Au carrefour du boulevard du Montparnasse et de la rue Delambre, le Café Le Dôme ouvre ses portes en 1898 au numéro 108. Rien ne le distingue alors des comptoirs ordinaires du quartier — mais Montparnasse est en train de devenir le centre de gravité de toute une bohème internationale, et Le Dôme va s'y installer comme une institution.
Dès le début du XXe siècle, la terrasse voit passer des figures inattendues : Lénine et Léon Trotsky s'y retrouvent autour d'une tasse, en compagnie de Leonid Krassine, à l'époque où les révolutionnaires russes en exil font de Paris leur antichambre. Amedeo Modigliani, Diego Rivera, Pablo Picasso hantent les mêmes banquettes. C'est aussi ici que réside un temps Serge Férat, illustrateur de Guillaume Apollinaire et créateur des costumes des Mamelles de Tirésias. Puis viennent les années folles : Ernest Hemingway, Ezra Pound, Francis Scott Fitzgerald, Ford Madox Ford, Sinclair Lewis, Sylvia Beach — toute la génération perdue américaine transplantée à Paris fait du Dôme son salon improvisé, sa poste restante, son bureau de change informel. En 1942, le café est le théâtre d'un épisode autrement sombre : François Faure, résistant, y est arrêté après avoir croisé des agents de la Gestapo qui le filaient. Et en 1961, Agnès Varda y installe une scène de Cléo de 5 à 7 : l'héroïne, interprétée par Corinne Marchand, y attend, seule à une table, les résultats d'un examen médical qui dira si elle a le cancer. Le zinc comme scène de tous les destins.
- 1898 Ouverture du Café Le Dôme au 108 boulevard du Montparnasse
- Vers 1905 — 1910 Lieu de rendez-vous des révolutionnaires russes en exil (Lénine, Trotsky, Krassine) et des peintres de Montparnasse (Modigliani, Rivera, Picasso)
- Années 1920 — 1930 Quartier général de la génération perdue américaine (Hemingway, Fitzgerald, Pound, Beach, Lewis, Ford)
- 1961 Décor du film Cléo de 5 à 7 d'Agnès Varda
- Aujourd'hui Le Dôme, restaurant-brasserie de fruits de mer, toujours en activité au même emplacement
Le Dôme est aujourd'hui une brasserie de standing spécialisée dans les fruits de mer et les poissons, réputée parmi les meilleures tables de Montparnasse. La terrasse côté boulevard conserve son allure Belle Époque. Aucune plaque ne rappelle officiellement la densité historique du lieu, mais l'adresse reste un pèlerinage discret pour les amateurs de littérature du XXe siècle.