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Au cœur de la place du Château d'Eau — rebaptisée plus tard place de la République — se dresse une caserne dont la vocation première est politique autant que militaire. Haussmann et Louis-Napoléon Bonaparte la font construire en 1854 avec une intention claire : tenir les faubourgs ouvriers de l'Est parisien sous la bride d'une garnison permanente. L'architecture elle-même est un message.

La Commune de 1871 s'y joue en accéléré. Dans la nuit du 17 au 18 mars, deux bataillons du 120e régiment de ligne s'y glissent discrètement, dernière pièce du coup de force qu'Adolphe Thiers prépare pour reprendre les canons de la Garde nationale — manœuvre qui se retourne contre lui et déclenche l'insurrection. La caserne devient alors un bastion communard : le général Paul Antoine Brunel et Maxime Lisbonne s'en emparent avec deux bataillons de la 10e légion, et c'est ici que les Pupilles de la Commune, bataillon d'adolescents de 10 à 16 ans, sont logés et encadrés. Brunel y sera même blessé à la cuisse, emporté par ses jeunes soldats. La Semaine sanglante vide les lieux dans le sang : déserteurs présumés et combattants étrangers ayant rejoint la Commune y sont massacrés par les Versaillais.

Rebaptisée caserne Vérines en hommage à un résistant, elle joue un dernier rôle dramatique en août 1944 : ultime bastion des SS dans Paris, elle capitule sous les assauts des FFI-FTP de la compagnie Saint-Just.

Noms successifs du lieu

  • 1854 Construction sous le nom de Caserne du Prince Eugène, outil de contrôle hausmannien des quartiers ouvriers de l'Est
  • 1871 Désignée également « caserne du Château d'Eau » pendant la Commune, du nom de la place sur laquelle elle se trouve
  • 1871 Théâtre du massacre de fédérés pendant la Semaine sanglante
  • Après 1871 Renommée caserne Vérines, en hommage à Jean Vérines, animateur d'un réseau de renseignement rattaché au réseau Saint-Jacques durant l'Occupation
  • 25 août 1944 Capitulation des SS retranchés dans la caserne Vérines, dernier bastion ennemi de Paris libéré
  • Aujourd'hui La caserne Vérines est toujours en activité, intégrée au dispositif de la préfecture de police de Paris

Toponymie — place de la République

1879
place du Château d'Eau
Dénomination antérieure
Aujourd'hui
Place de la République
Dénomination actuelle
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Événements à cette adresse

10 événements · 1854 — 1944
Caserne Vérines — Caserne Heinrich Himmler (pendant l'Occupation nazie)
Le gouverneur allemand a capitulé dans l’après-midi. Place de la République, pourtant, on se bat encore : la caserne du Prince-Eugène ne se rend qu’à 19 h 25. Le 25 août 1944, Paris vit sa dernière journée d’occupation…

Le gouverneur allemand a capitulé dans l’après-midi. Place de la République, pourtant, on se bat encore : la caserne du Prince-Eugène ne se rend qu’à 19 h 25.

Le 25 août 1944, Paris vit sa dernière journée d’occupation. La 2e division blindée du général Leclerc est entrée dans la ville. À la préfecture de police, le gouverneur militaire du « Grand Paris », Dietrich von Choltitz, signe le cessez-le-feu avec Leclerc ; la capitulation est ensuite signée à la gare Montparnasse, avec le contreseing du colonel Rol, le chef des FFI de la région parisienne. Mais tous les soldats allemands n’obéissent pas. Des unités SS refusent la reddition et menacent même de fusiller les officiers de la Wehrmacht qui la leur ordonnent.

Place de la République, la caserne du Prince-Eugène est l’un de ces derniers réduits. Bâtie sous le Second Empire derrière ce qui était alors la place du Château-d’Eau, à l’emplacement de l’ancien Vauxhall d’été et du diorama où Daguerre avait perfectionné l’invention de Niépce, elle pouvait loger 3 200 hommes ; on l’avait conçue pour rassembler des troupes dispersées dans Paris, mais aussi pour encercler au besoin le faubourg Saint-Antoine. En mai 1871 déjà, les fédérés s’étaient retranchés derrière un réseau de barricades partant de ses murs ; Delescluze s’était fait tuer tout près, sur celle du Château-d’Eau. Sous l’Occupation, les Allemands y ont logé leurs propres troupes, et l’ont baptisée caserne Heinrich-Himmler. En août 1944, elle abrite des SS décidés à se battre.

Depuis le début de l’après-midi, résistants et soldats de la 2e DB en font le siège. Parmi les assaillants, les FFI-FTP de la compagnie Saint-Just. À 19 h 25, la garnison se rend : c’est le dernier bastion allemand de Paris à capituler. Le même soir, à l’Hôtel de Ville, le général de Gaulle prononce devant la foule le discours resté célèbre : « Paris outragé ! Paris brisé ! Paris martyrisé ! mais Paris libéré ! »

En 1947, la caserne a pris le nom de Jean Vérines. Blessé deux fois pendant la Grande Guerre — il y a perdu l’usage de l’œil droit —, cet officier de gendarmerie commandait avant-guerre le 3e bataillon de la Garde républicaine de Paris. Il entre dans la Résistance dès août 1940, dans ce qui allait devenir, sous l’impulsion de Maurice Duclos, émissaire du général de Gaulle, le premier réseau de la France occupée : le réseau Saint-Jacques. Arrêté en octobre 1941 — dans cette caserne même —, il passe deux mois au secret à Fresnes, puis il est déporté en Allemagne. Condamné à mort en août 1943 par le Tribunal du peuple de Berlin, il est fusillé à Cologne le 20 octobre 1943.

La Garde républicaine occupe la caserne depuis 1947. Son entrée principale donne toujours sur la place de la République, face au monument à la République.

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Personnage(s) : Jean Vérines
12 place de la République — 10e arr.
12 place de la République — 10e arr.
Caserne du Prince Eugène — Caserne Vérines
Le général Brunel est emporté, blessé à la cuisse, par les Pupilles de la Commune
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12 place de la République — 10e arr.
Caserne du Prince Eugène (aujourd'hui caserne Vérines) — Cour prévôtale — Lieu de massacre de Communards
Massacre de combattants pendant la Semaine sanglante ; en priorité les soldats considérés comme déserteurs et les étrangers ayant rejoint la Commune
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Personnage(s) : Fédérés
12 place de la République — 10e arr.
12 place de la République — 10e arr.
Caserne du Prince Eugène — Caserne Vérines
Le général Brunel et Maxime Lisbonne prennent la caserne du Château d'Eau avec 2 bataillons de la 10ème légion de la Garde nationale
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12 place de la République — 10e arr.
Caserne du Prince Eugène — Caserne Vérines
La caserne du Prince Eugène est occupée dans la nuit par deux bataillons du 120ème régiment de ligne en préparation d'un coup d'État de Thiers le 18 mars après la prise des canons de la Garde nationale
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Personnage(s) : Adolphe Thiers
12 place de la République — 10e arr.
Caserne du Prince Eugène — Caserne de la garde républicaine
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Personnage(s) : Pupilles de la Commune
12 place de la République — 10e arr.
12 place de la République — 10e arr.
12 place de la République — 10e arr.

Aujourd'hui

La caserne Vérines est toujours debout au 12 place de la République. Affectée à la préfecture de police, elle n'est pas accessible au public. Sur la place elle-même, la statue de la République veille depuis 1883, et l'on peut encore admirer l'une des bouches de métro Art nouveau conçues par Hector Guimard.

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