Gustave Flourens dans une réunion, Octobre 1870
Le 7 février 1870, Belleville bouillonne. À la salle de la Marseillaise, 51 rue de Flandre, une foule compacte assiste à un meeting du club, trois semaines à peine après les obsèques de Victor Noir. L’ambiance est électrique, résolument pré‑révolutionnaire. La salle porte le nom du journal de Rochefort et Millière, La Marseillaise, qui est devenu le principal porte‑voix de l’opposition radicale à l’Empire.
Sous le Second Empire, une réunion publique n’existe qu’avec la présence d’un commissaire, chargé d’écouter et, si besoin, d’interdire. Ce soir‑là, c’est le commissaire Barlet. Il entend Millière déclarer que l’Empereur est un cadavre. Pour la police, la limite est franchie : Barlet dissout la réunion. La nouvelle de l’arrestation de Rochefort met la salle en fureur.
Gustave Flourens est là. Il sort revolver et épée, déclare le commissaire « son prisonnier » et en profite pour proclamer la République. Le petit groupe sort de la salle, traverse Belleville, descend vers le canal par la rue du Faubourg‑du‑Temple. À l’initiative de Flourens on dresse une barricade : deux omnibus, des pavés, la grille d’une boutique. On relâche le commissaire, mais le ton est donné : Belleville a, pour quelques heures, repris le vieux langage des barricades.
L’officier de paix Justin Lombard arrive ensuite avec ses hommes. Il découvre trois barricades successives, dont une qu’il juge « formidable ». Les défenseurs finissent par se disperser sous les charges à l’épée et aux casse‑têtes, laissant de nombreux blessés, y compris Lombard lui‑même, officiellement frappé d’un coup de baïonnette. La nuit se conclut par des rafles et l’arrestation de tout le personnel de La Marseillaise : au total 300 personnes sont arrêtées. Flourens, Dereure et quelques autres soixante-dix prévenus sont inculpés de complot séditieux. Leur procès s'ouvre à Blois qu'en juillet. C’est un coup de semonce avant la grande rupture de 1871.