Au cœur du quartier Latin, entre l'actuelle rue de l'École de Médecine et la rue Racine, le couvent des Cordeliers est l'un des sites les plus chargés de Paris. Fondé dès 1230 par les Franciscains — les « cordeliers », ainsi surnommés pour la corde qu'ils portent à la ceinture — le complexe abrite une église si vaste qu'elle passe pour la plus grande de Paris après Notre-Dame. Lieu de réunions de l'Université depuis le Moyen Âge, il accueille en 1356–1357 les états généraux de langue d'Oïl convoqués dans la tourmente de la guerre de Cent Ans, où Robert Le Coq et les bourgeois de Charles V le Sage tentent d'arracher des réformes à la monarchie captive de Jean II le Bon. En 1651, la Fronde y fait de même : la noblesse s'y rassemble autour du Grand Condé contre Mazarin.
Sous les Lumières, le réfectoire et les salles du cloître se reconvertissent en ateliers savants : Edme Verniquet y installe ses équipes pour dresser le premier plan cadastral précis de Paris, et le Musée de Paris d'Antoine Court de Gébelin y tient séance. Mais c'est la Révolution qui métamorphose définitivement les lieux. Dès 1790, l'église désaffectée devient le repaire du Club des Cordeliers, fondé par Danton, Camille Desmoulins, Hébert, Legendre et leurs amis. C'est ici qu'Antoine-François Momoro lance la devise « Liberté, Égalité, Fraternité » en 1791 ; que le club est le premier à réclamer la République à l'Assemblée constituante ; que Marat fait tourner l'une de ses imprimeries clandestines, puis repose dans le jardin après son assassinat en 1793. En mars 1794, l'église voit son ultime convulsion : Carrier, Hébert, Ronsin, Vincent et Momoro y appellent à la « sainte insurrection » contre la Convention. Ils seront arrêtés quelques jours plus tard et guillotinés, emportant avec eux le club le plus radical de la Révolution.
- 1230 — XVIIIe siècle Couvent et église des Franciscains (Cordeliers) ; l'un des principaux lieux de réunion de l'Université de Paris
- 1356 — 1357 Siège des états généraux de langue d'Oïl (guerre de Cent Ans)
- 1775 — 1785 Bureaux du plan Verniquet et salle du Musée de Paris
- 1790 — 1794 Siège du Club des Cordeliers, puis casernement des Volontaires marseillais et section du Théâtre Français
- Depuis le XIXe siècle Réfectoire gothique conservé, intégré à la faculté de Médecine de Paris
Il subsiste aujourd'hui le grand réfectoire gothique du XIVe siècle, intégré aux bâtiments de l'ancienne faculté de Médecine (aujourd'hui Université Paris-Cité). Classé monument historique, il accueille des expositions temporaires et peut se visiter à l'occasion des Journées du patrimoine. Les graffitis révolutionnaires gravés sur les contreforts restent visibles pour qui sait les chercher.