Au 20 du boulevard de Bonne-Nouvelle, à deux pas de l'église qui a donné son nom à la voie, cette adresse est l'une des plus agitées de Paris entre la Monarchie de Juillet et la Deuxième République. Elle change de peau avec une désinvolture remarquable : salle de spectacle, temple de l'illusion optique, galerie d'art, puis tribune révolutionnaire.
Le lieu accueille d'abord le Vaudeville après l'incendie de l'Hôtel de Rambouillet en juillet 1838 — on l'appelle alors Gymnase Musical. Dès 1840, Louis Daguerre et Charles-Marie Bouton, les inventeurs du Diorama, y installent une nouvelle salle de ce spectacle de peintures lumineuses qui fascine le tout-Paris. C'est là que Charles Baudelaire, en 1846, vient flâner au Bazar Bonne-Nouvelle et en rapporte un texte resté célèbre, Le musée classique du bazar Bonne-Nouvelle, où il s'extasie devant des toiles de Jacques-Louis David et de ses contemporains. L'aventure du Diorama s'achève tragiquement le 14 juillet 1849, dans les flammes.
Mais c'est en 1848 que la salle entre vraiment dans l'histoire. La Révolution de Février transforme ce lieu de divertissement en carrefour politique bouillonnant. On y croise tout à la fois un club bourgeois patronné par Le National, avec Adrien-Athanase Recurt et Anthime Corbon, des communistes Icariens et des blanquistes autour de Paul de Flotte — lequel propose, du haut de la tribune, « d'anéantir le dernier bourgeois » et de « brûler le grand-livre de la dette » —, des commis-marchands du Sentier réunis en leur propre club, et même le Club des Femmes, où Eugénie Niboyet, Jeanne Deroin et Pauline Roland revendiquent leurs droits. Le Club des Provençaux y tient aussi ses séances. Une même salle, mille révolutions.
- 1838 — 1840 Gymnase Musical — accueille le Vaudeville après l'incendie de l'Hôtel de Rambouillet
- 1840 — 1849 Second Diorama de Bouton et Daguerre — salle du spectacle optique, détruite par un incendie le 14 juillet 1849
- 1846 Bazar Bonne-Nouvelle — galerie d'exposition de peintures, chroniquée par Baudelaire
- 1848 Salle Bonne-Nouvelle — haut lieu des clubs politiques de la Révolution de 1848 (club du National, clubs républicains et socialistes, Club des Femmes, Club des Provençaux)
Le bâtiment du 20 boulevard de Bonne-Nouvelle a été profondément remanié au fil du XIXe et du XXe siècle. Aucune trace visible de la salle historique ne subsiste à cette adresse, absorbée dans le tissu commercial du boulevard. Le site ne fait l'objet d'aucune signalétique mémorielle connue.