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Dressé sur le côté nord de la place de la Concorde, l'Hôtel de Crillon est l'un des rares palais du XVIIIe siècle dont la façade n'a presque pas changé depuis que Gabriel l'a dessinée sous Louis XV. Derrière ses colonnes corinthiennes, l'histoire de Paris s'est jouée à plusieurs reprises — et pas toujours pour le meilleur.

Sous la Restauration, la place qui le borde reprend un temps le nom de place Louis XVI, hommage au roi guillotiné sur ce même sol en 1793 : de 1826 à 1830, sous Charles X, les Parisiens passent quotidiennement devant ce rappel commémoratif. La plaque disparaît avec la monarchie de Juillet. Le poète Stéphane Mallarmé aurait aussi résidé dans les parages immédiats — un voisinage singulier pour l'auteur de L'Après-midi d'un faune.

Le chapitre le plus sombre s'ouvre en 1940. L'hôtel devient quartier général de l'état-major allemand : Bogislav von Studnitz puis Dietrich von Choltitz y logent leurs quartiers, tandis que Maurice Chevalier figure parmi les hôtes de marque des occupants. En août 1944, les combats de la Libération laissent une cicatrice visible : la cinquième colonne de la façade est détruite, fragment d'un symbole que Jacques Chaban-Delmas et ses compagnons liront comme le signe tangible de la défaite nazie.

Noms successifs du lieu

  • 1758 — 1775 Construit comme hôtel particulier pour les comtes de Crillon, sur commande royale, façade dessinée par Ange-Jacques Gabriel
  • 1826 — 1830 La place attenante porte officiellement le nom de « place Louis XVI » sous Charles X
  • 1909 Ouverture en tant que palace hôtelier de luxe
  • 1940 — 1944 Quartier général de l'état-major allemand, résidence d'officiers de la Wehrmacht dont von Studnitz et von Choltitz
  • Août 1944 Cinquième colonne de la façade détruite lors des combats de la Libération, prise comme symbole de la défaite allemande
  • Depuis 1944 Hôtel de Crillon, palace parisien classé monument historique, toujours en activité

Toponymie — place de la Concorde

place de la Concorde
Nom choisi par le Directoire pour marquer la réconciliation des Français après les excès de la Terreur.
Anciens noms : place Louis XV · place de la Révolution · place Louis XVI
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Événements à cette adresse

6 événements · 1775 — 1944
Hôtel Crillon (cinquième colonne de la façade)
Cinquième colonne de la façade du Crillon détruite dans les combats de la Libération de Paris ; prise comme symbole de la défaite allemande
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Personnage(s) : Jacques Chaban-Delmas
10 place de la Concorde — 8e arr.
Hôtel de Crillon
Derrière la colonnade de Gabriel, sur la place de la Concorde, un palace devient un bureau de l’occupant. Il le restera quatre ans. Le 14 juin 1940, l’armée allemande entre dans Paris. Le jour même, le général Bogislav…

Derrière la colonnade de Gabriel, sur la place de la Concorde, un palace devient un bureau de l’occupant. Il le restera quatre ans.

Le 14 juin 1940, l’armée allemande entre dans Paris. Le jour même, le général Bogislav von Studnitz, qui commande la 87e division d’infanterie, prend possession de l’hôtel de Crillon, au 10 place de la Concorde. Il y convoque aussitôt le préfet de police, Roger Langeron, pour lui signifier qu’il entend voir l’ordre régner dans Paris.

Le choix de l’adresse n’a rien d’innocent. Le Crillon est l’une des plus prestigieuses de la capitale. L’hôtel particulier a été bâti à partir de 1775 par l’architecte Louis-François Trouard derrière l’une des deux façades jumelles qu’Ange-Jacques Gabriel avait dessinées pour la place Louis-XV. Son premier occupant, le duc d’Aumont, l’avait fait décorer par les meilleurs artistes du temps, et la légende veut que Marie-Antoinette soit venue y prendre ses leçons de piano. Les comtes de Crillon l’achètent en 1788 ; confisqué à la Révolution, il leur est rendu en 1810. Devenu palace en 1909, il a accueilli pendant la Grande Guerre les délégations de l’Entente, puis celles de la conférence de la paix : c’est là qu’a été signé, le 6 juin 1919, le pacte de la Société des Nations — une plaque le rappelle.

Photographie : soldats allemands en rang devant la colonnade de l’hôtel
Relève de la garde allemande devant l’hôtel de Crillon, en octobre 1940 — Bundesarchiv, Bild 183-1985-1216-524, CC BY-SA 3.0 de (Wikimedia Commons)

Le 8 septembre 1940, l’hôtel est officiellement réquisitionné. Il abrite désormais les bureaux de la Feldgendarmerie, la police militaire, et ceux de l’intendance, la Quartiermeister-Abteilung ; il loge aussi les officiers du tribunal militaire de la Kommandantur. Tout autour, les palaces changent de clients : la Luftwaffe s’installe au Ritz, place Vendôme, et le gouverneur militaire du « Grand Paris » prendra ses quartiers au Meurice, rue de Rivoli.

En août 1944, ce gouverneur s’appelle Dietrich von Choltitz. Nommé par Hitler le 7 août, il reçoit le 23 l’ordre de défendre Paris en faisant sauter les ponts et des pâtés de maisons : la ville ne doit tomber aux mains de l’ennemi qu’à l’état de champ de ruines. Faute de troupes pour tenir toute la capitale, les Allemands se retranchent dans une douzaine de points d’appui, parmi lesquels les hôtels de la rue de Rivoli et la place de la Concorde. Pendant les combats de la Libération, des tireurs allemands ouvrent le feu depuis les fenêtres du Crillon ; un char de la 2e division blindée riposte, et une colonne de la façade s’effondre sur une voiture garée en contrebas. Le 25 août, Choltitz, fait prisonnier dans son quartier général du Meurice, signe la capitulation avec le général Leclerc à la préfecture de police.

La colonne est reconstruite l’année suivante. Le Crillon a depuis retrouvé son rang, après quatre ans de travaux achevés en 2017. De l’autre côté de la rue Royale, la façade jumelle de Gabriel abrite l’hôtel de la Marine, qui fut jusqu’à la Révolution le Garde-Meuble de la Couronne.

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10 place de la Concorde — 8e arr.
Hôtel Crillon — Siège du gouvernement militaire nazi et de la Feldgendarmerie
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Personnage(s) : Pörtner ·Maurice Chevalier
10 place de la Concorde — 8e arr.
Place Louis XVI — Hôtel de Crillon
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Personnage(s) : Charles X
10 place de la Concorde — 8e arr.
Bâtiment remarquable (hôtel de Crillon)
Sur la place Louis-XV, Ange-Jacques Gabriel élève à partir de 1758 deux façades jumelles ; derrière celle de l'ouest, son ancien élève Louis-François Trouard achète un lot en 1775 et y bâtit un hôtel loué au duc d'Aumont. Le comte de Crillon l'acquiert en 1788 ; vendu en 1906, il est transformé en hôtel de voyageurs par l'architecte Walter-André Destailleur, qui n'en garde que la façade et les murs de trois salons, et ouvre en mars 1909. Le 14 juin 1940, l'état-major allemand s'y installe : l'hôtel reste un bureau de l'occupant pendant quatre ans.
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10 place de la Concorde — 8e arr.
Demeure de Stéphane Mallarmé !!!
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Personnage(s) : Stéphane Mallarmé
10 place de la Concorde — 8e arr.

Aujourd'hui

L'Hôtel de Crillon est aujourd'hui l'un des grands palaces parisiens classés monument historique. Après une vaste restauration achevée en 2017, il a rouvert ses portes au 10 place de la Concorde. Les visiteurs peuvent admirer la façade gabrielienne — colonne manquante reconstituée — et ses salons d'apparat qui respirent encore le XVIIIe siècle.

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