Au cœur du boulevard des Italiens, le Passage de l'Opéra s'ouvre en 1822 à l'initiative de Charles-Gilbert Morel de Vindé, reliant le boulevard à la rue Le Peletier à travers deux galeries couvertes : la Galerie de l'Horloge et la Galerie du Baromètre. Né dans l'euphorie des passages parisiens — cette invention typiquement XIXe siècle où le commerce, le promeneur et la pluie se côtoient sous une verrière —, il tire son nom de la proximité immédiate de l'Opéra, dont il capte la clientèle élégante. Boutiques, cafés, billards : tout un petit monde nocturne y bourdonne, jusqu'aux fameuses réunions politiques houleuses de 1870-1871, et aux rassemblements qui débordent dans la rue quand les clubs révolutionnaires ferment leurs portes pendant la Commune.
Mais c'est après la guerre que le passage connaît sa légende la plus tenace. Entre 1919 et 1923, la Galerie du Baromètre devient le quartier général officieux du mouvement Dada puis du surréalisme naissant. André Breton, Louis Aragon, Philippe Soupault, Paul Éluard, Pierre Drieu La Rochelle, Jacques Rigaut et Théodore Fraenkel y tiennent leurs assises, établissent en 1920 un procès-verbal solennel — et cocasse — pour démêler qui est dadaïste et qui ne l'est plus. En 1922, Breton et Aragon y rédigent leur cinglante « Lettre ouverte au Comité Lautréamont ». Aragon, hanté par ces galeries crépusculaires promises à la démolition, en fera le décor sublime du Paysan de Paris (1926).
- 1822 Ouverture du Passage de l'Opéra (Galerie de l'Horloge et Galerie du Baromètre), fondé par Morel de Vindé
- 1869 Installation du musée Curtius dans la salle Beethoven du passage
- 1870 — 1871 Réunions politiques publiques, puis rassemblements de rue pendant la Commune
- 1919 — 1923 Haut lieu du mouvement Dada et du surréalisme naissant ; rédaction de manifestes et procès-verbaux par Breton, Aragon, Éluard et leurs amis
- 1923 Démolition du passage lors du percement du boulevard Haussmann
Le Passage de l'Opéra a disparu en 1923, englouti par le prolongement du boulevard Haussmann. À l'emplacement approximatif de ses galeries s'élève aujourd'hui un immeuble haussmannien banal. Il ne subsiste aucun vestige physique, mais Aragon lui a offert une immortalité littéraire dans Le Paysan de Paris.