🗺 Lieux & Arrondissements 🎭 Thèmes ⏳ Époques 👤 Personnages 📅 Événements 🚶 Balades 🧭 Explorer 📚 Bibliographie À propos

Au 10 de la rue du Faubourg-Poissonnière, dans ce quartier populaire et laborieux du nord de Paris, l'Alcazar d'Hiver est l'une des grandes salles de café-concert qui font la gloire du Second Empire. Chanteuses de renommée comme Thérésa et Suzanne Lagier y triomphent devant un public mélangé, ouvriers et bourgeois confondus dans la même salle enfumée. Mais la guerre de 1870 fait fermer les guichets : les concerts s'interrompent, et la grande salle change brutalement de vocation.

Dès l'automne 1870, l'Alcazar devient une tribune politique. On y recense pas moins de vingt-six réunions publiques dans les derniers mois du Second Empire finissant. La plus marquante est l'assemblée générale des Comités de vigilance, réunie contre la capitulation et la menace d'un armistice : quelque 230 militants s'y pressent, parmi lesquels Jules Johannard, Charles Longuet, Jean-Louis Pindy, Gustave Cluseret et Aminthe Dupont — un aréopage qui annonce la génération communarde.

Sous la Commune de 1871, la salle accueille une initiative originale : la création d'une Fédération artistique dotée de son propre bataillon de la Garde nationale, composé d'auteurs, compositeurs et artistes lyriques et dramatiques. L'Alcazar devient également le siège de la première compagnie de la Fédération des auteurs, compositeurs et artistes lyriques, présidée par Jules Pacra. Le café-concert s'est mué, le temps d'une révolution, en quartier général des arts en armes.

Noms successifs du lieu

  • Second Empire Alcazar d'Hiver — salle de café-concert en vogue, scène de Thérésa et Suzanne Lagier
  • 1870 Fermeture du concert ; transformation en salle de réunions politiques publiques (26 réunions attestées)
  • 1870 Siège de l'assemblée générale des Comités de vigilance contre la capitulation (230 militants)
  • 1871 Siège de la Fédération artistique et de la première compagnie de la Fédération des auteurs, compositeurs et artistes lyriques (Commune de Paris)

Événements à cette adresse

5 événements · 1870 — 1871
Alcazar d'Hiver
On imagine mal, aujourd'hui, un bataillon composé d'acteurs de boulevard, de chansonniers, d'artistes lyriques et de souffleurs. C'est pourtant ce que la Commune va mettre sur pied, entre deux réunions d'avril, à l'ombre…

On imagine mal, aujourd'hui, un bataillon composé d'acteurs de boulevard, de chansonniers, d'artistes lyriques et de souffleurs. C'est pourtant ce que la Commune va mettre sur pied, entre deux réunions d'avril, à l'ombre des lustres de l'Alcazar.

Il ne faut pas confondre. Trois jours plus tôt, Gustave Courbet a rassemblé les peintres, sculpteurs et graveurs dans l'amphithéâtre de l'École de médecine : c'est la Fédération des artistes, celle de la peinture. Ce 16 avril, c'est l'autre monde qui se lève — celui du spectacle. Musiciens de fosse, chanteurs de café-concert, comédiens de l'Ambigu, auteurs dramatiques à gages. William Serman, dans La Commune de Paris, signale deux assemblées à quarante-huit heures d'écart, les 16 et 18 avril, qui forment ensemble la Fédération artistique. L'objet est double : constituer une corporation — mutuelle, entraide, défense des cachets — et lever un bataillon spécifique de la Garde nationale.

La seconde réunion, le 18, se tient à l'Alcazar, le café-concert du 10 rue du Faubourg-Poissonnière. Le directeur des lieux, Goubert, est partie prenante. Saint-Aubin, artiste de l'Ambigu, préside. Le secrétariat échoit à Paul Burani, auteur dramatique de vingt-six ans, futur parolier de Paulus et d'Yvette Guilbert. À ses côtés, on reconnaît Jules Pacra — chanteur, typographe, l'une des figures populaires du Quartier Latin — et l'artiste lyrique J. Arnaud. Pour la partie militaire, Monplot est désigné commandant.

Qu'on ne s'y trompe pas : ces hommes ne jouent pas à la révolution. Pendant les sept semaines qui suivent, ils donnent au Grand-Hôtel des concerts au profit des blessés, montent des spectacles patriotiques, tiennent les barricades quand vient la Semaine sanglante. L'Alcazar fermera ses portes en juin, rouvrira l'année suivante comme si rien ne s'était passé. Plusieurs fédérés artistiques, dont Burani, échapperont de justesse à la répression — pour signer, dans les décennies qui suivent, quelques-unes des chansons qui feront fredonner Paris.

Annonce de la réunion des artistes en vue de la formation de la Fédération artistique, JO du 16 avril 1871, BnF
Annonce de la réunion des artistes en vue de la formation de la Fédération artistique, JO du 16 avril 1871, BnF

Voir la fiche
10 rue du Fbg Poissonnière — 10e arr.
Alcazar d'Hiver
Le lendemain du bouclage prussien de Paris, deux cent trente militants se retrouvent à l'Alcazar d'Hiver : ils ont tous les noms que l'on retrouvera sur les listes de la Commune, et ils refusent déjà la paix. Le 19…

Le lendemain du bouclage prussien de Paris, deux cent trente militants se retrouvent à l'Alcazar d'Hiver : ils ont tous les noms que l'on retrouvera sur les listes de la Commune, et ils refusent déjà la paix.

Le 19 septembre 1870, les armées prussiennes ont achevé leur mouvement d'encerclement autour de Paris. La capitale est coupée du reste de la France. Deux millions d'habitants sont enfermés avec le Gouvernement de la Défense nationale. Depuis la première semaine de septembre, les rumeurs courent sur des négociations secrètes : Jules Favre aurait rencontré Bismarck à Ferrières. Un armistice humiliant se dessine.

Le 20 septembre, au 10 de la rue du Faubourg Poissonnière, dans la grande salle de l'Alcazar d'Hiver, deux cent trente militants des Comités de vigilance tiennent assemblée générale. Ce sont les représentants des comités d'arrondissement nés dans les semaines qui suivirent la chute de l'Empire, les signataires des affiches rouges, les délégations qui iront à l'Hôtel de Ville demander des comptes au gouvernement bourgeois.

Les noms que la salle réunit ce soir-là sont ceux d'une liste d'honneur. Gustave Lefrançais, instituteur et anarchiste, futur membre de la Commune. Jules Vallès, romancier et journaliste, futur communard et exilé à Genève. Charles Longuet, gendre de Marx, futur élu de la Commune. Benoît Malon, futur représentant du 17e arrondissement. Jean-Louis Pindy, ouvrier imprimeur, futur délégué. Napoléon Gaillard, cordonnier, futur insurgé des barricades. Gustave Cluseret, officier républicain, futur délégué à la Guerre. Zéphyrin Camélinat, ouvrier bronzier, futur membre de la Commune.

L'assemblée rejette catégoriquement toute capitulation et toute négociation d'armistice. Elle réclame la guerre à outrance, l'armement de tous les hommes valides, la réquisition des vivres, des sorties en masse. Ces demandes reprennent point par point celles de l'affiche rouge du 15 septembre, que Jules Favre a refusé d'examiner.

L'Alcazar d'Hiver de septembre 1870 est une antichambre de la Commune. Ces deux cent trente hommes et femmes refusent ensemble, pour la première fois dans un cadre organisé, de laisser la bourgeoisie républicaine décider seule du sort de Paris. Cinq mois plus tard, le 18 mars 1871, ils seront au coeur de l'insurrection. Certains ne survivront pas à la Semaine sanglante.

Voir la fiche
10 rue du Fbg Poissonnière — 10e arr.
10 rue du Fbg Poissonnière — 10e arr.
Alcazar d'Hiver (26 réunions) — Club de la Résistance
Voir la fiche
10 rue du Fbg Poissonnière — 10e arr.

Aujourd'hui

Le bâtiment du 10 rue du Faubourg-Poissonnière a été profondément remanié au fil du XXe siècle ; il ne subsiste aucune salle de spectacle à cette adresse. Le passé révolutionnaire du lieu est aujourd'hui peu signalé. À vérifier sur le terrain.

←
N° précédent · rue du Fbg Poissonnière 9 rue du Fbg Poissonnière
N° suivant · rue du Fbg Poissonnière 25 rue du Fbg Poissonnière
→