En 1668, une lettre de cachet fait enfermer Eustache Dauger de Cavoye à Saint-Lazare, au faubourg Saint-Denis. Officier aux gardes françaises, il a tué un page près du château de Saint-Germain-en-Laye en 1665 et a dû vendre sa charge ; sa mère l’avait déjà écarté de sa succession au profit de son jeune frère Louis, l’ami d’enfance du roi. C’est la famille qui obtient l’internement ; Eustache en accuse son frère et leur beau-frère Clérac.
L’ancienne léproserie appartient depuis janvier 1632 aux prêtres de la Mission de Vincent de Paul. Elle sert aussi de maison de correction : on y enferme, sans procès, les fils de famille qui font honte aux leurs. Dans Manon Lescaut (1731), l’abbé Prévost y fait enfermer le chevalier des Grieux, qui s’en évade un pistolet à la main ; Beaumarchais y passera cinq ou six jours en mars 1785.
Le 20 juin 1678, Eustache écrit à sa sœur, la marquise de Fabrègues, qu’il est captif depuis plus de dix ans et la supplie d’intervenir. Le 17 août, une lettre du roi au supérieur lui interdit de communiquer avec quiconque, sa sœur comprise, hors de la présence d’un prêtre de la Mission. Il meurt à Saint-Lazare dans les années 1680.
Publiées par Georges Mongrédien en 1953, ses lettres ont ruiné la thèse de Maurice Duvivier qui, en 1932, faisait de lui l’homme au masque de fer : à la même date, le prisonnier « Eustache Dauger » que Saint-Mars garde depuis 1669 est valet de Fouquet à Pignerol. De l’enclos ne restent que l’infirmerie et la chapelle bâties par Baltard en 1834 ; la médiathèque Françoise-Sagan occupe l’infirmerie depuis 2015.
Texte rédigé avec l’aide de l’IA, relu et corrigé par la rédaction.