Au 2 de la place du Châtelet, face à la Seine et à son jumeau le Théâtre du Châtelet, se dresse ce bâtiment qui a traversé un siècle et demi d'histoire parisienne sous plusieurs noms et plusieurs peaux. Érigé sur l'emplacement du Grand Châtelet — cette forteresse médiévale rasée en 1802 — le Théâtre Lyrique est inauguré dans la seconde moitié du XIXe siècle comme salle d'opéra et de spectacle musical.
La tourmente de 1870-1871 le saisit de plein fouet. Pendant le Siège de Paris, ses coulisses et ses loges se muent en ambulance : on y soigne les blessés là où l'on jouait la veille. Puis vient la Commune. Le théâtre devient une tribune politique majeure du 4e arrondissement : le Comité de vigilance s'y réunit, les délégués de l'Internationale s'y rassemblent pour exhorter les membres minoritaires de la Commune à regagner l'Hôtel de Ville, et Charles Amouroux, Arthur Arnould, Gustave Lefrançais et leurs camarades viennent s'y expliquer devant leurs électeurs sur les 22 démissions provoquées par la création du Comité de Salut public. La Semaine sanglante clôt brutalement cet épisode : les Fédérés y mettent le feu — l'un des 238 bâtiments incendiés dans Paris cette semaine-là.
Relevé de ses cendres et rebaptisé Théâtre Sarah Bernhardt, il accueille en 1888 Maxime Lisbonne — ancien communard reconverti en homme de spectacle — qui y monte Le Sommeil de Danton de Clovis Hugues. En 1926, la première du ballet de Diaghilev Roméo et Juliette vire à l'esclandre : André Breton, René Crevel, Robert Desnos et leurs amis surréalistes sifflent, huent et distribuent des tracts depuis les balcons, scandalisés que leurs camarades aient collaboré avec ce ballet jugé bourgeois. Sous l'Occupation, renommé Théâtre de la Cité, il voit Charles Dullin créer en 1943 Les Mouches de Jean-Paul Sartre, en pleine Paris occupée.
- XIXe siècle Théâtre Lyrique — salle d'opéra et de spectacle musical
- 1870 — 1871 Ambulance militaire pendant le Siège, puis tribune politique de la Commune, enfin incendié pendant la Semaine sanglante
- Fin XIXe — années 1940 Théâtre Sarah Bernhardt
- 1940 — 1945 Théâtre de la Cité (sous l'Occupation, le nom de Sarah Bernhardt, jugée indésirable par les autorités allemandes, est effacé)
- Après 1945 Retour au nom Théâtre Sarah Bernhardt
- Depuis 1967 Théâtre de la Ville
Le bâtiment abrite aujourd'hui le Théâtre de la Ville, l'une des grandes scènes parisiennes de danse et de création contemporaine. Sa façade Second Empire, côté Seine, est classée. La salle, rénovée, accueille chaque saison des compagnies du monde entier — loin, très loin, des débats communards de 1871.