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Dressé sur son socle de colonnes corinthiennes comme un temple antique égaré au cœur de Paris, le Palais Brongniart est l'un des monuments les plus chargés de l'histoire économique et politique de la capitale. Alexandre-Théodore Brongniart en conçoit les plans sous Napoléon, mais c'est Éloi Labarre qui achève le chantier : l'inauguration de la Bourse des valeurs a lieu en 1826, sous la Restauration. Néoclassique, solennel, le bâtiment incarne d'emblée la toute-puissance de l'argent.

Sous la Monarchie de Juillet, la salle résonne de banquets officiels : en 1845, Louis-Philippe Ier y célèbre le maréchal Bugeaud, le « pacificateur de l'Algérie », quelques mois après sa victoire écrasante à la bataille d'Isly. En 1848, on y tient des réunions politiques. En 1870-1871, la Bourse se mue en atelier de couture pour la Garde nationale, puis en quartier général des « Amis de l'ordre » contre la Commune — et le drapeau rouge flotte néanmoins sur son fronton. Durant la Semaine sanglante, des communards blessés sont attachés à ses grilles et fusillés.

La paix revenue, Edgar Degas immortalise en 1877 ses spéculateurs agités. En 1886, l'anarchiste Charles Gallo y lance une bombe depuis les galeries. En 1961, un attentat lié à la guerre d'Algérie blesse quatorze personnes. Et en mai 1968, des militants d'extrême gauche emmenés dans le sillage d'Alain Geismar prennent d'assaut le bâtiment et y mettent le feu — symbole inchangé, cible perpétuelle.

Noms successifs du lieu

  • 1808 — 1826 Construction du palais sur plans de Brongniart, achevé par Labarre
  • 1826 Inauguration — siège de la Bourse des valeurs de Paris
  • 1848 Usage mixte : salle de réunions (Club des Intérêts populaires, Garde mobile)
  • 1870 — 1871 Atelier de confection pour la Garde nationale, puis QG des « Amis de l'ordre »
  • 1826 — 1987 Palais Brongniart / Bourse des valeurs de Paris (cotation à la criée)
  • Depuis 2000 (environ) Centre de conférences et d'événements « Palais Brongniart »

Toponymie — place de la Bourse

place de la Bourse
Emplacement du Palais de la Bourse.
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Événements à cette adresse

15 événements · 1826 — 1968
Palais Brongniart — Bourse des valeurs
Assaut et incendie de la Bourse par les militants d'extrême gauche ; l'Hôtel de Ville était visé, mais la police en était informée et fit intervenir un bull de l'armée. Un jeune est tué par une grenade
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Personnage(s) : Alain Geismar
2 place de la Bourse — 2e arr.
Palais Brongniart — Bourse des valeurs
Le 4 avril 1961, à 14h40, une charge explosive d'environ 500 grammes explose dans les toilettes du premier étage de la Bourse de Paris. La sonnerie de fin des transactions avait retenti dix minutes plus tôt — les auteurs…

Le 4 avril 1961, à 14h40, une charge explosive d'environ 500 grammes explose dans les toilettes du premier étage de la Bourse de Paris. La sonnerie de fin des transactions avait retenti dix minutes plus tôt — les auteurs de l'attentat avaient peut-être délibérément attendu que la salle se vide. Quatorze personnes sont blessées, cinq hospitalisées à l'Hôtel-Dieu. Aucune vie n'est en danger.

Les dégâts sont importants. Les murs épais de trente centimètres sont soufflés, la porte projetée à cinq mètres, la verrière du plafond détruite, toutes les vitres de la façade nord brisées sur le trottoir. Dans la "coulisse" — la salle des courtiers en valeurs mobilières — les blessés ramassent des éclats de verre.

À 15h20, Maurice Papon arrive sur les lieux. Le préfet de police, qui depuis trois ans organise la répression des Algériens à Paris, sort de l'immeuble et déclare à la radio : "Je ne puis rien dire tant que l'enquête n'est pas terminée. Mais dans ce siècle, je ne m'étonne de rien."

L'enquête ne permettra pas d'identifier rapidement les auteurs — l'entrée de la Bourse était libre pour tous. Trois semaines plus tard, le putsch des généraux algérois tentera de renverser de Gaulle. Il échouera en quatre jours. Les plasticages parisiens, eux, continueront.

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2 place de la Bourse — 2e arr.
Palais Brongniart — Bourse des valeurs
Réouverture de la Bourse des valeurs ; quelques entrave aux transactions, pour ne pas gêner l'aryanisation...
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2 place de la Bourse — 2e arr.
Palais Brongniart — Bourse des valeurs — Attentat anarchiste
Le 5 mars 1886, en plein après‑midi, un jeune anarchiste breton de 23 ans, Charles Gallo, décide de frapper « au cœur du capitalisme » : la Bourse de Paris, au palais Brongniart. Monté dans les galeries supérieures, il…

Le 5 mars 1886, en plein après‑midi, un jeune anarchiste breton de 23 ans, Charles Gallo, décide de frapper « au cœur du capitalisme » : la Bourse de Paris, au palais Brongniart. Monté dans les galeries supérieures, il jette au milieu de la corbeille une bouteille remplie d’un mélange d’acide prussique censé exploser comme une bombe, puis dégaine un revolver et tire en direction de la coulisse de la rente, où se traitent les valeurs d’État.

L’attentat est techniquement raté. La « bombe » n’explose pas : le flacon se brise au sol, répandant une flaque nauséabonde qui affole les agents de change sans en blesser aucun. Gallo tire cinq coups « au jugé », tous manqués ; seule une balle, par ricochet, érafle la jambe d’un courtier. Très vite, des agents de change et des banquiers se jettent sur lui, le rouent de coups de canne avant que la police ne l’arrête dans la cohue.

Pour le mouvement anarchiste naissant, l’action de Gallo s’inscrit dans la logique de la « propagande par le fait » : frapper un symbole plutôt que faire des discours, montrer que la violence de la Bourse – spéculation, crises, misère – peut recevoir un écho direct. Son geste, malgré son fiasco matériel, fait grand bruit et ouvre la séquence des attentats anarchistes qui marqueront les années 1890. Condamné à de lourdes peines, Gallo deviendra l’une des premières figures de cette galaxie d’« illégalistes » que la presse bourgeoise s’emploiera à transformer en repoussoir, tandis que les milieux libertaires en feront, un temps, un exemple de révolte individuelle contre l’ordre capitaliste.

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Personnage(s) : Charles Gallo
2 place de la Bourse — 2e arr.
Palais Brongniart — Bourse des valeurs
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Personnage(s) : Edgar Degas
2 place de la Bourse — 2e arr.
Palais Brongniart — Bourse des valeurs — Lieu de massacre de Communards
Massacre de combattants de la Commune blessés, attachés aux grilles de la Bourse. Furent fusillés ici un homme qu'on prit pour Gustave Lefrançais et un autre pour Auguste Serraillier
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Personnage(s) : Fédérés
2 place de la Bourse — 2e arr.
Palais Brongniart — Bourse des valeurs
Sous le péristyle du Palais Brongniart, entre les colonnes corinthiennes, un rectangle écarlate claque au vent d'avril — et à l'intérieur, on continue de coter. Le 24 avril 1871, le drapeau rouge est hissé sur la façade…

Sous le péristyle du Palais Brongniart, entre les colonnes corinthiennes, un rectangle écarlate claque au vent d'avril — et à l'intérieur, on continue de coter.

Le 24 avril 1871, le drapeau rouge est hissé sur la façade du Palais Brongniart, place de la Bourse, dans le 2e arrondissement. Symbole fort : le temple de la spéculation parisienne arbore désormais les couleurs de la Commune. Mais c'est un symbole, rien de plus. Car derrière les colonnes, les agents de change poursuivent leurs opérations. La corbeille n'est pas fermée. On négocie, on spécule, on cote — tant bien que mal, certes, avec des séances réduites et une activité ralentie, mais on cote.

La scène résume à elle seule l'une des contradictions les plus fatales de la Commune. Les Communards ont pris l'Hôtel de Ville, les mairies d'arrondissement, les ministères. Ils ont abattu la colonne Vendôme, séparé l'Église de l'État, décrété la remise des loyers. Mais les deux forteresses de la puissance bourgeoise — la Banque de France, rue de La Vrillière, et la Bourse des valeurs, place de la Bourse — restent intouchées. On leur met un drapeau rouge sur le toit et on les laisse fonctionner.

Trois jours plus tôt, Charles Beslay, le doyen de la Commune, a été nommé délégué auprès de la Banque de France. Sa mission, en principe, est de contrôler l'institution. En pratique, c'est le sous-gouverneur de Plœuc qui continue de diriger les opérations, distribuant au compte-gouttes les fonds que la Commune lui réclame — tandis que des millions partent vers Versailles sans entrave. La Bourse, elle, ne fait même pas l'objet d'un délégué. On n'y pense pas, ou on n'ose pas. Les agents de change sont des officiers ministériels ; leur charge est une propriété privée, et la Commune respecte la propriété. Du moins celle-là.

Ce n'est pas faute d'avoir débattu. Au sein du Conseil de la Commune, la minorité proudhonienne, attachée au crédit mutuel et méfiante de toute centralisation, freine les velléités d'intervention. La majorité jacobine, quant à elle, voit dans la Banque un outil technique dont on ne saurait se passer, pas un instrument de pouvoir à retourner. Personne, ou presque, ne pose la question en termes de rapport de forces : qui tient la Banque tient Versailles par la gorge.

Marx, lui, l'a vu immédiatement. Dans La Guerre civile en France, il observe que la Commune avait entre les mains les « vrais otages » — la Banque, l'Enregistrement et les Domaines, la Caisse des dépôts — et qu'elle n'a pas su s'en servir. La saisie de la Banque de France « seule aurait suffi à mettre un terme aux fanfaronnades de Versailles ». La Bourse, prolongement naturel de ce complexe financier, tombe sous le même verdict. Laisser fonctionner la spéculation sous drapeau rouge, c'est laisser à l'ennemi le nerf de la guerre tout en s'appropriant ses symboles.

Le Palais Brongniart, inauguré en 1826 après vingt ans de chantier lancé par Napoléon, est toujours debout au bout de la rue Vivienne. La Bourse a quitté ses murs en 1998, remplacée par des salons événementiels et des cocktails corporate. De la Commune, le bâtiment ne garde aucune trace. Même pas un drapeau.

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2 place de la Bourse — 2e arr.
Palais Brongniart
Les troupes de "l'ordre" occupent la Bourse des valeurs après le 18 mars ; elles regroupent en tout environ 8 000 hommes
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Personnage(s) : Jean-Marie Saisset
2 place de la Bourse — 2e arr.
Palais Brongniart — Bourse des valeurs
Un des quartiers généraux des "Amis de l'ordre" contre la Commune. Les maires et les adjoints s'y sont installés et prétendent représenter le pouvoir, face au Comité central de la Garde nationale
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2 place de la Bourse — 2e arr.
Palais Brongniart — Bourse des valeurs
Assemblée générale des négociants, commerçants, industriels et constructeurs qui protestent contre la loi sur les échéances promulguée le 13 et appliquée le même jour
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2 place de la Bourse — 2e arr.
2 place de la Bourse — 2e arr.
Palais Brongniart — Salle des faillites de la Bourse
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Personnage(s) : Masselin
2 place de la Bourse — 2e arr.
Palais Brongniart — Grande salle de la Bourse — Chambre de commerce de Paris
Six mois plus tôt le banquet, le 14 août 1844, Bugeaud avait écrasé à la bataille d'Isly l'armée marocaine venue au secours d'Abd el-Kader. La victoire fut totale — vingt mille hommes mis en déroute, le Maroc contraint…

Six mois plus tôt le banquet, le 14 août 1844, Bugeaud avait écrasé à la bataille d'Isly l'armée marocaine venue au secours d'Abd el-Kader. La victoire fut totale — vingt mille hommes mis en déroute, le Maroc contraint de signer la paix, Abd el-Kader privé de son dernier refuge extérieur. Louis-Philippe en avait fait le duc d'Isly. C'est ce héros triomphant que Paris reçoit à la Bourse le 17 mars 1845.

Le banquet est fastueux, la grande salle du Palais Brongniart pavoisée pour l'occasion. On célèbre le « pacificateur de l'Algérie » — le titre dit tout du récit que la monarchie de Juillet construit autour de sa conquête : une œuvre de « civilisation » menée à son terme, une résistance enfin brisée. Bugeaud, gouverneur général depuis 1840, a effectivement transformé la guerre. Ses colonnes légères et mobiles, ses razzias systématiques, la destruction des récoltes et des troupeaux, ont épuisé les tribus là où les opérations classiques échouaient. C'est ce qu'on fête ce soir-là, sans sourciller.

Ce que le banquet ne dit pas : la même année 1845 verra les enfumades du Dahra — des centaines de femmes, d'enfants et de vieillards asphyxiés dans des grottes sur ordre du colonel Pélissier, un massacre exécuté sur les instructions de Bugeaud. Ce dernier avait écrit en juin : « Si ces gredins se retirent dans leurs cavernes, imitez Cavaignac aux Sbéahs ; fumez-les à outrance, comme des renards. » L'affaire fera scandale jusqu'à la Chambre. Bugeaud ne sera pas inquiété. Il mourra en 1849, comblé d'honneurs. Paris lui a une avenue dans le 16e.

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2 place de la Bourse — 2e arr.
2 place de la Bourse — 2e arr.

Aujourd'hui

Reconverti en centre de conférences et d'événements privés depuis la fin des transactions à la criée, le Palais Brongniart conserve intacte sa majestueuse salle des marchés. On peut le visiter lors de certaines manifestations publiques ; sa façade à colonnes, place de la Bourse, reste l'un des décors néoclassiques les plus photographiés de Paris.

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