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24 septembre 1941
Événement

Bernard Faÿ installe un "Musée des Sociétés secrètes" antimaçonnique à la Bibliothèque nationale sous l'Occupation

Bibliothèque nationale/Musée des Sociétés secrètes
Bernard Faÿ installe un "Musée des Sociétés secrètes" antimaçonnique à la Bibliothèque nationale sous l'Occupation
Photographie publiée dans le journal collaborationniste //Paris-soir// lors de la nomination de Bernard Faÿ comme « administrateur de la Bibliothèque nationale à la place du fuyard israélite Julien Cain » (12 août 1940). BnF.

À la Bibliothèque nationale, dont le personnel juif vient d'être révoqué, un universitaire collaborateur ouvre un musée de propagande antimaçonnique : la salle de lecture devient une vitrine de l'idéologie nazie.

Bernard Faÿ est administrateur général de la Bibliothèque nationale depuis 1940 : nommé par Vichy pour remplacer Julien Cain, que le régime a révoqué et qui sera déporté en Allemagne. Faÿ est un personnage singulier : historien réputé de la franc-maçonnerie américaine, américaniste reconnu, ancien professeur au Collège de France, catholique intégriste. Il est aussi l'un des principaux animateurs de la persécution antimaçonnique sous Vichy.

Avant même de prendre la tête de la BNF, Faÿ avait été chargé par Vichy d'un "service des sociétés secrètes" destiné à recenser, surveiller et dénoncer les francs-maçons. Ce service dispose des archives saisies dans les loges maçonniques pillées par les Allemands. Il en tire des listes de noms, qui servent à révoquer des milliers de fonctionnaires maçons. Beaucoup seront ensuite arrêtés et déportés.

Le 24 septembre 1941, un service de propagande antimaçonnique s'installe dans les locaux de la Bibliothèque nationale, au 58 de la rue de Richelieu. Il prend le nom de "Musée des Sociétés secrètes." L'institution de conservation du patrimoine national devient un instrument de propagande idéologique. Le personnel juif de la BNF a été révoqué dans les semaines précédentes, en application des lois de Vichy sur le statut des Juifs. Son collaborateur principal est Ernst Wermke, expert nazi des questions maçonniques.

L'exposition présente la franc-maçonnerie comme un réseau occulte international, lié au "judéo-bolchevisme," responsable de la défaite de 1940 et de la décadence française. C'est le discours de propagande d'État depuis Berlin en 1933. C'est aussi, dans les murs d'une grande institution de la République, le discours d'un État français qui a choisi son camp.

Faÿ sera condamné à la Libération à la dégradation nationale et aux travaux forcés à perpétuité. Il s'évade en 1951 et finit ses jours en Espagne. Julien Cain, lui, revient de déportation et reprend la direction de la BNF jusqu'en 1964.