Au 61 de la rue Jean-Jacques Rousseau — longtemps appelée rue Plâtrière, puis rue de la Poste, comme si le bâtiment avait fini par donner son nom à la voie —, l'Hôtel des Postes est l'une des adresses les plus chargées d'histoire du premier arrondissement. Dès 1758, sous Louis XV, il abrite le Bureau central des Postes : trente-six boîtes aux lettres seulement desservent alors l'ensemble de Paris, avec trois levées quotidiennes. Une machinerie modeste, et pourtant déjà vitale. Quelques décennies plus tôt, c'est dans la même rue que Jean-Jacques Rousseau s'était installé en 1741, précepteur chez les Dupin — et c'est ici, dans ce même édifice, que naît en 1780 le peintre Alexandre-Évariste Fragonard, fils du célèbre Jean-Honoré.
Le bâtiment devient un enjeu politique dès que l'ordre vacille. En février 1848, Étienne Arago — dramaturge devenu homme d'action — s'en empare avec l'aide d'Adolphe Chenu pour prendre le contrôle des communications entre Paris et la province : qui tient les postes tient l'information. Sous le Second Empire, l'édifice cache un secret moins glorieux : un cabinet noir dissimulé dans un escalier secondaire donnant rue Coq-Héron, où des agents surveillent la correspondance privée.
En 1871, l'Hôtel des Postes est au cœur de la Commune. L'ouvrier ciseleur Albert Theisz, délégué aux Postes, en prend la direction après la fuite du directeur Rampont. Les 14 et 15 mai, c'est dans ces murs que se réunissent les minoritaires de la Commune — Arthur Arnould, Francis Jourde, Adolphe Clémence, Eugène Gérardin, Jean-Louis Pindy — pour rédiger leur célèbre Déclaration de la minorité. Le 23 mai, quand les troupes versaillaises entrent dans Paris, Theisz s'oppose à la destruction du bâtiment. Il résiste jusqu'au bout.
- 1758 Bureau central des Postes, sous Louis XV
- 1780 Maison natale d'Alexandre-Évariste Fragonard, au sein de l'Hôtel des Postes
- Second Empire Siège du cabinet noir de surveillance de la correspondance privée
- 1848 Hôtel des Postes investi par Étienne Arago lors de la révolution de Février
- 1871 Hôtel des Postes dirigé par Albert Theisz sous la Commune ; lieu de réunion des minoritaires
- Après 1871 Grande Poste du Louvre (usage postal toujours associé au site)
Le site correspond aujourd'hui à l'emplacement de la Grande Poste du Louvre, vaste bâtiment postal reconstruit à la fin du XIXe siècle et longtemps l'un des bureaux de poste les plus actifs de Paris, fonctionnant autrefois sans interruption. L'édifice a fait l'objet d'une reconversion partielle ces dernières années en espace hôtelier et commercial, tout en conservant une activité postale.