Le boulevard Denfert-Rochereau au début du XXe siècle.
Le 6 février 1926, une soirée littéraire russe se tient au siège de l’Union des jeunes poètes, au 79 avenue Denfert‑Rochereau, dans le 14e arrondissement de Paris. Ce lieu, situé à proximité de Montparnasse, s’inscrit alors dans un quartier marqué par la présence d’artistes, d’étudiants et d’exilés venus de toute l’Europe. L’Union des jeunes poètes y organise des lectures publiques et des rencontres destinées à faire connaître la littérature russe contemporaine, dans un contexte d’émigration politique et de bouleversements post‑révolutionnaires.
Lors de ces soirées, des écrivains et poètes russes installés à Paris lisent leurs œuvres, échangent avec le public et débattent des orientations de la littérature en exil. La langue russe domine, mais certains textes sont aussi traduits ou commentés pour un public plus large. Les rencontres réunissent des auteurs déjà reconnus dans les milieux émigrés et de jeunes plumes cherchant à se faire connaître. Le 79 avenue Denfert‑Rochereau devient ainsi l’un des points de ralliement de cette vie littéraire russe de l’entre‑deux‑guerres, en complément des revues et maisons d’édition de la diaspora.
Des figures comme Nina Berberova ou Marina Tsvetaeva y sont associées, par leur proximité avec ces milieux d’exilés et par leur participation à la vie littéraire russe à Paris. Leurs œuvres, marquées par la rupture avec la Russie soviétique et par l’expérience de l’exil, résonnent particulièrement dans ces soirées où se mêlent souvenirs de la Russie perdue, interrogations politiques et recherche de nouvelles formes poétiques. Les rencontres du 79 avenue Denfert‑Rochereau témoignent ainsi de la place de Paris comme capitale culturelle de l’émigration russe dans les années 1920.