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Au 14 de la rue Saint-Dominique, dans le faubourg aristocratique par excellence, se dresse depuis des siècles un hôtel particulier que la République a fait sien pour y loger la puissance militaire de la France. L'Hôtel de Brienne — ainsi nommé d'après l'un de ses anciens propriétaires — devient le siège du Ministère de la Guerre, adresse où se nouent et se dénouent quelques-uns des drames les plus intenses de l'histoire nationale.

En 1871, sous la Commune de Paris, le bâtiment est au cœur des turbulences. Gustave Cluseret, délégué à la Guerre, y installe le Comité central de la Garde nationale — manœuvre habile pour le neutraliser et le tenir à distance du pouvoir réel. Il y nomme des officiers de métier comme Dombrowski, La Cécilia ou Wróblewski. C'est ici aussi que se tient la dernière réunion du Comité central, où Lacord réclame une déclaration contre les fautes de la Commune et Bonvalet plaide en vain pour une négociation avec Versailles. Un certain Beaufort y profère des menaces après une altercation avec des fédérés : il sera exécuté quelques jours plus tard.

Le ministère est aussi le théâtre de l'arrestation du capitaine Dreyfus en 1894 : on l'a convoqué sous prétexte de rédiger un courrier pour le général Boisdeffre, piège tendu par du Paty de Clam. En août 1944, Charles de Gaulle choisit délibérément de s'y installer avant même de se rendre à l'Hôtel de Ville — geste lourd de sens, affirmant la continuité de l'État. C'est là qu'il reçoit, avec un mépris dont on se souvient, les chefs de la Résistance parisienne, traités d'« officiers d'occasion », avant de dissoudre les FFI. En 1978, les marcheurs du Larzac y arrivent au terme de leur longue marche protestataire. En 1984, le groupe Action Directe y commet un attentat à la bombe.

Noms successifs du lieu

  • Avant la Révolution Hôtel de Brienne, résidence aristocratique
  • XIXe siècle Siège du Ministère de la Guerre
  • 1871 Quartier général de la délégation militaire de la Commune, occupé par Cluseret et ses généraux fédérés
  • 1944 Premier siège du Gouvernement provisoire de la République française, choisi par de Gaulle à sa libération de Paris
  • Après 1945 Ministère de la Défense (nationale)

Toponymie — rue Saint-Dominique

rue Saint-Dominique
Doit son nom aux religieux dominicains qui s'y étaient établis en 1631.
Anciens noms : chemin des Charbonniers · rue Saint-Dominique Saint-Germain · chemin des Treilles · chemin de l'Oseraie · rue Saint-Dominique du Gros Caillou
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Événements à cette adresse

11 événements · 1724 — 1984
14 rue Saint Dominique — 7e arr.
14 rue Saint Dominique — 7e arr.
Ministère de la Guerre
Charles de Gaulle reçoit avec mépris les 20 principaux chefs de la Résistance parisienne, traités par lui d'"officiers d'occasion" ; il dissout les FFI
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Personnage(s) : Charles de Gaulle
14 rue Saint Dominique — 7e arr.
Ministère de la Guerre
Charles de Gaulle s'installe au ministère sans aller à l'Hôtel de Ville
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Personnage(s) : Charles de Gaulle ·Alexandre Parodi
14 rue Saint Dominique — 7e arr.
14 rue Saint Dominique — 7e arr.
Ministère de la Guerre
On lui demande d'écrire une lettre sous la dictée pour comparer son écriture à celle d'un traître ; sa main tremble un peu, et cela suffit à ouvrir douze années de guerre civile française. En septembre 1894, une femme de…

On lui demande d'écrire une lettre sous la dictée pour comparer son écriture à celle d'un traître ; sa main tremble un peu, et cela suffit à ouvrir douze années de guerre civile française.

En septembre 1894, une femme de ménage de l'ambassade d'Allemagne, agent du contre-espionnage français, rapporte une lettre déchirée trouvée dans une corbeille : le bordereau. Ce document anonyme, adressé à l'attaché militaire allemand Schwartzkoppen, énumère des renseignements militaires français livrés à l'Allemagne. Un traître opère à l'état-major.

L'enquête est menée par la Section de statistique, service de renseignement de l'armée. Elle se fixe très vite sur Alfred Dreyfus, capitaine d'artillerie, polytechnicien, stagiaire à l'état-major. Aucune preuve matérielle ne le désigne. Deux éléments jouent contre lui : son écriture présente une ressemblance jugée suffisante avec celle du bordereau, et il est juif, alsacien, seul officier juif de l'état-major, dans une armée profondément antisémite où la presse de Drumont désigne les Juifs comme ennemis de la nation.

Le 15 octobre 1894, Dreyfus est convoqué au ministère de la Guerre, 14 rue Saint-Dominique dans le 7e arrondissement, en civil, pour une prétendue inspection. Le commandant du Paty de Clam l'accueille en feignant une blessure à la main et lui demande d'écrire une lettre sous sa dictée, destinée au général de Boisdeffre. Le texte dicté reprend les phrases du bordereau. Dreyfus écrit sans se troubler. Du Paty l'interrompt : "Vous tremblez !" Il ne tremblait pas.

L'arrestation est immédiate. Du Paty pose un revolver devant lui en suggérant le suicide. Dreyfus refuse et réclame un examen des faits. Il est conduit à la prison du Cherche-Midi, au secret, sans que sa famille en soit informée.

Le conseil de guerre le condamnera le 22 décembre à la déportation perpétuelle, sur la foi d'un dossier secret que la défense n'aura jamais vu. Il sera dégradé le 5 janvier 1895 dans la cour de l'École militaire et déporté à l'île du Diable.

Il faudra douze ans, un article de Zola, deux procès, une révision et la réhabilitation de 1906 pour défaire ce qui s'est décidé en une heure dans un bureau de la rue Saint-Dominique.

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14 rue Saint Dominique — 7e arr.
Ministère de la Guerre — Siège du Comité central de la Garde nationale
Dernière réunion du Comité central de la Garde nationale. Lacord demande une déclaration dénonçant les fautes de la Commune. Bonvalet propose une négociation avec Versailles
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14 rue Saint Dominique — 7e arr.
14 rue Saint Dominique — 7e arr.
Ministère de la Guerre — Siège du Comité central de la Garde nationale
Cluseret installe le Comité central de la Garde nationale au ministère de la Guerre pour le neutraliser ; le Comité central retournera rue de l'Entrepôt. Il remplace les officiers civils par des militaires confirmés
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14 rue Saint Dominique — 7e arr.
Bâtiment remarquable (hôtel de Brienne)
En 1724, le président François Duret fait élever cet hôtel par l'architecte François Debias-Aubry, pour le compte de la marquise de Prie, maîtresse du duc de Bourbon ; la disgrâce du duc, en 1726, la fait renoncer à s'y installer. Hôtel de Conti à partir de 1733, il prend le nom du comte de Brienne, qui l'achète en 1776 ; l'État le rachète à Madame Mère en 1817 pour y loger le ministre de la Guerre. Le 25 août 1944, de Gaulle y installe le Gouvernement provisoire, avant même de se rendre à l'Hôtel de Ville.
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Personnage(s) : François Debias-Aubry
14 rue Saint Dominique — 7e arr.

Aujourd'hui

Le bâtiment abrite toujours le ministère des Armées (anciennement Défense). L'Hôtel de Brienne, corps de logis principal reconstruit au XVIIIe siècle, est classé monument historique. Il reste un bâtiment administratif en activité, peu accessible au public, mais visible depuis la rue Saint-Dominique.

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