Le 23 juin 1848, les ouvriers des Ateliers nationaux se couvrent de barricades. Dans le Marais, un républicain de toujours, le général Clément-Thomas, mène la garde nationale contre l’une d’elles. Il faudra quatre assauts.
Quatre mois après la révolution de Février, la République se déchire. Pour donner du travail aux chômeurs, le gouvernement provisoire a ouvert des Ateliers nationaux, qui emploient près de 115 000 ouvriers et plus de 20 000 ouvrières. La majorité conservatrice de l’Assemblée les attaque sans relâche ; on les surnomme les « râteliers nationaux ». Le 21 juin, la Commission exécutive cède et décrète leur fermeture : les ouvriers de dix-huit à vingt-cinq ans doivent s’enrôler dans l’armée, les autres partir en province, notamment en Sologne, pour y creuser le canal de la Sauldre. Les ateliers coûtaient pourtant moins de 1 % du budget de l’État.
Le vendredi 23 juin, à six heures du matin, sept à huit mille ouvriers se rassemblent place du Panthéon à l’appel de Louis Pujol. Il les conduit, bannières déployées, jusqu’à la colonne de Juillet, place de la Bastille ; là, il les fait s’agenouiller « sur la tombe des premiers martyrs de la liberté », et la foule répète après lui : « La liberté ou la mort ! » Puis les barricades montent, sur les boulevards, dans les faubourgs Saint-Martin, du Temple et Saint-Antoine. Ceux qui les tracent sont souvent d’anciens soldats devenus brigadiers des ateliers ; ils y plantent les drapeaux des ateliers, où l’on lit : « Du pain ou la mort ! » « La ville était divisée en deux camps », écrit à chaud Friedrich Engels : les ouvriers tiennent l’est, la bourgeoisie attaque par l’ouest.
Contre eux, le ministre de la Guerre, le général Cavaignac, engage l’armée, la garde mobile et la garde nationale. Celle-ci est commandée par un vieux républicain, le général Clément-Thomas. Sous-officier compromis dans des complots républicains sous la monarchie de Juillet, évadé de Sainte-Pélagie, exilé, puis journaliste au National, il vient d’être élu député de la Gironde. Ce jour-là, à la tête d’un détachement de la 1re légion de la garde nationale, du 21e de ligne et d’un escadron de dragons, il remonte au pas de charge la rue Saint-Antoine, accompagné de deux représentants du peuple, Jules Favre et Armand Landrin. Rue Culture-Sainte-Catherine, aujourd’hui la partie sud de la rue Madame-de-Sévigné, près de l’église Saint-Paul, une barricade l’arrête. Il faut une demi-heure et quatre assauts pour l’enlever ; la colonne y laisse plus de cinquante hommes tués ou blessés, et Clément-Thomas reçoit deux balles dans la cuisse. Tout près, place des Vosges, deux cents gardes nationaux tenus en échec par les insurgés tirent par méprise sur la garde mobile venue à leur secours : huit morts, quinze blessés.
La bataille dure quatre jours. Le 24, la Commission exécutive tombe ; l’Assemblée nomme Cavaignac chef du pouvoir exécutif et met Paris en état de siège. Le 25, l’archevêque de Paris, Mgr Affre, est mortellement blessé sur une barricade ; le 26 tombe la dernière, au faubourg Saint-Antoine. Les insurgés comptent environ quatre mille morts ; quatre mille prisonniers sont déportés en Algérie.
Dans son Histoire de la Révolution de 1848, Daniel Stern range Clément-Thomas parmi ces républicains convaincus qui marchèrent, « le cœur navré, mais l’âme ferme », contre un peuple dont l’affranchissement avait été le but de toute leur vie. Engels, lui, a trouvé le mot de ces journées : « La révolution de Juin est la révolution du désespoir. » Vingt-trois ans plus tard, le 18 mars 1871, au premier jour de l’insurrection qui ouvre la Commune, Clément-Thomas est reconnu à Montmartre, où il observe en civil les barricades ; il est fusillé rue des Rosiers, avec le général Lecomte.
Texte rédigé avec l’aide de l’IA, relu et corrigé par la rédaction.