Beaumarchais est enfermé quelques jours à St Lazare, afin de l'humilier, par rancune de Louis XVI à propos du Mariage de Figaro. Le bruit courra qu'il a été fouetté. Beaumarchais en sort brisé
La veille, le 6 mars 1785, Beaumarchais a commis une imprudence. Dans une lettre publiée par le Journal de Paris, il évoque les « lions et tigres » qu'il a dû vaincre pour faire jouer sa comédie. La formule est colorée, un brin fanfaronne. Louis XVI, que le succès du Mariage de Figaro irrite depuis des mois, y voit une attaque personnelle — aidé en cela par le comte de Provence, qui orchestre la cabale dans l'ombre.
La riposte royale est immédiate et calculée pour blesser. Sans quitter sa table de jeu, le roi griffonne l'ordre d'arrêt au crayon, dit-on, sur un sept de pique. Mais le choix de la prison est, lui, parfaitement délibéré : ce ne sera pas la Bastille, honorable pour un homme de lettres, ni For-l'Évêque, ordinaire prison pour dettes. Ce sera Saint-Lazare, rue du Faubourg-Saint-Denis — la maison de correction des jeunes débauchés, des vagabonds, des filles de mauvaise vie. Y envoyer l'auteur le plus célèbre de Paris, c'est l'humilier, le ridiculiser, lui ôter sa dignité.
Le bruit court aussitôt dans les salons que Beaumarchais y a été fouetté. La rumeur est presque certainement fausse, mais elle dit quelque chose de vrai sur l'intention royale. La capitale, qui l'encensait, ricane un moment, avant de se reprendre. L'auteur de Figaro sort de Saint-Lazare quelques jours plus tard, libre mais brisé — et convaincu, plus que jamais, que les puissants ne lui pardonneront pas d'avoir eu raison trop tôt.
Quatre ans plus tard, la Révolution lui donnera spectaculairement raison.