1–2 boulevard Voltaire
Toponymie — boulevard Voltaire
Événements à cette adresse
3 événements · 1871Le 25 mai 1871, la barricade qui ferme l’entrée du boulevard Voltaire, sur l’actuelle place de la République, tient tête à l’armée de Versailles. Au soleil couchant, Charles Delescluze, délégué à la Guerre, y monte sans arme.
Au cinquième jour de la Semaine sanglante, les Versaillais tiennent l’ouest et le centre de Paris. Les derniers membres de la Commune se sont repliés à la mairie du 11e arrondissement, place Voltaire. Les généraux Clinchant et Douay font converger leurs colonnes vers la place du Château-d’Eau, qui ne prendra qu’en 1879 le nom de place de la République.
La place, d’où rayonnent sept larges avenues, est bordée par les Magasins réunis et par la caserne du Prince-Eugène, bâtie sous le Second Empire pour pouvoir, au besoin, encercler le faubourg Saint-Antoine. Faute de direction, les fédérés l’ont mal fortifiée. La barricade de l’entrée du boulevard Voltaire reçoit les obus et les balles tirés du boulevard Magenta, du boulevard Saint-Martin, de la rue de Turbigo. Les énormes pièces de fer de la fontaine sont tordues ou renversées, les arbres hachés, les maisons éventrées.
Prosper-Olivier Lissagaray, qui y était, a raconté la défense. Une jeune fille de dix-neuf ans, habillée en fusilier marin, s’y bat toute la journée et retourne plusieurs fois chercher des munitions à l’église Saint-Ambroise. Auguste Vermorel, élu du 18e arrondissement, parcourt les barricades à cheval, ceint d’une écharpe rouge pour être mieux reconnu, et tient plus de deux heures à celle du boulevard avant d’être grièvement blessé. Albert Theisz et Augustin Avrial l’emportent sur une civière ; fait prisonnier, il mourra à Versailles faute de soins, le 20 juin. Le colonel Maxime Lisbonne, qui organise la défense du Château-d’Eau, sera blessé le lendemain rue Amelot, puis amputé.

Vers sept heures moins le quart, Lissagaray voit passer, sur le trottoir du boulevard, Charles Delescluze. Délégué civil à la Guerre, il a soixante et un ans. Il porte son costume ordinaire, chapeau, redingote et pantalon noirs, l’écharpe rouge nouée à la ceinture, peu apparente ; il est sans arme et s’appuie sur une canne. La veille, il appelait encore à la guerre des quartiers : « Place au peuple, aux combattants aux bras nus ! » À cinquante mètres de la barricade, les gardes qui l’accompagnent s’effacent sous les balles. Lui continue, seul sur le boulevard dans le soleil couchant, gravit les pavés et tombe, comme foudroyé. Trois des quatre hommes qui courent le relever sont tués. Le membre de la Commune Jules Johannard, en larmes, lève son fusil et crie aux fédérés qu’ils ne sont pas dignes de défendre la Commune. Delescluze ne voulait à aucun prix « servir de victime ou de jouet à la réaction victorieuse ».
La barricade tient encore : toute la soirée, les Versaillais s’acharnent sur elle, puis l’incendie des deux maisons d’angle les arrête pendant la nuit. Le corps de Delescluze, abandonné sur place, est enterré en secret par les vainqueurs dans la fosse commune du cimetière de Montmartre, pour que sa tombe ne devienne pas un lieu de mémoire. En 1874, tenu pour en fuite, il sera condamné à mort par contumace.