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Au 58 de la rue de Richelieu, dans le 2e arrondissement, s'élève l'un des monuments les plus chargés d'histoire de Paris. Tout commence en 1643 : le cardinal Mazarin fait construire ici un palais fastueux — le Palais Mazarin — sur les plans de François Mansart et Pierre Le Muet. Les collections royales de livres, héritières de bibliothèques constituées depuis Louis XI et François Ier, rejoignent les lieux en 1724 sous Louis XV, donnant naissance à la Bibliothèque royale. La même année, et dans les mêmes murs, la Bourse des valeurs ouvre ses portes — une cohabitation savoureuse entre le savoir et l'argent qui durera jusqu'en 1793.

Le lieu est aussi un salon. Entre 1710 et 1733, l'hôtel de Nevers attenant accueille le cercle de la marquise Anne-Thérèse de Marguenat de Courcelles, dite marquise de Lambert, qui y reçoit Fontenelle, Marivaux et Montesquieu dans ce qu'on appellera le « lambertinage » — l'art de converser avec esprit sans pédanterie. En 1789, la Révolution rebaptise la Bibliothèque royale en Bibliothèque nationale, tandis que la Bourse ferme ses portes dans la tourmente. En 1868, l'architecte Henri Labrouste couronne l'ensemble de sa célèbre salle de lecture aux voûtes de fonte et de faïence, chef-d'œuvre de l'architecture métallique que Jules Verne n'aurait pas renié.

Les hôtes illustres n'y manquent pas : le cœur de Voltaire repose dans le socle de sa statue depuis 1864 ; Lénine y vient pédaler depuis son exil parisien (1909–1912) — on lui vole son vélo — ; et en 1848, des militantes comme Eugénie Niboyet et Jeanne Deroin y tiennent des réunions féministes. Côté sombre : sous l'Occupation, Bernard Faÿ, administrateur collaborationniste, y installe un service de propagande antimaçonnique et fait révoquer le personnel juif.

Noms successifs du lieu

  • 1643 — 1724 Palais Mazarin / Hôtel de Nevers : résidences aristocratiques et premières collections
  • 1724 Installation de la Bibliothèque royale (et de la Bourse des valeurs)
  • 1789 La Bibliothèque royale devient Bibliothèque nationale
  • 1795 Accueil de l'École des langues orientales
  • 1868 Inauguration de la salle de lecture de Labrouste, apogée architectural du site
  • 1996 — aujourd'hui Site Richelieu, bibliothèque de recherche spécialisée après transfert des collections courantes à Tolbiac

Toponymie — rue de Richelieu

rue de Richelieu
Armand Jean du Plessis, cardinal, duc de Richelieu (1585-1642), prélat et homme politique français, premier ministre sous Louis XIII ; voisinage de son palais, devenu aujourd'hui le Palais Royal.
Anciens noms : rue de la Loi
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Événements à cette adresse

14 événements · 1643 — 1941
Bibliothèque nationale — Musée des Sociétés secrètes
À la Bibliothèque nationale, dont le personnel juif vient d'être révoqué, un universitaire collaborateur ouvre un musée de propagande antimaçonnique : la salle de lecture devient une vitrine de l'idéologie nazie. Bernard…

À la Bibliothèque nationale, dont le personnel juif vient d'être révoqué, un universitaire collaborateur ouvre un musée de propagande antimaçonnique : la salle de lecture devient une vitrine de l'idéologie nazie.

Bernard Faÿ est administrateur général de la Bibliothèque nationale depuis 1940 : nommé par Vichy pour remplacer Julien Cain, que le régime a révoqué et qui sera déporté en Allemagne. Faÿ est un personnage singulier : historien réputé de la franc-maçonnerie américaine, américaniste reconnu, ancien professeur au Collège de France, catholique intégriste. Il est aussi l'un des principaux animateurs de la persécution antimaçonnique sous Vichy.

Avant même de prendre la tête de la BNF, Faÿ avait été chargé par Vichy d'un "service des sociétés secrètes" destiné à recenser, surveiller et dénoncer les francs-maçons. Ce service dispose des archives saisies dans les loges maçonniques pillées par les Allemands. Il en tire des listes de noms, qui servent à révoquer des milliers de fonctionnaires maçons. Beaucoup seront ensuite arrêtés et déportés.

Le 24 septembre 1941, un service de propagande antimaçonnique s'installe dans les locaux de la Bibliothèque nationale, au 58 de la rue de Richelieu. Il prend le nom de "Musée des Sociétés secrètes." L'institution de conservation du patrimoine national devient un instrument de propagande idéologique. Le personnel juif de la BNF a été révoqué dans les semaines précédentes, en application des lois de Vichy sur le statut des Juifs. Son collaborateur principal est Ernst Wermke, expert nazi des questions maçonniques.

L'exposition présente la franc-maçonnerie comme un réseau occulte international, lié au "judéo-bolchevisme," responsable de la défaite de 1940 et de la décadence française. C'est le discours de propagande d'État depuis Berlin en 1933. C'est aussi, dans les murs d'une grande institution de la République, le discours d'un État français qui a choisi son camp.

Faÿ sera condamné à la Libération à la dégradation nationale et aux travaux forcés à perpétuité. Il s'évade en 1951 et finit ses jours en Espagne. Julien Cain, lui, revient de déportation et reprend la direction de la BNF jusqu'en 1964.

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Personnage(s) : Bernard Faÿ ·Ernst Wermke
58 rue de Richelieu — 2e arr.
Bibliothèque nationale — Musée des Sociétés secrètes
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Personnage(s) : Bernard Faÿ
58 rue de Richelieu — 2e arr.
Bibliothèque nationale
Lénine vient en vélo (qu'il s'y fait voler) travailler à la bibliothèque nationale
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Personnage(s) : Louis Roblin ·Lénine
58 rue de Richelieu — 2e arr.
Bibliothèque nationale — Salle des Imprimés
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Personnage(s) : Henri Labrouste
58 rue de Richelieu — 2e arr.
58 rue de Richelieu — 2e arr.
Hôtel Tubeuf — Palais Mazarin
Mme Récamier meurt du choléra chez sa nièce et fille adoptive
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58 rue de Richelieu — 2e arr.
58 rue de Richelieu — 2e arr.
École des Langues orientales — Local dans la Bibliothèque nationale
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Personnage(s) : Louis Langlès ·Joseph Lakanal
58 rue de Richelieu — 2e arr.
Hôtel de Nevers — Palais Mazarin — Bourse des valeurs
Fermeture de la bourse des valeurs, en même temps que 40 barrières sont incendiées. Les banquiers s'enrôlent avec leur personnel dans la garde bourgeoise ; cette révolution est évidemment la leur
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58 rue de Richelieu — 2e arr.
Hôtel de Nevers — Galerie Mansart — Galerie Mazarine — Bourse des valeurs
En instituant le monopole des agents de change sur la Bourse, Louis XV ne crée pas seulement un marché : il crée une aristocratie financière qui durera jusqu'à la fin du XXe siècle. La spéculation financière n'attend pas…

En instituant le monopole des agents de change sur la Bourse, Louis XV ne crée pas seulement un marché : il crée une aristocratie financière qui durera jusqu'à la fin du XXe siècle.

La spéculation financière n'attend pas les institutions pour exister. Avant 1724, les opérations de bourse se tiennent à Paris dans les rues, les cafés et les galeries couvertes. Les affaires de Law — la banqueroute du Système en 1720, qui avait ruiné des dizaines de milliers de Français et ébranlé la confiance dans les finances du royaume — ont laissé des traces profondes. Le pouvoir veut encadrer, réguler, contrôler.

Le 24 septembre 1724, un arrêt du Conseil du roi crée officiellement la Bourse des valeurs de Paris. Elle s'installe dans les locaux de l'Hôtel de Nevers, rue Vivienne, dans l'actuel 2e arrondissement. L'arrêt institue le monopole des agents de change : seuls des officiers royaux assermentés et nommés par le roi peuvent effectuer des transactions sur les effets publics et les actions de compagnie. Tout opérateur non agréé est un colporteur illégal.

Ce monopole crée immédiatement une caste. Les agents de change sont à la fois fonctionnaires du roi et opérateurs du marché, rémunérés par des commissions sur chaque transaction. Leur nombre est fixé à soixante par l'arrêt fondateur. Ils sont propriétaires de leur charge, qu'ils peuvent revendre à prix d'or. Cette superposition d'une institution publique et d'intérêts privés constitue l'ADN de la finance parisienne pendant deux siècles et demi.

La Révolution suspend la Bourse en 1793, au moment même où la spéculation sur les assignats bat son plein hors de toute institution. Elle réouvre sous le Directoire. Napoléon lui offre son temple : le Palais Brongniart, commandé en 1808, achevé en 1825. Le monopole des agents de change ne sera aboli qu'en 1988, lors de la grande réforme libérale de la Bourse, qui transforme les opérateurs en sociétés commerciales concurrentes. La charge d'agent de change, trois siècles d'aristocratie financière, disparaît alors définitivement.

Emplacement : dans la galerie Mansart
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Personnage(s) : Louis XV
58 rue de Richelieu — 2e arr.
Hôtel de Nevers — Bibliothèque du Roi (donnant aussi 6 rue Vivienne)
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Personnage(s) : Louis XV
58 rue de Richelieu — 2e arr.
58 rue de Richelieu — 2e arr.
58 rue de Richelieu — 2e arr.

Aujourd'hui

Le site Richelieu abrite aujourd'hui une bibliothèque de recherche spécialisée (estampes, manuscrits, cartes, monnaies, arts du spectacle), après le transfert des fonds généraux vers le site François-Mitterrand à Tolbiac. La salle de lecture de Labrouste, restaurée, peut se visiter — un éblouissement de fonte et de lumière.

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