La loi de Vichy du 14 août 1941 est en vigueur depuis six semaines quand la guillotine de la Santé la met en pratique : trois hommes meurent pour avoir diffusé des tracts.
Le 14 août 1941, le gouvernement de Vichy promulgue une loi sur "l'activité communiste et anarchiste" qui institue des peines allant jusqu'à la mort pour tout militant pris en flagrant délit de propagande. Les tribunaux sont spéciaux, les procédures accélérées, les droits de la défense réduits au minimum. L'occupant allemand avait demandé à Vichy un instrument juridique pour réprimer la résistance communiste sans avoir à se salir directement les mains ; Vichy s'exécute.
Le Tribunal spécial de la Seine est la juridiction d'exception qui applique cette loi dans la capitale. Il siège au Palais de Justice. Ses jugements sont rapides. La peine de mort pour un tract, une réunion clandestine, la possession d'un journal interdit, est prononcée avec une régularité bureaucratique.
Le 23 septembre 1941, trois militants sont guillotinés à la prison de la Santé, 42 rue de la Santé, dans le 14e arrondissement, en application de condamnations de ce tribunal. Leur crime officiel : "propagande communiste." Ils font partie du flux continu de militants que la répression vichyste exécute cet automne 1941, au moment même où les Bataillons de la Jeunesse mènent leurs premières actions armées dans Paris, et où l'occupant commence à fusiller des otages en représailles.
La prison de la Santé est en cela un lieu d'une cohérence sinistre : construite en 1867, elle a servi à enfermer les Communards, les anarchistes, les militants ouvriers de toutes tendances. Sous l'Occupation, elle est le terminus d'une chaîne d'arrestations, de tortures, de jugements expéditifs. Les exécutions y ont lieu à l'aube, dans la cour, à l'abri des regards.
La loi du 14 août 1941 sera l'un des textes retenus comme preuves de la collaboration active de Vichy avec la politique répressive nazie lors des procès de l'épuration. Elle avait pour objet officiel de "protéger l'État" ; elle eut pour résultat de livrer des centaines de résistants à la guillotine.