Benoît Malon est mort le 13 août 1893, à cinquante-deux ans, épuisé et malade, à Asnières. Ouvrier teinturier né dans le Forez en 1841, il avait appris à lire seul, s'était instruit en autodidacte, avait adhéré à la Première Internationale et s'était battu pendant la Commune en défendant le 17e arrondissement. Condamné après la Semaine sanglante, il avait été déporté en Nouvelle-Calédonie. Il revenait en France avec l'amnistie de 1880.
Le 13 septembre 1893, un mois après sa mort, ses cendres sont transférées au cimetière du Père-Lachaise, dans la 76e division, face au mur des Fédérés. L'emplacement est chargé de sens: c'est là que, le 28 mai 1871, les derniers combattants de la Commune ont été fusillés au pied du mur du cimetière. C'est là que, depuis 1880, le mouvement ouvrier parisien vient se recueillir chaque année, le dernier dimanche de mai. Enterrer Malon face à ce mur, c'est une déclaration.
Malon avait fondé en 1885 la "Revue socialiste", journal de réflexion politique et sociale qui accueillit des textes de Jaurès, de Vandervelde, et joua un rôle important dans l'élaboration du socialisme républicain français. Il était l'auteur d'une "Histoire du socialisme" en plusieurs volumes, et d'un livre fondamental sur la Commune: "La Troisième défaite du prolétariat français" (1871), qui analysait les causes de l'échec avec une lucidité que peu d'acteurs de l'événement avaient montrée à chaud.
Sa pensée était celle d'un socialisme intégral, qui voulait dépasser la question de la propriété pour transformer l'ensemble des rapports humains: économiques, moraux, culturels. Il était en correspondance avec Marx, qui reconnaissait la valeur de son travail tout en critiquant son penchant pour le socialisme éthique.
Face au mur des Fédérés, Malon est en bonne compagnie: Varlin, Vallès et des dizaines d'autres communards ont leurs tombes ou leurs plaques dans les environs. La 76e division est le quartier de la mémoire rouge de Paris. Chaque dernier dimanche de mai, on s'y rassemble encore.