la fiche →
Événement
1792
29 juillet 1792 — Couvent des Cordeliers/Section du Théâtre Français
p 34
Le 29 juillet 1792, douze jours avant la chute de Louis XVI, la Section du Théâtre Français décida que tous les hommes de sa juridiction, qu'ils payassent ou non le cens électoral, pourraient participer à ses assemblées …

Le 29 juillet 1792, douze jours avant la chute de Louis XVI, la Section du Théâtre Français décida que tous les hommes de sa juridiction, qu'ils payassent ou non le cens électoral, pourraient participer à ses assemblées générales. La Constitution ne prévoyait pas cela. Les sections de Paris n'attendirent pas la Constitution.

La Constitution de 1791 avait divisé les citoyens en deux catégories : les « actifs », qui payaient assez d'impôt pour voter, et les « passifs », qui en étaient exclus. À Paris, où les ouvriers, les artisans et les domestiques formaient la majorité des hommes adultes, une grande partie de la population était ainsi maintenue hors du jeu politique.

La Section du Théâtre Français, réunie au Couvent des Cordeliers, rue de l'École de Médecine, décida de ne plus appliquer cette distinction dans ses propres assemblées. Tout homme habitant sa juridiction pourrait désormais délibérer — sans condition de fortune. Ce vote n'avait pas de valeur nationale ; il valait pour la section seule. Mais il fut bientôt imité par d'autres sections parisiennes.

L'assemblée se réunissait dans l'ancien couvent des Franciscains, où le Club des Cordeliers — fondé en 1790 par Danton, Marat et Desmoulins — avait tenu ses séances. La rue de l'École de Médecine était l'un des centres du radicalisme démocratique parisien.

Douze jours après ce vote, les sections de Paris — actifs et passifs confondus — prenaient les Tuileries.

En juin 1793, la Convention montagnarde adopta le suffrage universel masculin dans la Constitution de l'an I. La Section du Théâtre Français l'avait pratiqué un an avant, à l'échelle d'un quartier.

Voir la fiche →
Événement
1798
1798 — Demeure de Mlle Lenormand
p 35
Consultations de la célèbre voyante, chez qui accourait le Tout-Paris, dont les dirigeants révolutionnaires
Voir la fiche →
Événement
1793
10 juillet 1793 — Demeure de Marie-Rose Vernet/Cachette de Condorcet
p 36
Dans les guides pressés, on lit que Condorcet, traqué sous la Terreur, se réfugia « chez la veuve du peintre Joseph Vernet ». L'erreur est tenace. Sa logeuse s'appelait Marie-Rose Boucher, veuve de Louis-François Vernet …

Dans les guides pressés, on lit que Condorcet, traqué sous la Terreur, se réfugia « chez la veuve du peintre Joseph Vernet ». L'erreur est tenace. Sa logeuse s'appelait Marie-Rose Boucher, veuve de Louis-François Vernet — un sculpteur mort en 1784. Elle tenait une maison meublée rue des Fossoyeurs — rue étroite qui descend de Saint-Sulpice vers le Luxembourg, aujourd'hui rue Servandoni.

Le 8 juillet 1793, la Convention décrète l'arrestation des députés girondins. Condorcet est du lot : le mathématicien, l'académicien, qui avait refusé de voter la mort du roi, est désormais hors la loi. Les scellés sont posés sur son logement d'Auteuil. Averti à temps, il ne peut plus rentrer. Deux médecins de son cercle, Pinel et Boyer, frappent à la porte de la rue des Fossoyeurs.

La scène, rapportée par Arago, mérite qu'on s'y arrête. « Madame, nous voudrions sauver un proscrit. – Est-il honnête homme, est-il vertueux ? – Oui, Madame. – En ce cas, qu'il vienne ! » Marie-Rose Vernet ne demande pas le nom de l'homme qu'elle recueille : elle ne veut pas savoir. Elle abrite ainsi, au n° 21 de la rue — l'actuel n° 15 —, un homme dont la tête est mise à prix.

Il y restera neuf mois. Dans cette chambre, tandis que l'échafaud fonctionne à plein régime, Condorcet écrit le plus optimiste des livres : l'Esquisse d'un tableau historique des progrès de l'esprit humain. Quand il parle de partir, elle le retient d'une phrase : « La Convention, Monsieur, a le droit de mettre hors la loi : elle n'a pas le pouvoir de mettre hors de l'humanité ; vous resterez ! »

Il finit pourtant par céder, non à la peur, mais au scrupule. Le 25 mars 1794, il quitte la rue des Fossoyeurs. Une auberge de Clamart, une omelette commandée avec une maladresse d'aristocrate — combien d'œufs ? une douzaine — et le soupçon fait le reste. Arrêté, jeté dans un cachot de Bourg-l'Égalité, l'ancien Bourg-la-Reine, on l'y trouve mort le lendemain, 29 mars 1794. Poison dans une bague, épuisement : on ne sait au juste.

L'Esquisse fait de l'histoire la marche continue vers la raison — philosophie idéaliste que Marx et Engels retourneront dans l'Idéologie allemande, en substituant au progrès des idées le mouvement des conditions matérielles. Condorcet croyait la raison invincible ; on venait de lui prouver le contraire dans un cachot de banlieue.

Sur la façade du n° 15 de la rue Servandoni, une plaque rappelle aujourd'hui le refuge. Elle ne dit pas que la femme qui prononça ces mots n'était pas la veuve d'un peintre fameux, mais celle, presque oubliée, d'un modeste sculpteur.

Voir la fiche →
Événement
1787
5 juin 1787 — Hôpital de la Salpêtrière (asile d'aliénés pour femmes)
p 36
Voir la fiche →
Événement
1800
11 janvier 1800 — Les Petites Maisons (asile d'aliénés)
p 36
Voir la fiche →
Événement
1817
9 juin 1817 — Hôpital de la Salpêtrière (asile d'aliénés pour femmes)
p 36
Mort de Théroigne de Méricourt devenue folle après sa fustigation aux Tuileries ; son cas fut étudié par Pinel et Esquirol
Voir la fiche →
Événement
1789
5 octobre 1789
p 36
Rassemblement du cortège des femmes se rendant à Versailles pour réclamer du pain ; Théroigne de Méricourt est accusée à tort de vouloir tuer la reine
Voir la fiche →
Événement
1789
1789 — Demeure de Joseph Ignace Guillotin
p 37 & 40
Le docteur Joseph Guillotin introduit la Déclaration des Droits dans le cahier de doléances du quartier de la Monnaie
Voir la fiche →
Événement
Événement
1792
février 1792 — Café Procope/Jeu de boules de Malus
p 38
Jullian de Carentan est le premier à adopter le port du bonnet phrygien, en souvenir des gardes-suisses de Nancy envoyés au bagne, où les détenus portaient un bonnet rouge
Voir la fiche →
Événement
1793
1793 — Café Procope (table de Voltaire)
p 38
Les cendres de Voltaire sont exposées sur sa table au café Procope lors de leur transfert au Panthéon ; cette table aurait été cassée par Hébert ; mais on lui prête des violences qui n'étaient pourtant chez lui, semble-t …

Les cendres de Voltaire sont exposées sur sa table au café Procope lors de leur transfert au Panthéon ; cette table aurait été cassée par Hébert ; mais on lui prête des violences qui n'étaient pourtant chez lui, semble-t-il, que verbales

Voir la fiche →
Événement
1793
13 juillet 1793 — Hôtel de Cahors/Demeure de Jean-Paul Marat
p 39 & 41-42
Le 13 juillet 1793, en fin d'après-midi, une jeune femme venue de Caen se présente au 30 rue des Cordeliers. Elle insiste, dit détenir des noms de Girondins réfugiés en Normandie. Marat la reçoit dans son cabinet, au pre …

Le 13 juillet 1793, en fin d'après-midi, une jeune femme venue de Caen se présente au 30 rue des Cordeliers. Elle insiste, dit détenir des noms de Girondins réfugiés en Normandie. Marat la reçoit dans son cabinet, au premier étage, plongé dans une baignoire sabot où il soulage la maladie de peau qui le ronge, une planche en travers lui servant de bureau. Charlotte Corday tire un couteau de sous son fichu et frappe une seule fois, sous la clavicule. Il crie — « À moi, ma chère amie ! » selon les récits — et s'effondre. Simonne Évrard, sa compagne, accourt trop tard.

Tout, ce mois-là, tient dans un mouchoir de poche. La maison de Marat, l'église des ci-devant Cordeliers, le jardin du couvent : quelques dizaines de mètres, au cœur du quartier le plus radical de Paris. C'est là que David met en scène les funérailles. Le corps est exposé dans l'ancienne église les 15 et 16 juillet, la plaie offerte aux regards, drapé de tricolore. Le 16 au soir, le cortège s'ébranle à travers le quartier ; on n'inhume Marat qu'entre onze heures et minuit, sous les arbres du jardin des Cordeliers, à deux pas de sa baignoire. Son cœur, dit-on, est déposé à part, dans une urne suspendue à la voûte du club.

Or ce même 16 juillet, tandis qu'on l'enterre, Marat reparaît en librairie. Jacques Roux, le « curé rouge » de la section des Gravilliers, toute proche, publie le numéro 243 du Publiciste de la République française, sous-titré « par l'ombre de Marat, l'Ami du peuple ». Le chiffre n'est pas un hasard : il reprend la numérotation là où l'Ami du peuple l'avait laissée, comme si la mort n'avait rien interrompu. Quatre jours plus tard, le 20 juillet, un autre enragé, Jean-Théophile Leclerc, fait paraître à son tour un nouvel Ami du peuple. Deux journaux, deux héritiers autoproclamés, pour un mort qui n'a pas eu le temps de désigner de successeur.

La compagne du tribun ne l'entend pas ainsi. Le 8 août 1793, Simonne Évrard se présente à la barre de la Convention et dénonce les « écrivains scélérats » qui se parent du nom de Marat — Roux et Leclerc nommément. L'attaque tombe au plus mauvais moment pour les enragés : Robespierre les a déjà pris en grippe. Roux est arrêté quelques jours plus tard, condamné, et se donne la mort en prison au début de 1794 ; Leclerc se tait. L'ombre de Marat n'aura servi ses porteurs que quelques semaines.

Du 30 rue des Cordeliers, il ne reste rien : la maison, devenue le 20 rue de l'École-de-Médecine, fut expropriée puis démolie en 1877 pour agrandir la faculté de médecine. Dans La Sainte Famille, Marx dresse la généalogie de « l'idée communiste » et retient, pour représenter le mouvement révolutionnaire à mi-course, deux noms exactement : Leclerc et Roux — les deux journalistes du quartier qui, la semaine des funérailles, s'étaient emparés de la voix du mort.

Voir la fiche →
Événement
1789
1 décembre 1789 — Demeure de Jean-Paul Marat/Imprimerie du journal "L'Ami du Peuple"
p 39
Voir la fiche →
Événement
1792
2 septembre 1792
p 39
Prise à parti de prêtres réfractaires que l'on transférait à la prison de l'Abbaye, devant le bureau de recrutement des volontaires du carrefour de Bucy, épisode initial des massacres de septembre. Seul l'abbé Sicard est …

Prise à parti de prêtres réfractaires que l'on transférait à la prison de l'Abbaye, devant le bureau de recrutement des volontaires du carrefour de Bucy, épisode initial des massacres de septembre. Seul l'abbé Sicard est épargné

Voir la fiche →
Événement
1794
31 mars 1794 — Demeure de Georges Jacques Danton (donnant alors sur la rue Marat)
p 40-41
Arrestation de Danton à son domicile, à 6 heures du matin. Il avait refusé de s'enfuir, disant "on n'emporte pas sa patrie sous la semelle de ses souliers" Le 31 mars 1794, à six heures du matin, on frappe à la porte du …

Arrestation de Danton à son domicile, à 6 heures du matin. Il avait refusé de s'enfuir, disant "on n'emporte pas sa patrie sous la semelle de ses souliers"

Le 31 mars 1794, à six heures du matin, on frappe à la porte du 130 boulevard Saint-Germain — la rue s'appelait alors rue des Cordeliers, puis rue Marat. Georges Danton dort encore. Sa jeune femme Louise Gély est à ses côtés. Les agents du Comité de sûreté générale sont là pour l'arrêter.

Il ne s'enfuit pas. On lui en avait donné l'occasion — des amis l'avaient prévenu, des chevaux de poste étaient disponibles. Il avait refusé, avec cette phrase que Philippe avait notée dans sa fiche : "on n'emporte pas sa patrie sous la semelle de ses souliers."

Danton était l'un des hommes de la Révolution. Il avait contribué à renverser la monarchie, à organiser la défense nationale en septembre 1792, à fonder le Tribunal révolutionnaire — l'instrument qui allait maintenant le juger. Depuis plusieurs mois, il appelait à modérer la Terreur, à clémence, à en finir avec les exécutions en masse. Robespierre et Saint-Just y voyaient une trahison.

Le procès est une mascarade — Danton le transforme en tribune, rugit, domine la salle au point que le Tribunal finit par suspendre les débats pour le faire taire. Il est guillotiné le 5 avril avec Camille Desmoulins et leurs amis. Sa dernière parole au bourreau, selon la tradition : "Tu montreras ma tête au peuple, elle en vaut la peine."

Dix semaines plus tard, Robespierre passait à son tour sous la lame.

Voir la fiche →
Événement
1787
1787 — Hôtel de Genlis/Musée de Paris (salle laissée vacante après son départ rue Ste Avoie)
p 40
Lieu de réunions de la loge maçonnique des Neuf-Sœurs, référence aux 9 muses
Voir la fiche →
Événement
1814
26 mars 1814 — Demeure et cabinet médical de Joseph Ignace Guillotin
p 40
Mort du docteur Guillotin dans son cabinet médical ; il se trouvait sur le trajet des convois vers l'instrument qui, à son grand désespoir, portait son nom, alors qu'il ne l'avait promu que pour soulager les souffrances …

Mort du docteur Guillotin dans son cabinet médical ; il se trouvait sur le trajet des convois vers l'instrument qui, à son grand désespoir, portait son nom, alors qu'il ne l'avait promu que pour soulager les souffrances des condamnés.

Joseph Ignace Guillotin meurt le 26 mars 1814 dans son cabinet médical du 209 rue Saint-Honoré, à soixante-quinze ans, de causes naturelles — ironie supplémentaire pour un homme dont le nom est devenu synonyme de décapitation.

Ce qu'on oublie souvent : Guillotin n'a pas inventé la guillotine. Il a plaidé, devant l'Assemblée constituante en 1789, pour que tous les condamnés à mort soient exécutés de la même façon — une machine rapide et indolore, sans égard pour la naissance ou la fortune. Jusqu'alors, les nobles avaient droit à la décapitation par l'épée, les roturiers à la potence ou à la roue. Guillotin voulait l'égalité jusque dans la mort. C'était un geste humaniste.

La machine fut mise au point par le docteur Louis — on l'appela d'abord la louisette. Puis l'usage fit le reste, et le nom de Guillotin s'imposa. Il ne s'en remit jamais. Sa famille, après sa mort, demanda sans succès que l'instrument soit rebaptisé. Faute d'obtenir satisfaction, ses descendants changèrent leur propre nom.

La cruelle particularité de son adresse rue Saint-Honoré — que Philippe avait relevée dans sa fiche — est que son cabinet se trouvait sur le trajet des charrettes conduisant les condamnés depuis la Conciergerie jusqu'à la place de la Révolution. Guillotin voyait passer, depuis ses fenêtres, les convois vers l'instrument qui portait son nom.

Voir la fiche →
Événement
1794
2 novembre 1794 — Collège des Quatre Nations/Institut de France
p 40
Prison pendant la Terreur et siège du Comité de Salut public de la Seine
Voir la fiche →
Événement
1793
1 juin 1793 — Demeure de Mme Roland
p 42
Arrestation de Mme Roland qui sera exécutée le 8 novembre ; Roland s'est déjà suicidé
Voir la fiche →
Événement
1795
5 octobre 1795 — Auberge du Cadran Bleu (ancienne Hure d'Or)/Séjour de Napoléon Bonaparte
p 42-43
Barras fait appel à Bonaparte, faute de Barthélemy Joubert d'abord choisi mais qui venait de se faire tuer à la bataille de Novi, pour mater l'insurrection présentée comme royaliste, mais seulement manipulée par eux
Voir la fiche →
Événement
1793
10 novembre 1793 — Cathédrale Notre-Dame de Paris/Temple de la Raison
p 43
Fête de la Liberté et de la Raison, célébrant la déchristianisation de la France, dans la "ci-devant église métropolitaine Notre-Dame de la Raison". Une jeune femme représentant la Liberté préside aux cérémonies
Voir la fiche →
Événement
1789
12 juillet 1789 — Café de Foy/Jardin du Palais Royal ("Capitale de l'agitation")
p 48 & 52-53
Un dimanche de juillet 1789, un jeune avocat sans causes saute sur une table de café, un pistolet à chaque main — et le jardin du Palais-Royal se met en marche vers la Bastille. Ce dimanche 12 juillet 1789, Paris sait de …

Un dimanche de juillet 1789, un jeune avocat sans causes saute sur une table de café, un pistolet à chaque main — et le jardin du Palais-Royal se met en marche vers la Bastille.

Ce dimanche 12 juillet 1789, Paris sait depuis le matin : le roi a renvoyé Necker. Le jardin du duc d'Orléans, seul coin de la ville où la police royale n'entre pas, grouille de pamphlétaires et de badauds sous les arcades. On l'appelle « la capitale de l'agitation ».

Au 57-60 de la galerie de Montpensier, le café de Foy déborde. Un jeune homme de vingt-neuf ans, avocat sans clients et journaliste sans journal, s'y impatiente : Camille Desmoulins. Il bégaie — un défaut qui lui a barré le barreau. Mais ce jour-là, dit la tradition, l'émotion emporte le bégaiement. Il grimpe sur une table, un pistolet à chaque main, et harangue la foule.

Le renvoi de Necker, lance-t-il, est « le tocsin d'une Saint-Barthélemy des patriotes » : ce soir même, les régiments suisses et allemands sortiront égorger Paris. « Aux armes ! » La menace n'a rien d'une invention : les troupes étrangères cernent la ville, et le soir venu, la cavalerie du prince de Lambesc chargera la foule aux Tuileries. Desmoulins propose le vert, « couleur de l'espérance ». La foule se rue sur les arbres du jardin, les dépouille de leurs feuilles, et s'en pique aux chapeaux. Desmoulins racontera plus tard qu'on lui glissa plutôt un ruban vert ; peu importe, la cocarde est née.

Ironie de la teinte : elle ne passera pas la semaine. Le vert est la livrée du comte d'Artois — couleur compromettante, aussitôt délaissée pour le bleu et le rouge de Paris, bientôt relevés de blanc pour former la cocarde tricolore. La couleur de l'espérance était celle de l'ennemi.

On a fait de cette scène l'étincelle de la Révolution. Étincelle, soit — mais la poudre était déjà répandue. Ce 12 juillet, les barrières de l'octroi flambaient au nord de la ville ; le pain touchait son prix le plus haut du siècle ; la peur des troupes courait les faubourgs. Les historiens, de Mathiez à Soboul, l'ont rappelé : le cri de Desmoulins n'a pas créé le mouvement, il l'a allumé. Deux jours plus tard, la Bastille tombait.

Reste l'ironie du lieu. Le café de Foy, berceau de l'insurrection, était tenu par la famille Jousserand. Deux ans plus tard, ces mêmes Jousserand en avaient fait un repaire d'aristocrates : le café où l'on avait crié « aux armes » penchait pour le roi. Il ferma en 1874. Mais les arcades de la galerie de Montpensier sont toujours là, aux numéros 57 à 60, où l'on prend aujourd'hui un café sans savoir qu'on foule l'endroit où un bègue, un dimanche, trouva sa voix.

Voir la fiche →
Événement
1789
1789 — Café Corrazza (de 1887)/Quartier général des Jacobins puis des Enragés/Bal du Pince-cul
p 51
Voir la fiche →
Événement
1785
1785 — Cabinet des figures de cire de Curtius
p 52
Création du premier cabinet de figures de cire de Curtius, où il présentait des bustes de personnages politiques ; la future Mme Tussaud y fit son apprentissage
Voir la fiche →
Événement
1795
1795 — Demeure de Paul Barras (la Montansier occupe le 1er étage)
p 53
Voir la fiche →
Événement
1867
1867 — Caveau des Aveugles (au sous-sol)/Café Lemblin ou Lamblin (de 1813, au rez-de-chaussée)
p 53-54
Caveau où jouait un orchestre d'aveugles, ancêtre du Caf'conc' ; des épées étaient tenues à la disposition des clients sous le comptoir
Voir la fiche →
Événement
1794
7 août 1794 — Théâtre des Arts/Théâtre National/Salle Richelieu/Salle de l'Opéra de Paris (la huitième)/Théâtre de l'Opéra du Peuple (en 1802)
p 53
L'institution avait survécu à la Terreur. Elle venait de survivre à Robespierre. Elle mourut d'un coup de couteau en 1820. Le 7 août 1794, soit dix jours après la chute de Robespierre, l'Opéra de Paris s'installa dans la …

L'institution avait survécu à la Terreur. Elle venait de survivre à Robespierre. Elle mourut d'un coup de couteau en 1820.

Le 7 août 1794, soit dix jours après la chute de Robespierre, l'Opéra de Paris s'installa dans la salle du 69-71 rue de Richelieu, dans le 2e arrondissement, sous le nom de Théâtre des Arts. Le moment n'était pas anodin : on était en pleine réaction thermidorienne, les prisons s'ouvraient, les fêtes de la Terreur prenaient fin, et la vie culturelle reprenait ses droits dans un Paris encore sous le choc.

Sous la Terreur, les théâtres avaient été placés sous étroite surveillance. Pierre-Gaspard Chaumette, procureur de la Commune, et Jacques-René Hébert avaient encadré la politique culturelle révolutionnaire avec une sévérité qui mêlait patriotisme républicain et méfiance des arts jugés aristocratiques. Marguerite Brunet, dite la Montansier, grande entrepreneuse de spectacles qui avait fait fortune sous l'Ancien Régime, avait même été emprisonnée en 1793 : Hébert l'accusait d'avoir ouvert un théâtre voisin de la Convention pour espionner les députés. Chaumette et Hébert furent guillotinés au printemps 1794. La Montansier sortit de prison après thermidor.

Le Théâtre des Arts changea plusieurs fois de nom : Théâtre de l'Opéra, Théâtre National, Académie Nationale de Musique. Il resta au 69-71 rue de Richelieu pendant vingt-six ans, au cœur de la vie parisienne, traversant le Directoire, le Consulat, l'Empire et le début de la Restauration.

Le 13 février 1820, à la sortie d'une représentation, le duc de Berry, second fils du futur Charles X et dernier espoir de la lignée directe des Bourbon, fut poignardé par Louvel, un sellier bonapartiste. Il mourut dans la nuit. Les Ultras exploitèrent l'assassinat pour faire passer des lois réactionnaires. Et l'on rasa la salle, comme si le bâtiment portait le malheur.

L'Opéra de Paris, né dans la révolution, périt dans la réaction. L'édifice suivant fut l'Opéra Le Peletier, rue Le Peletier, qui brûla en 1873. Celui de Garnier n'ouvrit qu'en 1875.

Voir la fiche →
Événement
1807
24 juin 1807 — Théâtre des Variétés
p 53
Marguerite Brunet, dite « Mademoiselle Montansier », est contrainte en 1806 de quitter le Théâtre du Palais-Royal à la suite d’un décret visant à favoriser la troupe du Théâtre-Français. À 77 ans, elle sollicite l’aide d …

Marguerite Brunet, dite « Mademoiselle Montansier », est contrainte en 1806 de quitter le Théâtre du Palais-Royal à la suite d’un décret visant à favoriser la troupe du Théâtre-Français. À 77 ans, elle sollicite l’aide de Napoléon Bonaparte, qui lui accorde la possibilité de construire une nouvelle salle. Le Théâtre des Variétés est ainsi inauguré le 24 juin 1807 au 7 boulevard Montmartre, Paris, après seulement cinq mois de travaux. Ce théâtre devient rapidement un haut lieu du vaudeville et de la comédie, puis de l’opérette sous la direction d’Hippolyte Cogniard, notamment avec les œuvres de Jacques Offenbach, telles que « La Belle Hélène » et « La Grande-Duchesse de Gérolstein », écrites avec Henri Meilhac et Ludovic Halévy. Henri Lavedan y fait également jouer ses pièces. Le Théâtre des Variétés est immortalisé par Émile Zola dans son roman « Nana », où l’héroïne triomphe sur sa scène. Ce lieu reflète l’évolution du spectacle parisien au XIXe siècle et demeure un symbole de la vie culturelle du boulevard Montmartre.

Sources

![[Le foyer du Théâtre de Variété, dessin de Boyer, BnF|Le_rez-de-chaussée_du_Foyer_de_Théatre de Variétés Boyer BnF.jpeg]]

Le foyer du Théâtre "Les Variétés", Boyer, BnF

Voir la fiche →
Événement
1815
1815 — Café de Chartres
p 53
Quartier général royaliste pendant la première Restauration ; il devient le "Grand Véfour" en 1820
Voir la fiche →
Événement
1793
13 juillet 1793 — Boutique du coutelier Badin
p 55
Le 13 juillet 1793 au matin, dans le plus révolutionnaire des jardins de Paris, une inconnue marchande un couteau de cuisine à quarante sols. Vers huit heures, une jeune femme sort de l'hôtel de la Providence, rue des Vi …

Le 13 juillet 1793 au matin, dans le plus révolutionnaire des jardins de Paris, une inconnue marchande un couteau de cuisine à quarante sols.

Vers huit heures, une jeune femme sort de l'hôtel de la Providence, rue des Vieux-Augustins (aujourd'hui rue Hérold), où elle est descendue deux jours plus tôt en arrivant de Caen. Quelques pas la mènent au Palais-Royal — depuis un an le Palais-Égalité. Ce matin-là, les galeries grouillent : Paris s'est rempli de provinciaux montés pour les fêtes du 14 Juillet, et Charlotte Corday attend, comme tout le monde, que les boutiques ouvrent.

L'endroit ne pouvait être mieux choisi, ni plus ironique. Le Palais-Égalité est alors le cœur battant de la Révolution : cafés bruissants de nouvelles, colporteurs de pamphlets, joueurs, filles sous les arcades. C'est là, quatre ans plus tôt, que Camille Desmoulins avait sauté sur une table du café de Foy pour appeler Paris aux armes. Un bazar politique à ciel ouvert, où l'on trouve de tout. Sous la galerie de Valois, qui longe le côté est du jardin, au numéro 177, la boutique du coutelier Badin.

Elle y achète un simple couteau de cuisine, manche d'ébène et virole d'argent, pour quarante sols — deux livres. Rien d'un poignard : l'outil d'une ménagère, qu'elle glisse dans son corsage. La lame ne servira qu'une fois.

Le reste appartient à l'après-midi. Corday repasse la Seine, gagne la rue des Cordeliers ; éconduite deux fois, elle est enfin reçue le soir dans le cabinet de Marat, et le couteau de quarante sols entre sous la clavicule de l'Ami du peuple. La Révolution avait ainsi, sans le savoir, vendu elle-même l'arme qui abattit son journaliste le plus incendiaire, à l'étal d'un coutelier, entre un café et une maison de jeu.

La galerie de Valois longe toujours le côté est du jardin, sous ses arcades de pierre blonde, aujourd'hui bordées de boutiques de luxe. Au numéro 177, plus rien ne rappelle le coutelier Badin, ni la cliente pressée d'un matin de juillet.

Voir la fiche →
Événement
1572
24 août 1572 — Cloche de l'église St Germain l'Auxerrois (sonnerie des Matines)/Massacre de la St Barthélemy
p 58-59
Il n'y a pas eu de folie dans les rues de Paris ce 24 août : il y a eu une organisation, un signal, des listes, des armes distribuées, et une ville qui a découvert ce qu'elle était capable de faire. Le tocsin de Saint-Ge …

Il n'y a pas eu de folie dans les rues de Paris ce 24 août : il y a eu une organisation, un signal, des listes, des armes distribuées, et une ville qui a découvert ce qu'elle était capable de faire.

Le tocsin de Saint-Germain-l'Auxerrois résonne à deux heures du matin. C'est le signal convenu. Dans les quartiers, les bourgeois catholiques qui ont reçu des armes et des instructions sortent dans les rues. Les capitaines de quartier ont des listes. La ville s'organise pour tuer.

L'amiral Gaspard de Coligny dort dans son logis de l'Hôtel de Ponthieu, sur ce qui sera un jour appelé la rue de Rivoli. Il a soixante-deux ans. Depuis l'attentat du 22, ses doigts blessés ont été pansés, il est sous la protection d'une garde royale que le roi lui a affectée en promettant justice. Cette garde, dans la nuit, ouvre la porte. Henri de Guise commande le détachement qui monte. Jean Yanowitz, soldat d'origine polonaise au service des Guise, entre le premier dans la chambre. Il frappe Coligny d'un coup d'épée. Le corps est jeté par la fenêtre dans la cour. Henri de Guise se penche, reconnaît le visage de celui qui a tué son père, et donne l'ordre de continuer.

Dans Paris, le carnage dure plusieurs jours. On estime entre deux et trois mille morts dans la ville en quelques jours, peut-être dix mille dans tout le royaume dans les semaines qui suivent. Hommes, femmes, enfants portant l'étiquette protestante. Certains voisins dénoncent, d'autres cachent. La porte de Buci est fermée par Henri de Guise lui-même, sauvant ainsi les protestants du faubourg Saint-Germain qu'il connaît personnellement. Le duc de la Force, compagnon d'enfance du jeune Henri de Navarre, échappe en se faisant passer pour mort sous les cadavres.

Charles IX, que l'histoire a voulu croire horrifié, paraît aux fenêtres du Louvre et, selon certains témoins, tire lui-même à l'arquebuse sur les fuyards. Il mourra deux ans plus tard, à vingt-trois ans, en répétant dans ses cauchemars les mots "tous ces morts."

Le massacre de la Saint-Barthélemy restera, pour des siècles, le symbole de ce que l'intolérance religieuse organisée par le pouvoir peut produire dans une grande ville.

Voir la fiche →
Événement
1789
6 octobre 1789 — Palais des Tuileries (de 1564)
p 59
Elles étaient parties chercher du pain ; elles reviennent avec le roi. Le cortège est parti la veille de la place de Grève. Six à sept mille femmes, des poissardes des Halles, des ouvrières, des marchandes, remontant les …

Elles étaient parties chercher du pain ; elles reviennent avec le roi.

Le cortège est parti la veille de la place de Grève. Six à sept mille femmes, des poissardes des Halles, des ouvrières, des marchandes, remontant les Champs-Élysées sous la pluie, armées de piques, de couteaux de cuisine et de quelques canons traînés à bras. Reine Audu marche en tête, Stanislas Maillard négocie, Théroigne de Méricourt est de la partie. La Garde nationale de La Fayette a suivi, contrainte par ses propres soldats.

Dans la nuit du 5 au 6 octobre, la foule force les grilles du château de Versailles. Des gardes du corps sont tués. Marie-Antoinette fuit ses appartements par un passage dérobé. Au matin, la foule réclame le roi au balcon. Louis XVI paraît. Puis la reine, seule, sous les huées, qui s'incline longuement. La Fayette lui baise la main : le geste calme la place.

Puis vient la demande de fond : que le roi vienne à Paris. Louis XVI accepte. Le 6 octobre 1789, dans l'après-midi, le cortège reprend la route en sens inverse. Devant, les femmes portent des pains au bout de leurs piques et chantent qu'elles ramènent "le boulanger, la boulangère et le petit mitron." Derrière suivent les carrosses royaux, la Garde nationale, cent chariots de blé pris aux réserves de Versailles.

À l'Hôtel de Ville, Bailly, maire de Paris, accueille la famille royale. La réception est enthousiaste. On croit encore possible une monarchie constitutionnelle réconciliée avec son peuple. Le roi prononce quelques mots aimables.

Puis la famille royale gagne le palais des Tuileries, inhabité depuis Louis XIV, poussiéreux, mal chauffé. Elle y sera de fait assignée à résidence. Le roi ne quittera plus Paris que pour la fuite manquée de Varennes en juin 1791, qui achèvera de ruiner sa crédibilité.

Le pouvoir a changé de lieu. Versailles était le château où le roi convoquait la France ; les Tuileries sont le palais où Paris surveille le roi. En un jour et une nuit, des femmes qui réclamaient du pain ont déplacé le centre politique du royaume. L'Assemblée constituante suivra le mouvement et s'installera à Paris quelques jours plus tard.

Voir la fiche →
Événement
1791
20 juin 1791 — Guichet de l'Échelle du palais du Louvre
p 59-60 & 67
Lieu où attend la voiture avec laquelle la famille royale s'enfuit des Tuileries ; une "citadine" qui permettra de rejoindre discrètement la berline qui attend rue de Clichy pour le voyage vers... Montmédy ; arrêt à Vare …

Lieu où attend la voiture avec laquelle la famille royale s'enfuit des Tuileries ; une "citadine" qui permettra de rejoindre discrètement la berline qui attend rue de Clichy pour le voyage vers... Montmédy ; arrêt à Varennes

Voir la fiche →
Événement
1792
20 juin 1792
p 60
Émeute menée par les patriotes du faubourg Saint-Antoine pour l'anniversaire du Serment du jeu de paume. Ils réclament le retrait du veto sur les prêtres réfractaires et sur l'appel des Fédérés ; Louis XVI coiffe le bonn …

Émeute menée par les patriotes du faubourg Saint-Antoine pour l'anniversaire du Serment du jeu de paume. Ils réclament le retrait du veto sur les prêtres réfractaires et sur l'appel des Fédérés ; Louis XVI coiffe le bonnet rouge mais ne cède pas

Voir la fiche →
Événement
1792
Événement
1792
20 juin 1792 — Hôtel de la Reine Blanche/Château de la Reine Blanche/Club Jacobin (en 1790)
p 60
Préparation de la journée du 20 juin 1792 contre le véto
Voir la fiche →
Événement
1793
17 septembre 1793 — Palais de Justice/Grand'Chambre du Parlement de Paris/Siège du Tribunal révolutionnaire/Salle de la Liberté (aujourd'hui 1ère chambre)
p 63-64
Le 17 septembre 1793, la Convention vote en une heure la loi qui transforme la peur en droit et le soupçon en condamnation. L'été 1793 est mauvais. La Coalition presse aux frontières. La Vendée tient. Lyon s'est soulevée …

Le 17 septembre 1793, la Convention vote en une heure la loi qui transforme la peur en droit et le soupçon en condamnation.

L'été 1793 est mauvais. La Coalition presse aux frontières. La Vendée tient. Lyon s'est soulevée, Toulon a ouvert ses portes à l'Angleterre. À Paris, Charlotte Corday a assassiné Marat dans sa baignoire en juillet. Les sections sans-culottes réclament depuis des semaines une répression organisée contre les ennemis intérieurs : nobles, prêtres réfractaires, suspects de fédéralisme, parents d'émigrés. La Terreur s'installe dans les faits avant d'exister en droit.

Le 17 septembre, la Convention nationale vote la loi des suspects. Le texte, court et redoutable, définit en six catégories les personnes susceptibles d'arrestation sans mandat judiciaire, sans chef d'accusation précis, sans délai fixé pour la comparution. Sont suspects : ceux qui ont montré par leur conduite ou leurs propos qu'ils sont partisans de la tyrannie ; ceux à qui un certificat de civisme a été refusé ; les fonctionnaires suspendus ou destitués ; les nobles et les membres de leur famille qui n'ont pas constamment démontré leur attachement à la Révolution ; enfin ceux qui ont émigré entre le 1er juillet 1789 et le 8 avril 1792.

La définition est volontairement poreuse. Elle fait du soupçon une catégorie juridique autonome et confie aux comités de surveillance locaux le pouvoir d'arrêter qui ils jugent bon. En quelques semaines, les prisons de Paris et de province se remplissent. On estime que jusqu'à 300 000 personnes furent arrêtées sous l'empire de cette loi avant Thermidor.

Le Tribunal révolutionnaire, animé par le procureur public Fouquier-Tinville, dispose désormais d'un flux ininterrompu de prévenus. Depuis sa réorganisation en mars 1793 jusqu'à thermidor an II, il prononcera 2 747 condamnations à mort. La loi sera aggravée le 10 juin 1794 par la loi de prairial, qui supprime l'assistance d'un défenseur et ne laisse aux jurés que deux verdicts possibles : l'acquittement ou la mort.

La loi des suspects reste dans les mémoires comme l'instrument juridique de la Grande Terreur. Elle marque le point où une révolution, confrontée à la guerre extérieure et à la guerre civile, renverse la présomption d'innocence que la Déclaration de 1789 venait de poser comme principe fondamental. Cette torsion, les révolutionnaires ultérieurs, Marx et Trotski au premier rang, auront à en examiner longuement les causes et les leçons.

Voir la fiche →
Événement
1371
1371 — Tour de l'Horloge (tocsin du palais de Justice)
p 66
Première horloge publique de Paris sur la tour portant le tocsin du Palais
Voir la fiche →
Événement
Événement
1792
2 septembre 1792
p 67
Lors des Massacres de Septembre, 160 prisonniers de droit commun sont exécutés sur les 200 enfermés alors ici
Voir la fiche →
Événement
1795
5 octobre 1795 — Batterie de canons le 13 Vendémiaire
p 68
Barras cherche un général disponible ; il tombe sur un Corse de vingt-six ans sans emploi, qui fait tirer au canon dans la rue Saint-Honoré : la carrière de Napoléon commence là. L'automne 1795 est le moment où la Révolu …

Barras cherche un général disponible ; il tombe sur un Corse de vingt-six ans sans emploi, qui fait tirer au canon dans la rue Saint-Honoré : la carrière de Napoléon commence là.

L'automne 1795 est le moment où la Révolution se referme. La Convention thermidorienne a écrasé les sans-culottes en germinal et en prairial an III. Elle a voté une nouvelle Constitution, celle de l'an III, et le décret des deux tiers, qui impose que les deux tiers des membres des futurs Conseils soient choisis parmi les conventionnels sortants. La droite royaliste et modérée, qui espérait reprendre le pouvoir par les urnes, se voit confisquer sa victoire annoncée.

Les sections parisiennes se soulèvent. Le noyau de l'insurrection est la section Le Peletier, autour de la Bourse, milieu de banquiers et de rentiers, noyautée par des agents royalistes dont le baron de Batz. Le mouvement rassemble une trentaine de milliers d'hommes des sections bourgeoises de l'Ouest et du centre.

La Convention n'a que cinq mille hommes. Barras est nommé commandant des forces de l'intérieur. Il cherche un officier capable ; Joubert, son premier choix, vient d'être tué. Il fait appeler un général corse de vingt-six ans, sans affectation depuis sa disgrâce post-thermidorienne : Napoléon Bonaparte, qui loge à l'auberge du Cadran Bleu, rue de la Huchette.

Bonaparte agit vite. Il envoie Murat chercher au camp des Sablons quarante canons, qu'il fait mettre en batterie aux abords des Tuileries : rue Saint-Honoré, rue Saint-Roch, rue de l'Échelle, rue de Rohan, place du Palais-Royal.

Le 5 octobre 1795, 13 Vendémiaire an IV, les colonnes insurgées avancent. Bonaparte fait tirer à la mitraille dans les rues étroites. Les marches de l'église Saint-Roch, où les insurgés se sont retranchés, portent encore aujourd'hui des impacts. Le combat dure quelques heures. Environ deux cents morts dans chaque camp. Le Palais-Royal et le Théâtre Français sont pris d'assaut à la tombée de la nuit.

Bonaparte est nommé général de division, puis commandant de l'armée d'Italie six mois plus tard. Le régime a été sauvé par un militaire : il vient d'apprendre qu'il dépend de lui. Quatre ans plus tard, le 18 Brumaire, il n'y aura plus besoin de canons.

Voir la fiche →
Événement
1789
27 octobre 1789 — Couvent des Jacobins St Honoré (réfectoire, bibliothèque puis église)
p 68-69
Ils louent le réfectoire d'un couvent de dominicains pour y débattre ; le nom des moines s'attachera pour deux siècles à une manière de faire la politique. Le club est né à Versailles pendant les États généraux, sous le …

Ils louent le réfectoire d'un couvent de dominicains pour y débattre ; le nom des moines s'attachera pour deux siècles à une manière de faire la politique.

Le club est né à Versailles pendant les États généraux, sous le nom de Club breton, réunion informelle des députés du tiers état de Bretagne rejoints par d'autres patriotes. Quand l'Assemblée constituante suit le roi à Paris en octobre 1789, ils cherchent un local.

Le 27 octobre 1789, la Société des Amis de la Constitution loue le réfectoire du couvent des Dominicains de la rue Saint-Honoré, dans l'actuel 1er arrondissement, à l'emplacement du marché Saint-Honoré. Les Dominicains sont appelés à Paris les Jacobins, parce que leur premier établissement se trouvait rue Saint-Jacques. Le club prend le surnom de son adresse : club des Jacobins.

À ses débuts, il n'a rien de révolutionnaire au sens ultérieur du mot. La cotisation est élevée, ce qui en écarte le peuple. On y trouve La Fayette, Mirabeau, Barnave, Talleyrand, le duc d'Aiguillon, les frères Lameth, Sieyès. C'est le club de la monarchie constitutionnelle, dominé par des nobles libéraux et des bourgeois modérés.

Il se radicalise par scissions successives. En juillet 1791, après la fusillade du Champ-de-Mars, les modérés partent fonder le club des Feuillants. Restent les partisans de la République, autour de Robespierre, qui deviendra la figure centrale du club et y prononcera l'essentiel de ses discours. Le réseau des sociétés affiliées couvre le pays : plus d'un millier de clubs correspondent avec Paris. C'est la première structure politique nationale de l'histoire française.

Le club est fermé le 12 novembre 1794, après Thermidor. Le couvent est démoli sous le Directoire. Le mot est resté, "Jacobin" désigne aujourd'hui une conception centralisatrice et unitaire de la République, ce qui n'était qu'un aspect de la doctrine des Jacobins historiques, et ce qui a fait oublier tout le reste : le suffrage universel, le droit à l'existence, l'abolition de l'esclavage.

Voir la fiche →
Événement
1792
16 août 1792
p 69
La statue est à terre, et dans la poussière de bronze, une femme du peuple gît écrasée. Six jours après la journée du 10 août 1792, la foule parisienne est encore ivre de sa victoire. Le roi est prisonnier au Temple, la …

La statue est à terre, et dans la poussière de bronze, une femme du peuple gît écrasée.

Six jours après la journée du 10 août 1792, la foule parisienne est encore ivre de sa victoire. Le roi est prisonnier au Temple, la monarchie abolie de fait, la République en train de naître. Dans les semaines qui suivent la prise des Tuileries, les symboles royaux tombent les uns après les autres : dans Paris et dans toute la France, le peuple fait le vide autour de ce qu'il vient de renverser. Le 16 août 1792, c'est le tour de la statue équestre de Louis XIV qui trône sur la place des Piques, l'ancienne place Louis-le-Grand.

La statue est là depuis 1699. Elle a été sculptée par François Girardon sur commande du maréchal de La Feuillade, puis fondue en bronze par Jean-Balthazar Keller. Haute, dorée, monumentale, elle représente le Roi-Soleil à cheval dominant une place dont la symétrie imposante avait été voulue pour écraser le regard et rappeler à qui entrait dans la capitale la puissance d'un seul homme. C'est précisément cette splendeur que les sans-culottes entendent abattre. On noue des cordes, on tire, on travaille les scellements. La statue vacille, puis s'abat dans un fracas de métal.

Dans la cohue des spectateurs et des participants, une femme est écrasée sous le poids de la chute. Elle s'appelle Rose Viollet. Elle est colporteuse, vendeuse ambulante de journaux. Elle distribue L'Ami du Peuple, l'hebdomadaire de Jean-Paul Marat qui est depuis 1789 la voix des sections populaires de Paris, celle qui réclame la tête des aristocrates et la justice pour les miséreux. Elle meurt des suites de ses blessures. Le nom de Rose Viollet reste l'un des rares témoignages directs de la présence des femmes anonymes dans ces journées : mortes non sous les balles, mais dans l'enthousiasme d'un acte dont elles étaient parties prenantes.

Sur la place désormais vide de son monarque de bronze, on érige une figure de la Liberté. La place des Piques, successivement place des Conquêtes, place Louis-le-Grand, puis place de la Révolution, ne retrouve le nom de place Vendôme qu'avec le Directoire. L'Empire y dressera en 1810 la colonne Austerlitz, fondue à partir des canons pris à l'ennemi à Austerlitz : un autre conquérant remplace l'autre.

La destruction des statues royales à l'été 1792 n'est pas seulement symbolique : c'est une rupture matérielle avec l'ordre de représentation monarchique, un geste pour dépeupler l'espace public de ses anciens maîtres de pierre et de bronze. Rose Viollet n'avait pas prévu de mourir ce matin-là.

Voir la fiche →
Événement
1793
20 janvier 1793 — Hôtel de Chimay (appartenant à la famille Le Peletier)
p 69-70
Louis-Michel Lepeletier de Saint-Fargeau meurt ici, assassiné par Pâris pour avoir voté la mort de Louis XVI
Voir la fiche →
Événement
1794
1794 — Demeure de Charles-Pierre-Paul Savalette de Langes/Cachette de Bertrand Barère de Vieuzac
p 70
Cachette du "menteur patenté du Comité de Salut public", selon Jules Michelet
Voir la fiche →
Événement
1792
14 août 1792 — Ministère de la Justice/Demeure de Georges Jacques Danton
p 70
Danton, nommé ministre de la Justice, détourne des fonds. Un des grands corrompus de la Révolution ; il roule un temps pour Philippe d'Orléans qui le "subventionne". La Troisième République en fera son "grand homme", fau …

Danton, nommé ministre de la Justice, détourne des fonds. Un des grands corrompus de la Révolution ; il roule un temps pour Philippe d'Orléans qui le "subventionne". La Troisième République en fera son "grand homme", faute de mieux

Voir la fiche →
Événement
1793
20 janvier 1793
p 70
La dépouille de Lepeletier de Saint-Fargeau est exposée sur le piédestal de la statue de Louis XIV abattue ; la cérémonie est mise en scène par le peintre David
Voir la fiche →
Événement
1795
1795 — Ministère de la Justice/Mètre étalon
p 70
Le mètre étalon exposé sur la façade est l'un des deux qui subsistent à Paris, parmi les 16 qui furent installés à l'origine
Voir la fiche →
Événement
1791
16 juillet 1791 — Couvent des Feuillants
p 70
Scission des Jacobins sur le sort de Louis XVI. Les Monarchistes constitutionnels s'installent aux Feuillants. Parmi les députés, seuls Robespierre, Anthoine, Buzot, Rœderer, Pétion et Louis Coroller du Moustoir restent …

Scission des Jacobins sur le sort de Louis XVI. Les Monarchistes constitutionnels s'installent aux Feuillants. Parmi les députés, seuls Robespierre, Anthoine, Buzot, Rœderer, Pétion et Louis Coroller du Moustoir restent aux Jacobins

Voir la fiche →
Événement
1793
24 août 1793 — Demeure de Joseph Cambon
p 71
Conventionnel, membre du Comité de Salut public, auteur du Grand livre de la dette publique ; "camboniser" était devenu synonyme de désorganiser les finances de l'État
Voir la fiche →
Événement
1792
11 décembre 1792 — Salle du Manège/Siège de la Convention nationale
p 71
Voir la fiche →
Événement
1793
10 mai 1793 — Palais des Tuileries (aile Nord, côté pavillon de Marsan)/Siège de la Convention
p 71
Voir la fiche →
Événement
1789
9 novembre 1789 — Salle du Manège/Siège de l'Assemblée Constituante (1159 membres)
p 71
Sièges successifs de l'Assemblée Constituante, de la Législative, et de la Convention jusqu'au 9 mai 1793. Par la suite, celui du Conseil des Cinq-Cents
Voir la fiche →
Événement
Événement
1790
1790 — Demeure de François Héron/Cachette de Jean-Paul Marat
p 72
Voir la fiche →
Événement
1791
17 juillet 1791 — Demeure de Maurice Duplay/Demeure de Maximilien de Robespierre
p 72
Le soir du 17 juillet 1791 est mauvais pour les républicains. La fusillade du Champ-de-Mars a fait une cinquantaine de morts parmi les pétitionnaires ; la loi martiale reste en vigueur ; les arrestations menacent. Robesp …

Le soir du 17 juillet 1791 est mauvais pour les républicains. La fusillade du Champ-de-Mars a fait une cinquantaine de morts parmi les pétitionnaires ; la loi martiale reste en vigueur ; les arrestations menacent. Robespierre a signé la pétition pour la déchéance du roi — il risque d'être pris. Jeanne-Marie Roland et son mari Jean-Marie passent à son logement de la rue de Saintonge, dans le Marais, pour lui proposer une cachette. Il est déjà parti.

Il est chez les Duplay. Maurice Duplay est menuisier-ébéniste, rue Saint-Honoré — une maison à deux pas du club des Jacobins que Robespierre fréquente assidûment depuis des mois. La famille l'installe dans une chambre simple, donnant sur la cour. Il y a là Duplay et sa femme, leurs filles — dont Éléonore, que l'entourage tient pour la compagne officieuse de l'Incorruptible.

Robespierre ne s'installe pas « pour quelques jours ». Il reste. Pendant trois ans, la maison Duplay sera son seul logement parisien. Il y reçoit des visiteurs, rédige ses discours, travaille sous le bruit des ateliers en contrebas. Les Duplay le couvent avec une dévotion qui tient autant de la conviction républicaine que de l'attachement familial.

Ces trois années voient Robespierre passer de député radical en survie à membre tout-puissant du Comité de salut public. La chambre de la rue Saint-Honoré est son ancre dans une période où tout le reste — les institutions, les alliances, les têtes — change sans cesse. Le 9 Thermidor an II — 27 juillet 1794 —, il quitte la maison Duplay pour se rendre à la séance de la Convention. Il ne revient pas. Arrêté dans la soirée, il est guillotiné le lendemain place de la Révolution.

La maison des Duplay a depuis disparu. Une plaque marque aujourd'hui l'emplacement de la porte où il était entré, ce soir de juillet 1791, en fuyard.

Voir la fiche →
Événement
1789
13 juillet 1789 — Hôtel de Ville
p 77
Le 13 juillet 1789, Paris décide de s'armer — mais seuls prendront le fusil ceux qui ont de quoi se le payer. Depuis la veille, la ville est à cran. Necker renvoyé, les régiments du roi campent aux portes de la capitale, …

Le 13 juillet 1789, Paris décide de s'armer — mais seuls prendront le fusil ceux qui ont de quoi se le payer.

Depuis la veille, la ville est à cran. Necker renvoyé, les régiments du roi campent aux portes de la capitale, on pille les armuriers, on force les barrières de l'octroi. À l'Hôtel de Ville, sur la place de Grève, le comité permanent des électeurs — avocats, marchands, notables du Tiers — siège sans désemparer. Ce 13 juillet, il décrète la levée d'une milice bourgeoise : quarante-huit mille hommes, huit cents par district, pour les soixante districts de Paris.

Le mot n'est pas choisi au hasard. On n'y enrôle pas n'importe qui. La milice se recrute parmi les citoyens domiciliés, connus, solvables — ceux qui peuvent s'équiper à leurs frais. Les gens sans aveu, les vagabonds, les pauvres qui ont justement grossi les émeutes de la veille en sont écartés. Car cette force doit parer deux dangers à la fois : l'armée du roi, certes, mais aussi la rue elle-même. Il s'agit de tenir Paris, de protéger les propriétés, d'empêcher le pillage. La bourgeoisie s'arme autant contre le trône que contre le peuple qui vient de lui entrouvrir les portes du pouvoir.

Reste à se reconnaître entre soi. La veille, au Palais-Royal, Camille Desmoulins avait épinglé une feuille verte à son chapeau — le vert de l'espérance, vite abandonné : c'était aussi la livrée du comte d'Artois, frère du roi. On lui préfère le rouge et le bleu, les couleurs de la ville. Deux jours plus tard, le 15 juillet, La Fayette est acclamé à l'Hôtel de Ville commandant de cette force, rebaptisée Garde nationale ; le même jour, Bailly devient maire. Le 17, quand Louis XVI vient à l'Hôtel de Ville reconnaître la Révolution, La Fayette glisse le blanc royal entre les deux couleurs parisiennes : la cocarde tricolore est née.

L'adjectif, lui, restera collé à l'institution. Garde bourgeoise elle naît, garde bourgeoise elle reste. En juin 1848, sur les barricades des faubourgs de l'est, cette même Garde nationale — la bourgeoisie sous les armes — marchera contre les ouvriers parisiens insurgés, épisode que Marx analyse dans Les Luttes de classes en France. Le fusil que 1789 avait réservé aux propriétaires n'avait pas changé de camp.

Quant au vieil Hôtel de Ville Renaissance de la place de Grève, où tout s'était décidé, il flamba le 24 mai 1871, incendié pendant la Semaine sanglante par les fédérés de la Commune — c'est-à-dire par la Garde nationale elle-même, passée cette fois du côté du peuple. Le bâtiment que l'on voit aujourd'hui n'en est que la reconstruction, relevée la décennie suivante.

Voir la fiche →
Événement
1789
14 juillet 1789 — Prison de la Bastille
p 77 & 79-80
On imagine une foule courant délivrer des captifs ; elle courait surtout après de la poudre. Le 14 juillet 1789, Paris est déjà en armes. Depuis le renvoi de Necker, la ville s'est soulevée ; au matin, la foule a forcé l …

On imagine une foule courant délivrer des captifs ; elle courait surtout après de la poudre.

Le 14 juillet 1789, Paris est déjà en armes. Depuis le renvoi de Necker, la ville s'est soulevée ; au matin, la foule a forcé l'hôtel des Invalides et raflé près de trente mille fusils. Mais un fusil sans poudre ne vaut guère mieux qu'un gourdin — et de poudre, justement, il n'y en a presque plus. Or tout le monde sait où trouver le reste : à la Bastille.

Car la vieille forteresse ne renferme pas que sept prisonniers. Quelques jours plus tôt, on avait vidé les réserves de l'Arsenal, tout proche, pour les mettre à l'abri derrière ses murs : environ deux cent cinquante barils de poudre, transférés sur ordre du lieutenant du roi. Voilà le vrai butin. Ce 14 juillet, la foule ne marche pas sur la Bastille pour délivrer des captifs — ils ne sont que sept, quatre faussaires, deux déments et un noble débauché — mais pour mettre la main sur sa poudrière.

Au bout de la rue Saint-Antoine, la forteresse dresse ses huit tours. Le gouverneur, Bernard-René de Launay, ne dispose que d'une garnison maigre : quelques dizaines d'invalides et une poignée de Suisses du régiment de Salis-Samade, sous les ordres du lieutenant Louis de Flue. On parlemente : l'électeur Thuriot est reçu dans la cour, en ressort bredouille. Vers midi, des assaillants tranchent les chaînes du pont-levis et se ruent dans la première cour ; la fusillade éclate. Le siège s'enlise, jusqu'à ce que des Gardes françaises passés à l'insurrection arrivent en renfort avec cinq canons braqués sur la porte. Devant l'artillerie, Launay capitule en fin d'après-midi. L'assaut aura coûté environ quatre-vingt-dix-huit morts aux assaillants.

Le reste est connu : Launay traîné jusqu'à l'Hôtel de Ville et massacré, sa tête promenée au bout d'une pique ; les sept prisonniers portés en triomphe, un peu ahuris ; la poudre enfin distribuée. Ceux qui se sont battus sont, pour l'essentiel, des gens du faubourg Saint-Antoine, à deux pas — artisans du bois, ouvriers : sur les 954 « vainqueurs de la Bastille » que l'Assemblée reconnaîtra officiellement l'année suivante, près de sept sur dix sont des travailleurs du quartier.

Ce sont eux qui ont pris la forteresse ; ce ne sont pas tout à fait eux qui en récolteront les fruits. Dès le lendemain, le comité bourgeois installé à l'Hôtel de Ville encadre ce peuple en armes — milice bourgeoise, La Fayette — pour tenir la rue autant que pour faire face au roi. Mais ce 14 juillet, c'est le faubourg qui a parlé.

De la Bastille elle-même, il ne reste presque rien : dès l'été, l'entrepreneur Palloy la démolit pierre à pierre. Aujourd'hui, une ligne de pavés plus clairs dessine son contour sur la place et en travers de la rue Saint-Antoine ; le seul vrai vestige, la base d'une tour dite « de la Liberté », a été exhumé lors du creusement du métro en 1899 et remonté dans le square Henri-Galli, près du boulevard Henri-IV. Quant à la colonne qui domine la place, elle ne célèbre pas 1789 : elle porte les morts d'une autre révolution, celle de 1830.

Voir la fiche →
Événement
1871
24 mai 1871 — Hôtel de Ville
p 83
Incendie de l'Hôtel de Ville à l'initiative de Jean-Louis Pindy (Pendy). Il y aura 238 bâtiments incendiés en tout à Paris pendant la Semaine sanglante
Voir la fiche →
Événement
1533
13 juillet 1533 — Hôtel du Boccador/Hôtel de Ville
p 83
Le 15 juillet 1533, sur la place de Grève, une truelle d'argent scelle la première pierre du futur Hôtel de Ville — tenue non par le roi, quoi qu'en disent les tableaux, mais par un magistrat en robe. Ce jour-là, la plac …

Le 15 juillet 1533, sur la place de Grève, une truelle d'argent scelle la première pierre du futur Hôtel de Ville — tenue non par le roi, quoi qu'en disent les tableaux, mais par un magistrat en robe.

Ce jour-là, la place de Grève est en fête. Fifres, tambourins, trompettes et clairons ; l'artillerie tonne à plusieurs dizaines de reprises ; les cloches de Saint-Jean-en-Grève, du Saint-Esprit et de Saint-Jacques-la-Boucherie sonnent à toute volée. Le vin coule sur le pavé de sable, et la foule crie « Vive le roi et messieurs de la ville ». Au centre du tumulte, Pierre Viole, prévôt des marchands, et les quatre échevins — Gervais Larcher, Jacques Boursier, Claude Daniel et Jean Barthélemy — s'avancent, chacun une truelle d'argent à la main. Ils étendent le sable et la chaux sur une pierre qui recouvre une plaque de cuivre gravée : au milieu les armes de France, de part et d'autre celles de la Ville, et une inscription latine qui fixe la date.

Le roi, lui, n'y est pas. C'est là toute l'ironie de la scène. Trois siècles plus tard, le peintre Frédéric Yvon représentera François Ier posant la première pierre de l'Hôtel de Ville — toile que conserve aujourd'hui le Petit Palais, avec une variante au musée Carnavalet. La Ville a préféré l'image du souverain à celle de ses propres magistrats. Mais la pierre fut posée par le prévôt des marchands et ses échevins : l'acte fondateur d'un hôtel de ville est d'abord un acte municipal.

Pourquoi ce chantier ? Depuis 1357, l'administration parisienne siégeait dans la Maison aux Piliers, sur la Grève, acquise par le prévôt Étienne Marcel. Deux siècles plus tard, la bâtisse menaçait ruine. En 1529, les officiers municipaux obtiennent de François Ier l'autorisation d'élever à la place un véritable palais Renaissance. Les plans reviennent à l'Italien Dominique de Cortone, dit Boccador — surnom qu'on lui prête pour sa barbe blonde —, la maîtrise d'œuvre étant partagée avec le Parisien Pierre Chambiges. Un palais à l'italienne au bord de la Seine : l'ambition était neuve.

Elle fut lente à se réaliser. Viole, ses échevins, Boccador : tous moururent bien avant de voir l'édifice achevé. Il fallut près d'un siècle. L'aile sud s'éleva sous François Ier et ses successeurs ; l'aile nord ne fut terminée que vers 1628, sous Louis XIII. Un hôtel de ville qui met quatre-vingt-quinze ans à sortir de terre en dit long sur la patience des bâtisseurs — et sur les finances de la Ville.

Il n'en reste rien. Le 24 mai 1871, dans les derniers jours de la Commune, les communards incendient l'Hôtel de Ville tandis que les troupes versaillaises reprennent Paris quartier par quartier. Le palais de Boccador brûle avec ses archives et sa bibliothèque. On le reconstruira de 1873 à 1882, à l'identique mais agrandi, sous la direction de Théodore Ballu et Édouard Deperthes. L'édifice que l'on admire aujourd'hui est cette réplique tardive : la pierre de Viole et sa plaque de cuivre ont disparu dans les flammes.

Reste le nom du sol. On appelait cet endroit la Grève — une plage de sable et de gravier au bord du fleuve, où les sans-travail venaient guetter l'embauche, d'où nos expressions « être en grève », « faire grève ». Rebaptisée place de l'Hôtel-de-Ville en 1803, la Grève avait été tour à tour port, lieu de fête et lieu de supplices. Que ce théâtre du pouvoir municipal ait fini réduit en cendres par une insurrection ouvrière n'aura pas échappé à Marx : dans La Guerre civile en France, il fait de la Commune la tentative de la classe ouvrière de reprendre à son compte une machine d'État jusque-là dressée contre elle.

Voir la fiche →
Événement
1310
31 mai 1310
p 83
Première exécution en place de Grève, de Marguerite Porete dite "la Porette" ; au pied de la croix érigée sur 8 marches devant la Maison aux Piliers
Voir la fiche →
Événement
1871
1871 — Parc Monceau/Vestiges du Boccador
p 84
Arcade de l'Hôtel de Ville reconstituée près de la Naumachie du parc Monceau
Voir la fiche →
Événement
1792
3 septembre 1792 — Prison de la Force/Grande Force (à partir de 1780)/Massacres de Septembre
p 84-86
Voir la fiche →
Événement
1792
3 septembre 1792 — Sacristie de l'église St Paul-St Louis/Dépôt des innocents/Massacres de Septembre
p 84-86
Refuge des personnes sortant acquittées de la prison de la Force, rescapées des Massacres de Septembre
Voir la fiche →
Événement
1867
1867 — Hôtel d'Angoulême/Hôtel de Lamoignon/Demeure d'Alphonse Daudet
p 86
Voir la fiche →
Événement
1806
10 mars 1806 — Demeure de François Tronchet (à partir de 1784)
p 86
Mort de François Tronchet, avocat de Louis XVI ; également un des rédacteurs du Code civil
Voir la fiche →
Événement
1785
1785 — Prison de la Petite Force (pan de mur au n° 22)
p 86 & 110
Voir la fiche →
Événement
1794
15 octobre 1794 — Prison de St Lazare (dite alors Lazare)
p 88-89
Voir la fiche →
Événement
1792
2 septembre 1792 — Église St Paul-St Louis
p 88
Plaque aux "glorieuses victimes massacrées en haine de la foi", commémorant les massacres de septembre
Voir la fiche →
Événement
1789
4 juillet 1789 — Prison de la Bastille
p 88-89
Le 2 juillet 1789, le marquis de Sade se poste à la fenêtre de sa cellule dans la tour Liberté, sixième étage, et harangue le faubourg Saint-Antoine à travers un entonnoir de tôle qu'il a fabriqué lui-même. Sa voix porte …

Le 2 juillet 1789, le marquis de Sade se poste à la fenêtre de sa cellule dans la tour Liberté, sixième étage, et harangue le faubourg Saint-Antoine à travers un entonnoir de tôle qu'il a fabriqué lui-même. Sa voix porte loin. Il crie que l'on égorge les détenus à l'intérieur. Le quartier s'agite. Les passants s'arrêtent. Le gouverneur Bernard-René Jordan de Launay, affolé, écrit dans la journée au ministre : il faut transférer « cet être qu'on ne peut soumettre » sans délai.

Le 4 juillet, Sade doit partir. Il est à la Bastille depuis cinq ans, transféré là depuis Vincennes en 1784 par lettre de cachet signée de Louis XVI, sur plainte de sa belle-mère. Cinq ans qu'il a mis à profit : des centaines de volumes dans sa cellule, des manuscrits, des cahiers. Et dissimulé dans une fente du mur, un rouleau de papier d'une douzaine de mètres : Les Cent Vingt Journées de Sodome, rédigé en minuscules caractères sur des feuilles collées bout à bout.

On lui laisse peu de temps pour rassembler ses affaires. Le rouleau reste dans le mur.

Sade est conduit à Charenton, maison de santé tenue par les frères de la Charité, au bord de la Marne. Il écrira plus tard avoir pleuré « des larmes de sang » sur ce manuscrit qu'il croit perdu à jamais. Il passera vingt-cinq ans à Charenton, où le père de Coulmiers, directeur bienveillant convaincu des vertus thérapeutiques du spectacle, lui laissera organiser des représentations théâtrales avec les pensionnaires — des mises en scène qui feront scandale dans tout Paris.

Dix jours après le transfert, le 14 juillet, la Bastille tombe. La foule envahit les cellules, pille les salles, fouille les recoins. Dans la cellule du sixième étage, quelqu'un trouve le rouleau. Launay, lui, est tué par la foule dans la journée — celui qui avait signé l'ordre de transfert.

Le manuscrit passe de mains en mains — collectionneurs, marchands, bibliophiles à travers l'Europe — avant d'être publié pour la première fois en 1904, à Berlin, par un psychiatre allemand. Sade était mort en 1814 en demandant dans son testament que les traces de sa tombe « disparaissent de dessus la surface de la terre ». Les Cent Vingt Journées, elles, ne disparaissent pas.

Voir la fiche →
Événement
1792
5 septembre 1792 — Église des Capucines/Section de la place Vendôme/Section des Piques
p 88-89
L'auteur de Justine rédigeait des pétitions pour sa section révolutionnaire dans le même immeuble où habitait Robespierre. À partir du 5 septembre 1792, le citoyen Sade, homme de lettres, est secrétaire de la Section des …

L'auteur de Justine rédigeait des pétitions pour sa section révolutionnaire dans le même immeuble où habitait Robespierre.

À partir du 5 septembre 1792, le citoyen Sade, homme de lettres, est secrétaire de la Section des Piques, anciennement section de la place Vendôme, dont elle vient de changer le nom en hommage à l'arme des sans-culottes. C'est l'une des sections révolutionnaires de Paris qui compte parmi ses membres le citoyen Robespierre. Sade sera élu président de la section en juillet 1793.

Le Marquis de Sade, né en 1740, avait passé une grande partie de sa vie en prison ou à l'asile : à Vincennes et à la Bastille, où il avait composé ses œuvres les plus scandaleuses, dont "Les 120 journées de Sodome", rédigées sur un rouleau de papier caché dans les murs de sa cellule. Libéré en 1789, peu avant la prise de la Bastille, il se retrouva dans une République naissante qui confondait liberté des mœurs et liberté politique, et il s'y engagea avec un zèle que ses biographes n'ont pas toujours su comment qualifier.

À la Section des Piques, Sade rédige des discours, des adresses, des pétitions. On connaît huit textes imprimés et un manuscrit de sa main. Le 15 novembre 1793, il est l'auteur d'une pétition anti-religieuse adressée aux représentants du peuple, demandant l'établissement d'un culte de la Raison en remplacement du "charlatanisme religieux" : le texte, conservé à Gallica, révèle un Sade parfaitement intégré au vocabulaire révolutionnaire de l'époque, plus proche des hébertistes que des robespiérristes sur la question de la religion.

Le paradoxe est vertigineux. L'homme dont les œuvres célébraient la violence, la domination et l'avilissement des corps se retrouve à rédiger des pétitions humanistes et à administrer les affaires d'une section populaire. Un paradoxe qui a sa logique : Sade avait haï la monarchie et l'Église autant que quiconque, et la Révolution lui offrait pour la première fois la possibilité d'exister comme citoyen ordinaire plutôt que comme prisonnier ou scandale de salon.

En décembre 1793, la Terreur le rattrape. Appelé à siéger dans un tribunal révolutionnaire, il refuse de signer des actes de condamnation. La chose lui sera reprochée : arrêté comme "modéré" par les robespiérristes, il est incarcéré et faillit périr sur l'échafaud. Il ne fut sauvé que par la chute de Robespierre au 9 thermidor. Il mourut en 1814 dans l'asile de Charenton, où il continuait à écrire des pièces de théâtre jouées par les pensionnaires de l'établissement.

Voir la fiche →
Événement
1709
1709 — Église St Paul-St Louis (de 1641)/Premier grand dôme parisien
p 88
Voir la fiche →
Événement
1789
15 juillet 1789 — Prison de la Bastille
p 90
Il n'a pas pris la Bastille : il l'a vendue, pierre par pierre. Dès le lendemain de la prise, un entrepreneur en bâtiment de trente-quatre ans s'installe sur le chantier le plus convoité de Paris. Pierre-François Palloy …

Il n'a pas pris la Bastille : il l'a vendue, pierre par pierre.

Dès le lendemain de la prise, un entrepreneur en bâtiment de trente-quatre ans s'installe sur le chantier le plus convoité de Paris. Pierre-François Palloy n'a pas attendu qu'on le lui demande : il a lancé ses hommes sur les tours dès le soir du 14 juillet, et se fait confirmer l'adjudication deux jours plus tard. Jusqu'à sept cents ouvriers y travailleront, quatre-vingt-seize semaines durant — la démolition ne s'achèvera qu'au printemps 1791.

Palloy a compris avant tout le monde ce que vaut un tas de gravats chargé de symbole. Il se rebaptise « Palloy le Patriote » et transforme le chantier en entreprise. On visite, contre paiement, les cachots qu'il a garnis de chaînes et d'ossements ; on repart avec un souvenir. Surtout, il fait tailler dans les blocs de la forteresse des Bastilles miniatures — de véritables maquettes de pierre — qu'il expédie à chacun des quatre-vingt-trois départements, ne réclamant, dit-il, que le remboursement du port. À l'automne 1790, deux cent quarante-six caisses de reliques patriotiques partent sillonner la France.

Le reste des pierres se disperse dans Paris. Les meilleurs blocs prennent le chemin des quais : on les emploie aux parties hautes du pont Louis XVI, qu'on achève en 1791. L'intention, alors, est affichée : que le peuple, en le franchissant, « foule aux pieds » chaque jour l'ancienne forteresse.

Quant au Patriote, sa légende résiste mal à l'examen. En 1794, on l'emprisonne deux mois pour malversations. En 1814, quand les Bourbons reprennent le trône, Palloy accepte leur décoration royale — la Décoration du Lys. Le démolisseur de la Bastille finit décoré par les rois.

Le pont, lui, est toujours là — rebaptisé pont de la Concorde. Chaque jour, les députés qui gagnent le Palais-Bourbon le franchissent sans y penser : sous leurs pas, les dernières pierres de la Bastille.

Voir la fiche →
Événement
1789
15 juillet 1789 — Prison de la Bastille
p 90
Démolition de la Bastille, prise en charge, ou plutôt "en profit", par Pierre-François Palloy, qui fait sculpter des maquettes en pierre de la prison ; l'une d'elles se trouve aujourd'hui au musée Carnavalet
Voir la fiche →
Événement
1792
13 août 1792 — Tour de la prison du Temple/Donjon du Temple
p 92 & 109
Trois jours après la prise des Tuileries, le roi de France entra dans une prison dont il ne sortirait que pour monter à l'échafaud. Le 13 août 1792, Louis XVI, Marie-Antoinette, leur fille Marie-Thérèse, leur fils le dau …

Trois jours après la prise des Tuileries, le roi de France entra dans une prison dont il ne sortirait que pour monter à l'échafaud.

Le 13 août 1792, Louis XVI, Marie-Antoinette, leur fille Marie-Thérèse, leur fils le dauphin Louis-Charles, et Madame Élisabeth, sœur du roi, furent conduits au Temple, dans le 3e arrondissement. L'enclos du Temple était un vaste domaine qui avait appartenu à l'ordre des chevaliers du Temple puis aux chevaliers de Malte. Il comprenait un palais et une tour médiévale massive.

La famille fut d'abord logée dans le palais du prieur, jugé trop confortable. Quelques semaines plus tard, elle fut transférée dans la tour du Temple elle-même, dite le donjon : un édifice austère, aux fenêtres barricadées, entouré d'un mur supplémentaire que Pierre-François Palloy, l'homme qui avait démoli la Bastille, fut chargé de construire. Santerre commandait la garde.

Louis XVI fut exécuté place de la Révolution le 21 janvier 1793. Marie-Antoinette fut transférée à la Conciergerie en août 1793, jugée par le Tribunal révolutionnaire, et guillotinée le 16 octobre 1793. Madame Élisabeth fut guillotinée le 10 mai 1794. Le dauphin Louis-Charles, emprisonné seul dans sa cellule à partir de juillet 1793, mourut de maladie à la tour du Temple le 8 juin 1795, à dix ans. Sa sœur Marie-Thérèse fut la seule à survivre.

La tour du Temple fut démolie en 1811 sur ordre de Napoléon, qui craignait qu'elle ne devienne un lieu de pèlerinage royaliste.

Voir la fiche →
Événement
1790
14 juillet 1790
p 97
Des délégations des départements viennent prêter serment de fidélité à la Nation. Talleyrand, chargé de dire la messe sur "l'Autel de la Patrie", aurait demandé à son assistant : "surtout, ne me faites pas rire"
Voir la fiche →
Événement
1791
17 juillet 1791
p 97-98
Répression de la manifestation des Cordeliers par une fusillade qui fait 50 morts ; le drapeau rouge est alors celui de la loi martiale
Voir la fiche →
Événement
1793
1793 — Maison de santé de Jacques Belhomme (fondée en 1768)
p 99
Voir la fiche →
Événement
1794
14 juin 1794 — Cimetière de Picpus
p 100
Charnier des 1306 condamnés guillotinés place du trône renversé, dont les carmélites de Compiègne
Voir la fiche →
Événement
1794
1794 — Maison de santé d'Eugène Coignard (ancien couvent)
p 100
Voir la fiche →
Événement
1794
25 mars 1794 — Charnier ou cimetière des Errancis
p 101
À partir du 25 mars 1794, les corps des guillotinés de la place de la Révolution sont portés rue de Monceau, dans un terrain vague qu'on appelle le cimetière des Errancis. Ils y seront 1119 en tout, jusqu'en 1797. La lis …

À partir du 25 mars 1794, les corps des guillotinés de la place de la Révolution sont portés rue de Monceau, dans un terrain vague qu'on appelle le cimetière des Errancis. Ils y seront 1119 en tout, jusqu'en 1797.

La liste est vertigineuse. Les hébertistes d'abord, exécutés le 24 mars — Hébert, Ronsin, Vincent, Momoro, Cloots. Puis Danton, Desmoulins et leurs amis, en avril. Puis Lavoisier et les fermiers généraux, en mai. Puis Robespierre, Saint-Just et Couthon, en thermidor. Bourreaux et victimes finissent dans le même charnier, pêle-mêle, chaulés ensemble dans des fosses communes. La Terreur ne fait pas de distinction dans la mort.

Le cimetière des Errancis n'avait rien de solennel. Pas de pierre, pas de monument, pas de nom sur les tombes — juste la terre et la chaux. C'était le pendant discret de la guillotine publique : l'exécution se faisait en spectacle place de la Révolution, l'enfouissement se faisait en silence, la nuit, dans ce terrain à l'écart de la ville.

En 1797, le cimetière est fermé. Les ossements sont transférés aux Catacombes. Le terrain est progressivement absorbé par le tissu urbain, puis par le parc Monceau. Il n'en reste rien de visible aujourd'hui — pas de plaque, pas de mémorial. Quelque part sous les pelouses du 8e arrondissement, dans la terre, les révolutionnaires et leurs victimes reposent ensemble.

Voir la fiche →
Événement
1794
25 mars 1794 — Charnier ou cimetière des Errancis
p 101
Voir la fiche →
Événement
Événement
1795
12 juin 1795 — Cimetière Ste Marguerite (appartenant à l'ex prieuré du Bon Secours)/Tombe de Louis XVII (présumée)
p 101
Voir la fiche →
Événement
1792
Événement
1792
1792 — Cimetière de la Madeleine
p 102
Chapelle expiatoire de 1816, sur l'emplacement du charnier des exécutions de la Concorde
Voir la fiche →
Événement
1804
27 février 1804 — Lieu de l'arrestation du général Pichegru
p 108
Arrestation de Pichegru, impliqué dans la conjuration de Cadoudal, dénoncé par un indicateur infiltré dans le complot qui l'hébergeait
Voir la fiche →
Événement
1789
1789 — Demeure de Romain de Sèze
p 108
Voir la fiche →
Événement
1778
1778 — Demeure d'Élisabeth Vigée-Lebrun
p 108
Voir la fiche →
Événement
1796
9 mars 1796 — Hôtel de Mondragon/Ancienne mairie du 2ème arrondissement
p 108
Voir la fiche →
Événement
1793
21 janvier 1793 — Rue des Degrés
p 108
Tentative d'enlèvement de Louis XVI pour le soustraire à la guillotine, par 25 conjurés, alors que d'autres étaient prévus mais avaient été "empêchés" suite à des indiscrétions suivies d'arrestations. Six seront sabrés. …

Tentative d'enlèvement de Louis XVI pour le soustraire à la guillotine, par 25 conjurés, alors que d'autres étaient prévus mais avaient été "empêchés" suite à des indiscrétions suivies d'arrestations. Six seront sabrés. Batz parviendra à s'enfuir

Voir la fiche →
Événement
Événement
1789
Événement
1789
13 juillet 1789 — Demeure d'Edmond Louis Alexis Dubois-Crancé (de 1784 à 1799)
p 109
Voir la fiche →
Événement
Événement
1793
1793 — Couvent des Madelonnettes (vestige : pan de mur)
p 109
Voir la fiche →
Événement
1789
22 juillet 1789 — Lanterne du coin du roi/Lanterne de la Grève/Épicerie Delanoué
p 110
Voir la fiche →
Événement
1791
1791 — Demeure de Charles Barbaroux
p 111
Demeure du député Girondin, leader des Marseillais, élu à la l'Assemblée Législative, qui inspira le geste de Charlotte Corday ; il s'opposait aux "lois attentatoires à la propriété"
Voir la fiche →
Événement
1791
1791 — Demeure et imprimerie de Restif de la Bretonne
p 111
Imprimerie de Nicolas Edme Restif de la Bretonne, le "Rousseau du ruisseau", auteur du "Paysan perverti"
Voir la fiche →
Événement
1791
2 avril 1791 — Église Ste Geneviève/Le Panthéon/Temple de la Mémoire
p 111
Voir la fiche →
Événement
Événement
1794
Événement
1793
5 octobre 1793 — Demeure de Fabre d'Églantine
p 116
Adoption du calendrier révolutionnaire. Il sera utilisé jusqu'en décembre 1805, Napoléon rétablissant le calendrier grégorien à partir du 1er janvier 1806
Voir la fiche →