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Dressée au cœur de la montagne Sainte-Geneviève, Saint-Étienne-du-Mont est l'une des plus singulières églises de Paris. Sa construction s'étire sur plus d'un siècle, et c'est en 1541 qu'est élevé le dernier jubé subsistant dans la capitale — cette clôture de pierre et de marbre finement ajourée qui sépare la nef du chœur, chef-d'œuvre attribué à Antoine Beaucorps. L'édifice abrite aussi un buffet d'orgues de 1630, et surtout la châsse de sainte Geneviève, patronne de Paris, autour de laquelle la dévotion populaire ne s'est jamais éteinte. Dans ses pierres reposent Blaise Pascal et Jean Racine, deux géants du Grand Siècle.

La Révolution bouscule tout. L'abbé de Cournand, curé de la paroisse, prêche dès 1791 contre l'esclavage et plaide pour une réforme agraire — un prêtre en avance sur son temps. Puis l'église bascule dans la tourmente : en 1795, la dépouille de Jean-Paul Marat, expulsée du Panthéon tout proche, est discrètement déposée dans le cimetière attenant les 26 et 27 février. Celle de Mirabeau, lui aussi déboulonné du temple de la République, y rejoint quelque temps les morts ordinaires. La même année, par décret du 21 mai 1795, l'église est assignée au culte des Théophilanthropes, ces déistes révolutionnaires qui y célèbrent leur « Piété filiale ».

Au Second Empire, le drame éclate dans le chœur même : le 3 janvier 1857, un prêtre frappé d'interdit, un certain Verger, poignarde l'archevêque de Paris Monseigneur Sibour qui succombe sur place. Quelques décennies plus tôt, Balzac avait choisi ces murs pour les funérailles désolées du Père Goriot, « accompagnées de deux prêtres, d'un enfant de chœur et d'un bedeau » — portrait cruel d'une société qui abandonne ses vieux. En 1943, l'église reprend un rôle discret mais vital : le curé François Basset et l'abbé Daniel Pézeril y organisent une boîte aux lettres pour la Résistance et délivrent de faux certificats de baptême pour soustraire des Juifs à la déportation.

Noms successifs du lieu

  • XIIIe siècle Chapelle paroissiale dépendant de l'abbaye Sainte-Geneviève, dédiée à saint Étienne
  • 1541 Église Saint-Étienne-du-Mont en construction, pose du jubé
  • 1795 — vers 1801 Temple de la Piété filiale (culte théophilanthrope)
  • XIXe siècle — aujourd'hui Église paroissiale catholique Saint-Étienne-du-Mont, sanctuaire de la châsse de sainte Geneviève

Toponymie — place Sainte-Geneviève

place Sainte-Geneviève
Située à l'angle nord-est de la place du Panthéon, devant l'église Saint-Etienne du Mont, où est conservée la châsse de Sainte-Geneviève, patronne de Paris.
Anciens noms : carré Sainte-Geneviève
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Événements à cette adresse

10 événements · 1541 — 1943
1 Place Sainte Geneviève — 5e arr.
1 Place Sainte Geneviève — 5e arr.
1 Place Sainte Geneviève — 5e arr.
1 Place Sainte Geneviève — 5e arr.
Église St Étienne du Mont
Retiré du Panthéon, sous la surveillance de Soufflot, le 26 et déposé au cimetière, plus proche, Saint-Geneviève/Saint Étienne-du-Mont, le 27 février.
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Personnage(s) : Jean-Paul Marat
1 Place Sainte Geneviève — 5e arr.
Église Ste Geneviève — Le Panthéon
Le 26–27 février 1795, Jean‑Paul Marat sort une seconde fois de l’histoire révolutionnaire : après avoir été porté au Panthéon comme « grand homme », il en est discrètement retiré et enterré dans le cimetière tout proche…

Le 26–27 février 1795, Jean‑Paul Marat sort une seconde fois de l’histoire révolutionnaire : après avoir été porté au Panthéon comme « grand homme », il en est discrètement retiré et enterré dans le cimetière tout proche de Sainte‑Geneviève, dépendant de la paroisse Saint‑Étienne‑du‑Mont. Quelques mois plus tôt, en septembre 1793, la Convention montagnarde avait fait de l’« Ami du Peuple » un martyr officiel, digne de reposer aux côtés de Mirabeau ou de Voltaire. Mais, après Thermidor et la chute de Robespierre, le nouveau pouvoir veut effacer les symboles de la Révolution radicale : clubs fermés, sans‑culottes réprimés, statues et bustes déboulonnés.

La dépouille de Marat est donc descendue de la crypte du Panthéon et transférée au cimetière le plus proche, accolé à l’église Saint‑Étienne‑du‑Mont. Ce déplacement, apparemment administratif, s’accompagne dans les rues d’une véritable campagne de profanation symbolique : des bustes de Marat sont promenés, brisés, parfois jetés aux égouts par les « muscadins », ces jeunes bourgeois antijacobins qui se donnent en spectacle en attaquant tout ce qui rappelle la période sans‑culotte. C’est de là que vient la légende d’un Marat « jeté à l’égout » : ce sont ses effigies, plus que son corps, que la réaction thermidorienne précipite ainsi hors de l’espace public.

En retirant Marat du Panthéon pour le reléguer dans un cimetière de quartier, on referme le temple républicain sur une mémoire plus sage, débarrassée d’un journaliste fougueux trop lié aux journées d’août 1792, aux sans‑culottes et à la Terreur naissante. Le Panthéon, un temps ouvert à une figure issue du mouvement populaire, se recentre sur des profils jugés plus « présentables » par les nouvelles élites. Ce 26–27 février 1795, on enterre un corps, mais surtout un moment de la Révolution : celui où la parole enragée d’un médecin‑publiciste avait été élevée au rang de modèle national.

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Personnage(s) : Jean-Paul Marat
1 Place Sainte Geneviève — 5e arr.
1 Place Sainte Geneviève — 5e arr.
Église St Étienne du Mont — Vitraux du 13ème siècle remarquables
Mirabeau et Marat transférés après expulsion du Panthéon dans le charnier de St Étienne du Mont
Emplacement : lieu disparu
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Personnage(s) : Mirabeau ·Jean-Paul Marat
1 Place Sainte Geneviève — 5e arr.
Église St Étienne du Mont (paroisse de l'abbé de Cournand)
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Personnage(s) : Antoine de Cournand
1 Place Sainte Geneviève — 5e arr.
1 Place Sainte Geneviève — 5e arr.

Aujourd'hui

L'église est toujours en activité, paroisse catholique vivante du 5e arrondissement. On peut y admirer le jubé Renaissance, unique à Paris, le buffet d'orgues du XVIIe siècle, et la châsse de sainte Geneviève. Les tombes de Pascal et de Racine sont visibles dans la nef. Entrée libre.

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