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1er juin 1885
Événement

Dans le corbillard des pauvres, Victor Hugo gagne le Panthéon, redevenu le temple des grands hommes

Église Ste Geneviève — Le Panthéon
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Le Panthéon tendu de deuil pour les funérailles de Victor Hugo, en juin 1885. Photographie anonyme, 1885 — Archives Paris révolutionnaire

Il avait demandé le corbillard des pauvres. Le 1er juin 1885, de l’Arc de triomphe au Panthéon, une foule immense accompagne Victor Hugo : c’est l’un des plus grands rassemblements de l’histoire de France.

En 1885, Victor Hugo est bien plus qu’un écrivain. L’exilé de Guernesey, l’adversaire obstiné du Second Empire, est devenu sous la Troisième République une figure de la nation, la « figure absolue du grand-père » que consacrent les manuels scolaires ; sénateur depuis 1876, il a milité pour l’amnistie des communards. Le 15 mai, il est frappé d’une congestion pulmonaire. Il meurt le 22 mai, à quatre-vingt-trois ans, dans son hôtel particulier de l’actuelle avenue Victor-Hugo. Ses derniers mots, dit la légende : « C’est ici le combat du jour et de la nuit… Je vois de la lumière noire. » Son testament est bref : « Je donne cinquante mille francs aux pauvres. Je désire être porté au cimetière dans leur corbillard. Je refuse l’oraison de toutes les églises ; je demande une prière à toutes les âmes. Je crois en Dieu. »

Paris prend le deuil. Des drapeaux tricolores cravatés de crêpe paraissent aux fenêtres ; le lendemain, dix-sept journaux parisiens sortent encadrés de noir. Le 24 mai, les députés votent des funérailles nationales par 415 voix sur 418 présents. La famille avait prévu le caveau du Père-Lachaise. Mais Anatole de La Forge propose le Panthéon, que le Second Empire avait rendu au culte, et la polémique est vive. Le gouvernement s’y rallie. L’église Sainte-Geneviève redevient, et pour de bon, le temple républicain des grands hommes : on retire le mobilier religieux, on remet au fronton l’inscription « Aux grands hommes, la Patrie reconnaissante ». La croix du dôme, elle, reste en place.

Dans la nuit du 31 mai au 1er juin, le cercueil est exposé sous l’Arc de triomphe, voilé en biais d’un crêpe noir, sur un catafalque marqué des initiales V. H., dans un décor réglé par Charles Garnier. Des cuirassiers à cheval le veillent jusqu’au matin.

Le 1er juin, à dix heures et demie, vingt et un coups de canon tonnent aux Invalides. Les représentants de l’État parlent à l’Étoile ; ceux des sociétés artistiques et des pays étrangers parleront au Panthéon : dix-neuf discours en tout. À midi quarante, le corbillard des pauvres s’ébranle. Devant lui marchent douze jeunes poètes choisis par la famille, une délégation de Besançon, sa ville natale, une délégation de la presse et quatre sociétés artistiques. Plus d’un millier de délégations se sont inscrites pour défiler. Le cortège descend les Champs-Élysées, traverse la place de la Concorde, suit les boulevards Saint-Germain et Saint-Michel, puis monte la rue Soufflot. Il n’arrive qu’à six heures vingt.

Le jour n’est pas férié, mais les écoles et les théâtres subventionnés ont fermé. La foule est immense : deux à trois millions de personnes, selon les estimations. Dans Les Déracinés, Maurice Barrès décrira ce « fleuve français » qui coula « de midi à six heures » entre les berges d’un peuple entassé « depuis le trottoir » jusqu’aux toits.

Victor Hugo repose depuis dans la crypte du Panthéon, où l’ont rejoint Alexandre Dumas et Émile Zola.

Texte rédigé avec l’aide de l’IA, relu et corrigé par la rédaction.